LIVRE HUITIÈME
terme à toutes ces animosités, il deviendra impossible d’empêcher notre ruine.
Whitelocke... Quant aux membres du parlement, j’avoue que la grande difficulté est là, attendu que c’est d’eux que vous avez votre commission. D’ailleurs, comme chefs et législateurs de la nation, ils ne dépendent d’aucune suprématie et il n’y a contre eux aucun appel possible.
« Cromwell. Eh quoi! si un citoyen se faisait roi?
« Whitelocke. Je pense que le remède serait pire que le mal.
« Cromwell. Vous croyez? »»
Le dialogue continua et il faut en suivre le développement authentique et curieux dans les mémoires de Whitelocke. Ce cauteleux jurisconsulte n’entra pas dans l’insinuation de Cromwell. Il lui démontra tous les inconvénients d’une monarchie de la gloire, son instabilité inévitable, et finit par lui proposer de restituer à Charles II le trône sous de bonnes conditions pour le généralissime, pour ses amis et pour l’Angleterre. Cromwell rompit l’entretien, et, sans disgracier Whitelocke, lui témoigna moins de confiance. Même il ne tarda pas à le déporter honorablement dans une ambassade lointaine , l’ambas- • sade de Suède. Whitelocke ne méritait pas autre chose, lui qui ne savait être ni ami ni ennemi. Malgré son expérience, il n'était pas un homme d’Etat d’indiquer à Cromwell un rôle qui sera à la taille de Monk dans des circonstances plus opportunes. Il n'avait pas, du reste, ce légiste si fin, le sens de la grandepr. Car, en même temps qu’il prenait Cromwell pour un restaurateur de dynastie , il ne voyait dans Milton qu’un commis des dépêches étrangères. Le lord général profita néanmoins de l’ouverture de Whitelocke. Puisque l'on pensait vaguement aux Stuarts, il n’était pas habile d’en avoir en Angleterre. Cromwell envoya donc à La Haye le petit duc de Glocester, afin d’éloigner jusqu’à la tentation d’un retour à la maison déchue.
Nous l'avons dit, après Worcester (1651), le parlement ne trouva rien de plus efficace contre l’armée et contre Cromwell que la marine et Blake. Les batailles se succédèrent, des ba-
tailles telles, que ce sont les plus grandes de Thistoire. Et les iliommes sont supérieurs encore aux batailles. Le 19 mai 1652, Blake et van Tromp se rencontrèrent dans le détroit, se heurftèrent et se mitraillèrent au milieu de manœuvres savantes ou soudaines, sans parvenir à se vaincre. Le 28 septembre de la 'même année, Blake fut plus heureux contre Ruyter et de Witt, •près de Plymouth. Le 29 novembre, van Tromp vengea la Hollande de Blake dans les Dunes. Le 28 février 1653, l’amiral anglais se mesura avec van Tromp dans un gigantesque duel de mer qui dura trois jours et qui coûta soixante-huit vaisseaux à la Hollande. Cette nation était frappée dans ses pêcheries, dans son commerce, dans ses richesses, dans son avenir, mais non dans son honneur; car ses amiraux étaient son orgueil et couvraient de gloire jusqu’à ses défaites. Les Provinces-Ünies toutefois souhaitaient la paix, et, pour l’obtenir,, elles auraient consenti à payer trois cent mille livres sterling et à baisser leur pavillon devant le pavillon anglais dans les parages britanniques. Mais le parlement de Londres ne voulait pas une paix qui l’eût désarmé de la marine contre les. troupes de terre. Il • espérait toujours, ce parlement jaloux de ses derniers droits et -de son dernier souffle, opposer Blake à Cromwell. Malheureusement c’était impossible, non pas certes que Blake ne fût trèsdigne d’une semblable lutte, mais il n’était pas un homme de •parti, quoiqu’il fût républicain. Cromwell, qui savait cela, ne s’inquiétait ni de la marine ni de Blake, sinon pour s’en aider à grandir l’Angleterre et à se grandir lui-même. Le parlement, au contraire, lui était odieux, et il l’observait comme une proie.
Il s’y était pris de loin. Il avait ménagé les classes, les corporations, les compagnies universitaires, afin de trouver leur concours, du moins moral, au jour de la mêlée. Sachant de quel poids les humanistes étaient dans l’opinion publique, il saisissait toutes les occasions de les protéger. Il envoyait aux gar- .nisons des lettres collectives comme celle-ci :