‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 147 sur 217 · LIVRE IirmÈME · texte numérisé non relu

LIVRE IirmÈME

Le- secrétaire des treize, qui devint le secrétaire de Cromwell^ était Thurloe. C’était un de ces rares avocats dans lesquels il y a l’étoffe solide des hommes politiques. Il plut au lord général par sa modération,, sa promptitode, sa netteté, son sens toujours juste et sa science toujours prête. Heureux Cromwell,, qui avait dans Milton un secrétaire d’idées, d’avoir dans Thurloe un secrétaire de gouvernement! Tous deux ont laissédes papiers d’État; mais ceux de Thurloe, publiés par Birch en sept volumes in-folio, ont un avantage incomparable, celui de renfermer des pièces de l’intérêt le plus grave, le plus historique. Milton cependant, tout en obéissant à sa propre conviction, fit pour Cromwell ce que ni Thurloe, ni personne n’aurait pu faire, ce que peut faire le génie seuï. Il changea un instant la vérité, il voila un instant la pitié ; un instant il légitima la hache, un instant il dora l’échafaud de Charles I". Thurloe, lui, venu plus tard, après le coup d’État contre le parlement, s’associa sincèrement à la course ascensionnelle du lord général. Cromwell s’abandonnait à la fortune. Son horizon était d’autant plus vaste qu’il était plus vague. « On ne va jamaissi haut, dit-ilun jour à M. de Bellièvre, que lorsqu’on ne sait plus où l’on va. «» Cromwell marchait dans l’inconnu, lorsqu’il rencontra Thurloe, et il y marchait avec hardiesse, mais aveo embarras. Il n’avait pas besoin d’une inspiration, il avait besoin d’une expérience, et c’est précisément ce que lui apporta Thurloe. Il coupa les broussailles sous les pas de Cromwell, et il lui traça un chemin décent. Il eut ce don spécial de rédiger admirablement la tyrannie du lord général. Cromwell s’y accoutuma si bien, que Thurloe lui fut dès lors indispensable, Thurloe qui régularisait toutes les usurpations et qui avait l’art de rendre légale par la forme jusqu’à l’illégalité.

Cromwell avait alors un grand problème à résoudre avec son petit conseil d’officiers et de légistes évangéliquement constitués. U lui fallait, au moyen de ce cénacle, faire une assemblée qui eût l’air d’un parlement et qui, à ce titre, investît le lord général d’un semblant de droit. Cromwell, au milieu de ses collègues dociles ou trompés, chercha donc le Seigneur, et voici comment il le trouva. D’accord avec ce conseil et avec les

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

ministres des Églises, il choisit sur des renseignements certains cent trente-neuf représentants pour l’Angleterre : six pour le pays de Oalles, six pour l’Irlande et quatre pour T Écosse, — en tout cent quarante-cinq. Les noms enregistrés, le secrétaire Thurloe expédia à chacun des députés une lettre ainsi conçue :

« Monsieur,

« Assuré de votre zèle pour Dieu et pour les intérêts du bon peuple, moi, Olivier Cromwell, capitaine général, je vous avertis et requiers, comme étant une des personnes désignées, de vous présenter à la chambre du conseil à White-Hall, dans la cité de Westminster, le 4 juillet prochain (1653), pour y recevoir la commission à laquelle vous ôtes appelé par la présente et pour remplir votre service en qualité de membre du comté de **’. Vous ne devez pas manquer.

« Donné sous ma signature et mon sceau.

« Olivier Cromwell. «

Presque tous ces singuliers législateurs accoururent. Ils s'imaginèrent être les élus de Dieu. Que leur importait le peuple ! C’était, en minorité, le troupeau de Harrison, des millénaires, des anabaptistes, des hommes de la cinquième monarchie. Harrison était le chef de ce groupe. Un groupe plus nombreux se rattachait à Cromwell ou à ses officiers, dont les plus influents dans cette assemblée étaient le colonel Sydenham et le major Worsley. Il y avait là deux noms très-populaires : le plus grand homme de mer des Trois -Roj^aumes, Robert Blake, et le général Monk. Cromwell avait inscrit, malgré leur absence, ces hauts dignitaires pour honorer et pour flatter son parlement de moyenne bourgeoisie; car, bien qu’il se trouvât dans ce parlement quelques nobles, ce qui s’y trouvait le plus, c’étaient des marchands, des propriétaires campagnards ou citadins, même des artisans aisés. Le peuple, qui ne respecte jamais les siens, se moquait un peu de ce parlement où il n’y avait pas assez d’aristocratie, et il l’appela le parlement B art-

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