‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 145 sur 217 · LIVRE HIITIKME · texte numérisé non relu

LIVRE HIITIKME

n’ètes plus un -parlement. Je clos vos .séances. Qu’on les fasse entrer, qu’on les fasse entrer. »» Sur un signe de Ilarrison, le lieutenant-colonel Worsley envahit la chambre avec deux files de mousquetaires.

Henri Vane cria de sa place : « C’est un sacrilège ! » Crom- ^vell, regardant en face son interrupteur, l’apostropha par des injures, ajoutant avec une inexprimable passion : « O sir Henri Vane, sir Henri Vane! le Seigneur me délivre de toi! •* Puis,, s’adressant à Challoner, voisin de Henri Vane, il dit : « Toi, tm es un ivrogne. »» Puis, désignant Whitelocke, il le troubla si-, bien, que l’effroi du député se sent à cet endroit au désordre de ses mémoires. Puis, Cromwell montrant Henri Martyn et sir Peter Wentwortb, dit encore : « Ceux-ci sont des coureurs de filles. »* Et il continua cette revue outrageante, qu’il interrompit en ordonnant d’emporter la masse. « Hors de là, dit-il, hors de là cette marotte de fou ! »

Pendant ce temps, Harrison faisait descendre l’orateur (leprésident) de son siège. Alors les membres de l'assemblée se levèrent à l'approche des soldats et se dirigèrent vers la porte. Parmi eux pourtant combien d’hommes intrépides 1 Je n’en citerai qu’un : Algernon Sidney. 11 paraissait indigné et se retira silencieux avec une lenteur menaçante; mais quoiqu’il eût désarmés, il ne s’en servit pas. H jugea, sans doute, que la force' militaire était au delà de toute proportion avec une résistance individuelle. Cromwell, qui s’en aperçut peut-être et qui insulta tant de députés, respecta Sidney. Il fut un instant saisi d’une sorte de remords et s’écria : - C’est vous tous qui m’avez contraint à cette action. J’ai prié le Seigneur jour et nuit de ne pas m’imposer ce devoir. »» A ces mots de repentir ou plutôt d’hypocrisie, M. Allen, du milieu du tumulte, ayant répondu à Cromwell que, s'il congédiait ses mousquetaires, une réconciliation était possible encore, Cromwell lui cria qu’il n’avait pas rendu ses comptes de trésorier de l’armée, et il le fit arrêter aussitôt. Il commanda ensuite à ses mousquetaires de balayer la chambre de tous les députés jusqu’au dernier. Aucun, je lerépète, ne tira l’épée du fourreau. Plusieurs cependant étaient d’une bravoure téméraire, mais il y a des moments d’asphyxie

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dans les luttes politiques, et ce jour-là, le génie de Cromwell fut le plus fort.

L'usurpateur s’empara des papiers de l’assemblée et dicta au . greffier Scobel, dans le journal du 20 avril 1053, ces paroles mémorables : « Aujourd’hui, Son Excellence le lord général a dissous le parlement. " Il assista ensuite à la fermeture de la salle des séances, et, la clef à la main, il retourna à White- Hall. Le 2l avril, on lisait une affiche à la porte de Westminster; elle était ainsi conçue : Chambre à louer non meublée. Vile facétie d’un cavalier, après le grand forfait du lord général !

Cromwell déploya dans ce forfait plus de hardiesse et de res-

sources qu’à Worcester et dans toutes ses victoires. Le parlement était un bien autre ennemi qu’un prétendant et qu’un roi î C’était aussi plus qu’une armée, c’était un peuple, ou ce qui est égal à un peuple, — sa représentation, — une assemblée qui était par les lois et qui faisait les lois, une assemblée de qui Cromwell avait tout reçu! Il joua sa vie devant ce parlement, sa renommée devant l’opinion publique et devant l'iiistoire. Comme toujours il était moitié fourbe et moitié sincère, ou plutôt son ambition se mêlait tellement avec sa conscience, qu,’il ne les distinguait plus. Il pensait que tout ce qu’il risquait pour lui, il le risquait pour Dieu, et qu’il était l’ouvrier indispensable du Seigneur. Cette identification le soutenait et le rassurait. Le crime même sous ce raj^on lui devenait vertu.

Lord Clarendon, Denzil Hollis, le colonel Hutchinson protestèrent dans des partis bien dissemblables. Ludlow, qui était absent, Algernon Sidney et sir Henri Vane, qui étaient présents, furent inflexibles dans leur réprobation. Mais les adhésions étaient innombrables. La marine, création du parlement et rivale de l’armée, ne s’insurgea pas. Cromwell avait bien deviné Blake. Tout républicain qu’il était, l’amiral dit à ses officiers en apprenant la dispersion du parlement : « J’aurais mieux aimé le contraire de ce qui a été fait, messieurs, — mais dans notre métier, nous n’avons que deux mérites : l’obéissance et la victoire. »»

Le lord général se hâta d’adopter cette gloire qui lui venait

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