‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 141 sur 217 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

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l’une des plus grandes âmes de la révolution d’Angleterre. Hutchinsou était hostile aux presbytériens, sympathique aux puritains et même aux niveleurs raisonnables. Il se défiait déjà de Cromwell avant la bataille de Preston. Aussi Cromwell eut soin de tenir toujours éloigné de l’armée un républicain aussi ombrageux et aussi clairvoyant que le colonel Hutchinsou, qui était pourtant le cousin de son gendre. Mais Hutchinsou n’offrait aucune prise, et le futur protecteur le redoutait comme ce qu’il y a de plus inflexible, comme une conscience.

Si j’en crois deux portraits fort remarquables, Ire ton était beau d’une beauté virile et militaire. Ce révolutionnaire audacieux est souple sous la cuirasse. Sa taille est noble, son attitude déterminée. Son front large contient des idées, tandis que ses yeux ardents, sa bouche serrée et ferme, la fixité imperturbable de sa physionomie, et je ne sais quel élan austère dans tout l'ensemble du visage, annoncent un héros, non de cour, mais de peuple ou d’arjnée. Il était adoré des femmes et craint des hommes. C’était un puritain assez religieux, quoique plus politique, d’une expérience consommée, de mœurs faciles et d’une volonté forte, un Pym en uniforme.

Il expira d’une maladie contagieuse. Il était aimé de quelques-uns, estimé de tous. Cromwell était pour lui d’une tendresse vraie. Il ordonna que son gendre serait ramené par un vaisseau de l’Etat en Angleterre et inhumé à l’abbaye de^yestminster, dans la sépulture des rois. Il lui semblait que, maître du gouvernement , il était comme un chef de dynastie et que tous les siens devaient vivre et mourir en princes. Une somme de deux mille livres sterling de rente fut assignée aux enfants et à la veuve d’Ireton, qdi étaient, les uns, les petits-enfants, et l’autre la fille de Cromwell.

L’accroissement colossal de la flotte ne fut pas la seule grande pensée du parlement. Il en eut d’autres, celle-ci, par exemple, de faire des trois royaumes unis un royaume, en attribuant à l’Écosse et à l’Irlande une part de la souveraineté. Cromwell s’associait à ces belles initiatives, les absorbait et méditait la ruine du seul pouvoir qui fit contre-poids au sien.

Il roulait dans sa tête mille plans. Il avait rêvé, avec Ireton,

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

la régénération des lois civiles. Ireton n’étant plus, la question qui agitait uniquement Cromwell était la question du pouvoir suprême. Quelle forme lui donnerait-il, lorsque le long parlement serait dispersé? Car Cromwell en lui-même avait prononcé l’arrêt de mort de la représentation nationale. Comment lui survivrait-il, et sous quel nom? Cette inquiétude se trahissait par moments, et des lueurs perçaient à travers les ombres dont Cromwell enveloppait son désir.

Déjà Cromwell, après la bataille de Worcester (1651), avait sondé avec ses collègues chez l’orateur de la chambre (le président), s’il ne serait pas nécessaire d’introduire dans le gouvernement un certain mélange de monarchie. Quelques-uns avaient songé au petit duc de Glocester.

En 1652, il y eut entre Cromwell et Whitelocke une conversation plus intime. Whitelocke avait une science profonde, une adresse , une modération, une prudence et des habitudes de légiste. Il reconnaissait volontiers les faits accomplis et les gouvernements constitués. Il n’était pas* un caractère, mais une intelligence, et ce ne fut pas un appui que Cromwell réclama de cet homme politique, ce fut un conseil

•« Crorimell,., Votre Seigneurie a remarqué, avec beaucoup de justesse, la disposition des officiers de l'armée à se livrer aux factions. Relativement aux membres du parlement, l'armée commence à prendre contre eux une étrange humeur. Je voudrais bien qu’ils fournissent des motifs moins réels à la malveillance; mais véritablement leur orgueil, leur ambition, cet attachement à leur intérêt personnel qui leur fait envahir pour eux et pour leurs amis toutes les places honorables et lucratives, ces dissentiments qui éclatent cliaque jour entre eux, ces retards qu’ils apportent aux affaires, ce projet de se perpétuer et de conserver le pouvoir dans leurs propres mains... tout cela, milord, donne trop de sujet de les réprouver et de les haïr. Et, comme ils sont l’autorité de la nation, n’ont aucun compte à rendre à personne, il n’y a nul moyen de les retenir dans les limites de la loi et de la raison. Ainsi, à moins qu'on n’établisse quelque autre pouvoir assez fort et assez élevé pour les réprimer, amener un meilleur ordre et mettre un

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