‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 137 sur 217 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

négligée. Ils avaient une si déplorable apparence, qu’ils furent obligés d’avoir recours à un riche négociant, M. Sandburne, pour être admis chez un aubergiste du marché aux poissons, dans la capitale de la Normandie. Là ils achetèrent des habillements, se rafraîchirent un peu et se hâtèrent vers Paris. La veuve de Charles P" alla hors des murs, avec plusieurs carrosses, à la rencontre de son fils qu’elle ramena au Louvre, palais de délices pour un Bourbon, mais triste résidence pour un Stuart, puisque c’était celle de l’exil î C’était, du moins, pour Charles II, dans ce premier moment, un bien inexprimable qu’un peu de repos et de sécurité, après qu’il avait erré tant de semaines, dont chaque minute pouvait être la minute suprême de sa vie, à travers les comtés révolutionnaires, depuis W'orcester jusqu’à Shorcham, le dernier sable anglais qu’il eût foulé. La mer s’était ouverte pour lui là où elle s’était fermée pour son père, tout près de l’île de AVight, non loin des châteaux de Carisbrock et de Hurstî

Lorsqu’on apprit l’arrivée de Charles II à Paris, il y eut un cri d’étonnement et d’admiration en Europe. Le bruit de ses aventures s’était répandu. On loua son courage, sa présence d’esprit, et l’on augura bien d’un prince que la Providence semblait avoir conservé pour un grand destin. Scs partisans, qui l’avaient cru mort, l’exaltèrent vivant. Ils le proclamèrent un grand homme ; mais ils ne purent continuer les uns ce fanatisme, les autres cette h3*pocrisie. Le roi, livré à toutes les corruptions, ne se contraignait pas même à feindre. Il n’était qu’un homme d’argent et de plaisir, capable de tout pour se procurer l’un ou l’autre.

Les peintres ont tous été des historiens en retraçant ce prince. Les portraits de Charles II sont parlants. La chair et le sane v dominent. Le visaire est régulier et basané , le menton est prononcé, le front sans étendue, le nez sans finesse. Les lèvres rouges et impudiques rappellent les lèvres de François P*" dans la toile du Titien. Ses yeux bistrés sont comiques : distraits et noyés de volupté, ils ne rêvent que de femmes. Ce prince-là ne pense ni au gouvernement, ni à la guerre, ni même à l’amour ; il ne songe qu’au plaisir et à l’argent. Son

HISTOIRE d’olivier CRO>nVELL

vrai royaume, c’est une alcôve au fond de laquelle il y a un coffre-fort.

En 1651, à l’époque où Charles II fit son entrée à Paris dans l’un des carrosses de sa mère, cette princesse avait quarantedeux ans. Elle était encore pleine d’agréments et de gaieté, en dépit de la révolution. Depuis 1641, date de la naissance de sa fille Henriette, elle avait fui la guerre civile d’Angleterre. Elle s’était pour toujours abritée en France comme dans un port. Quoique loin du trône, elle tint soit au Louvre, soit au Palais-Royal, sa petite cour, avec un enjouement naturel qui éclipsait l’étiquette presque espagnole de sa belle-sœur Anne d’Autriche à Saint-Germain. Elle s’amusait même dans la proscription. « Henriette de France, dit Voltaire, avait secouru en héroïne un époux à qui, du reste, elle était infidèle. *• Cette fille de Henri IV et cette mère de Charles II avait quelque chose, en effet, de la complexion de ces monarques. La galanterie qu’elle alliait avec la piété la consola de tout. Pendant quelle fondait le couvent de la Visitation à Chaillot, où elle se plaisait à faire des retraites, elle avait pour amant le lord Jermyn, qu’elle épousa ensuite de la main gauche après la mort de Charles I®*’ et dont elle eut plusieurs enfants {Mem. de Re~ teshi/y p. 4; Hallam, Hist, constit.j t. III, p. 57). Les religieuses ignoraient ces liaisons de Henriette, et elles la traitaient en sainte plutôt qu’en reine. Mais Bossuet savait tout, ce qui ne l’empêcha pas de dire dans l’oraison funèbre qu’il consacra à cette princesse : « Grande reine, je satisfais à vos plus tendres désirs quand je célèbre ce monarque (Charles PQ; et ce cœur, qui n’a jamais vécu que pour lui, se réveille, tout poudre qu’il est, et devient sensible, môme sous ce drap mortuaire, au nom d’un époux si cher. *»

Que conclure des adulations d’un si grand homme sur un sépulcre? C’est que l’oraison funèbre obéit à d’autres lois que l'histoire.

L’histoire aborde ses personnages pour les connaître et pour les faire connaître. Elle les dépouille de leurs ornements et pénètre jusqu’au vif. D’un regard clair, elle contemple le nu et ne voile pas d’un seul mensonge un seul défaut. L’oraison fu-

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