‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 143 sur 217 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

« A tous ceux que cela 'peut concerner,

« Par ces présentes, je vous ordonne et commande, à vue d’icelles, de ne loger aucun officier ni soldat dans aucun des collèges, lieux de sciences ou maisons appartenant à l’universrté de Cambridge, comme aussi de ne faire aucun tort ni aucune violence aux étudiants ou aux membres de ladite université. Vous répondrez de toute infraction à vos risques et périls.

« Donné de ma main et scelle.de mon sceau, le 1®^ juillet 1652.

« Olivier Cromwell. »

D’un autre côté ces officiers, auxquels il enjoignait la modération envers les savants, il les gagnait en leur laissant tout attendre, s'ils lui accordaient tout. Telle était sa mystérieuse tactique avec eux. Il ne les oubliait jamais. De l’un des leurs, de Fleetwood, il avait fait son gendre. Une petite circonstance bâta cet événement. Après la mort d’Ireton, Lambert avait été nommé lord député d’Irlande. Or, il arriva que la veuve d’Ireton et la femme de Lambert s’étant rencontrées dans le parc de Saint-James, madame Lambert réclama la préséance 'que lui donnait le titre de son mari. Madame Ireton exaspérée se plaignit à Cromwell, qui indemnisa Lambert d’une autre façon et <[m investit du gouvernement de l’Irlande Fleetwood. Il l’unit ensuite à sa fille, la veuve d’Ireton, qui reprit la préséance sur madame Lambert. Fleetwood devint aussi, comme Ireton, le diplomate permanent de Cromwell auprès de l’armée soit d’Irlande et d’Écosse, soit d’Angleterre. « Rappelez-moi, lui écrit Oromwell, à tous les officiers. Véritablement mes prières de chaque jour sont pour eux. Engagez-les à se tenir en garde contre l’amertume du cœur. »* Tout en ayant l’air de les calmer, Cromwell les attisait ainsi. Dans leurs réunions, ils accusaient les avocats du parlement qui exploitaient la gloire des soldats et des généraux. Ils adressaient pétitions sur pétitions à l’assemblée pour la presser de se dissoudre. Un seul homme, le

.‘X)S HISTOIRE d’olivier CROMWELL

major Streater, dont Thistoire grave respectueusement le nom, se plaignit de Cromwell, qui était bien près, dit-il, de trahir la république. Harrison était là tout plongé dans les songes de la cinquième monarchie et persuadé que le généralissime aplanissait les voies au fils de Dieu. Ce fut donc lui, le visionnaire Harrison, qui reprocha à Streater d’interpréter à faux Cromwell, dont toutes les sollicitudes tendaient à préparer le trône de Jésus-Christ. « Alors, répliqua Streater, que Jésus-Christ se dépêche; autrement il trouvera la place occupée. » Tous les temps se ressemblent. Sous le consulat de Napoléon P*‘, il n’y eut aussi qu’une protestation à la veille de l’empire, celle du colonel Foy. Dans un nombreux dîner d’officiers parmi lesquels il était, un toast fut porté au- futur empereur; ce fut une acclamation universelle. Le colonel Foy seul restant immobile, Fun de ses camarades enthousiastes lui dit : - Pourquoi ne bois-tu pas? — Je n’ai pas soif, repartit Foy avec un accent de patriotique douleur. •• Il fut compris à Paris comme Streater avait été compris à Londres, mais personne ne s’associa au sentiment de ces grands citoyens. Les armées passent toujours aux dictateurs.

Malgré toutes les attaques, le long parlement s’occupait trèslentement de sa dissolution. Il ne voulait pas mourir. Tandis que Cromwell exigeait une résolution, les représentants discutaient à leur aise sur un bill d’élection et sur les successeurs probables que ce bill leur substituerait. Si Blake, l’incomparable marin, eût été homme d’Etat, le parlement n’aurait pas tant parlé; il aurait lancé Blake contre Cromwell, comme il le lançait contre van Tromp, et le dénoûment d’un pareil com- ])at aurait pu fixer le sort. Mais réduit à lui-même, c’est-à-dire à quelques colonels magnanimes, à quelques sectaires généreux, à quelques légistes subtils, le parlement, faute d’un grand homme, avait trop de chances défavorables. Il avait été bien souvent violé. Les cinquante-trois membres qui le composaient avaient presque tous approuvé l’attentat du colonel Pride. De quel droit repousseraient-ils un attentat semblable? Il y avait là des talents et des courages : des jurisconsultes comme Whitelocke, Bulstrode, Bradshaw; des orateurs et des citoyens

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