‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 146 sur 217 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

de rOcéan et qui ne le désavouait pas. Et cette double gloire de terre et de mer le couvrit de splendeur. Elle fit oublier la liberté. Les adresses affluèrent de plus en plus. Les saints se réjouirent. Les épiscopaux, les presbytériens, les républicains étaient vaincus. Les indépendants, qui composaient presque entièrement le parlement renversé étaient blessés à fond. Cromwell s’attirait par tant de points la haine des partis, et cependant il fut tout-puissant. Malgré plusieurs minorités réunies contre lui, la majorité lui arriva de partout. Il était l’homme le plus capable de gouverner l’Angleterre. Cette nation, et l’Irlande et l’Écosse donnaient d’intention au dictateur l’autorité qu’il avait prise. Dans l’anarchie universelle, seul il inspirait la confiance. C'est que Cromwell ajoutait à son habileté, à son prestige, à sa cupidité du sceptre, quelque chose de vraiment grand et qui dépassait la politique : je veux dire une ouverture vers la tolérance, une issue vers l’affranchissement des âmes. Un reste de persécution contre le papisme et contre l'anglicanisme n’était qu’une réaction contre une oppression récemment subie, mais la liberté religieuse était le principe même de Cromwell. Ce principe s’établira peu à peu et malgré des déviations, d’abord sous Cromwell lui-même, puis sous Guillaume III et jusque dans le dix-neuvième siècle. C’est par ce principe que Cromwell triompha d’un parlement qui avait fait une Angleterre nouvelle, agrandie de l’Irlande et de l’Ecosse, accrue d’une marine gigantesque. Oui, ce principe de la liberté religieuse que protégea Cromwell le protégea à son tour. Quiconque ne pénétrera pas cette perspective n’aura le secret ni de Cromwell, ni de Milton, ni de Guillaume d’Orange, ni de la révolution d’Angleterre.

Le coup de foudre avait éclaté sur le parlement le matin du 20 avril. Le même jour, Cromwell, qui ne faisait rien à demi, apparut à l’improviste en pleine séance du conseil d’État. Bradshaw était au fauteuil. Le conseil d’État, c’était plus que le ministère, c’était le pouvoir exécutif du parlement. Il ne pouvait donc logiquement survivre à l’assemblée de laquelle il émanait. Cromwell, s’adressant à tous les membres, mais regardant Bradshaw, dit : « Messieurs, si c'est comme

HISTOIUK d’olivier CROMWELL

simples particuliers- que* vous ôtes ici, à la bonne heure, je ne

m’y oppose pas ; si c’est comme conseil d’Btat, je ne le peux souffrir et je vous dissous comme j’ai dissous le parlement. » Il se fit un silence, — et Bradshaw, le chef des jurisconsultes républicains, répondit d’un accent qui avait consterné Charles et qui, sans dompter Cromwell, le troubla : « Monsieur, nous savons ce que vous avez fait ce matin à la chambre. Bientôt l’Angleterre et le* monde le sauront. Mais, monsieur, vous vous abusez étrangement si vous croyez que le parlement ait pu être dissous par un autre que par lui-même. Le fait est radicalement nul devant le droit. A votre tour, sachez-le bien. » Après ces paroles, plus éloquentes que la désapprobation muette de Lenthall au parlement, et où Bradshaw avait mis la fermeté du magistrat, la fierté du citoyen en même temps que la majesté de la loi, il se retira à la tête de ses collègues.

L’émotion de Cromwell fut passagère. Il n’était pas hommeà se déconcerter devant un légiste. Affranchi de toute autorité préexistante, lui, le héros de l’armée, il n’avait qu’à se replier sur un conseil plus facile que le conseil d’Etat, sur un conseil d’officiers. Ce conseil, quand il serait organisé, s’il n’était pas définitif serait encore très- utile. Par lui, le lord général pourra nommer à son gré un parlement duquel lui viendra sinon le droit, du moins l’apparence du droit. Les « saints » étaient nombreux autour de Cromwell. Les uns proposaient un conseil de dix membres ; les autres de soixante-dix, à la ressemblance du sanhédrin des juifs ; les autres de treize, à l’image du Christ et des apôtres. C’est ce dernier avis qui fut adopté par Cromwell, malgré l’avis de Harrison, qui était pour un sanhédrin. La souveraineté résida donc provisoirement dans douze citoyens anglais parmi lesquels il y avait quatre jurisconsultes, huit officiers supérieurs et le lord général pour les présider. On distinguait dans le groupe : Lambert, un charlatan très-étourdi en épaulettes; Worsley, un sicairo sans scrupule; le colonel Tom- Imson, un geôlier militaire de Charles dans lequel le roi trouva un consolateur; Besborough, un beau-frère de Cromwell franchement voleur; Harrison, brave et honnête, capable de servir le lord général ou de lui nuire au gré de ses visions.

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