LIVRE iirrriÈME
honCy du nom d’un député qui était corroyeur. Ce Barebone, du reste fort honnête, usait et abusait de la parole. Son défaut était de s’ètre pris au sérieux et de se trop exercer à l’éloquence, incapable de comprendre que ce qui était pour lui un devoir pût être pour d’autres un ennui.
La partie naïve, de - ce parlement de poche «, ainsi que le définissait mistriss Hutchinson, cette partie naïve et démocratique relevait de Harrison; l’autre partie, moins systématique, plus accessible aux nécessités, aux calculs, aux conjonctures, recevait d’avance comme une consigne le bon plaisir de Cromwell, Cromwell disposait des cupides et des tièdes. Il accueillit affectueusement l’assemblée à White-Hall. Il l’aborda familièrement, presque sans étiquette. Il était entouré néanmoins de ses officiers en grand uniforme ; lui portait un habit gris et des parements noirs.
«« Messieurs, dit-il, soyez les bienvenus. Tout, dans notre glorieuse révolution, atteste la main de Dieu, — le succès de la guerre civile, — le jugement du roi, — la suppression de la pairie, — la dissolution de la chambre des communes, cette dissolution que j’ai tout fait pour ajourner et à laquelle j’ai été contraint. Maintenant c’est à vous de chercher le Seigneur. Vous arrivez comme « des saints »», sans avoir à vous reprocher aucune brigue. Vous avez été entièrement passifs. Personne, il y a trois mois, ne concevait la pensée d’une réunion comme celle-ci, convoquée à la'lumière du Seigneur pour exercer le pouvoir suprême. >*
Après d’autres considérations, Cromwell transmit aux saints l’acte constitutionnel d’oü dérivait leur mandat. Ils furent saisis, par cet acte, de l’autorité souveraine jusqu’au 3 novembre 1654, sous la condition de désigner leurs successeurs pour l’année suivante. On surprend ici l’intention de Cromwell, qui se leurrait d’une illusion, celle de tirer très-vite le droit du fait. Accoutumé à prêcher, le lord général électrisa ces notables anglais, surtout Harrison et les hommes de la cinquième monarchie. « Dieu, s’écria-t-il, frappe les montagnes, et elles chancellent. Mais il a une haute montagne seule inébranlable ; il l’habite dans les siècles des siècles. « Ils ne s’aperçurent pas,
les saints, que cette haute montagne était la figure de celle que Cromwell escaladait. Le lord général s’était emparé de leur imagination. Ils crurent que le règne du Christ était proche, que Dieu avait agi par le bras de Cromwell et parlé par ses lèvres.
Le lendemain (5 juillet), le petit parlement chercha le Seigneur. La prière dura de huit heures du matin à six heures du soir. Douze d’entre les députés expliquèrent tour à tour les Écritures, citèrent des versets, commentèrent le discours du lord général et s’y associèrent. Ils étaient à leurs yeux plus •que le parlement du peuple, ils étaient le parlement de Dieu. Ils n’eurent qu’une extase toute cette longue séîmce. Jamais les saints n’avaient goûté une pareille fête de ravissement intérieur. De telles orgies ascétiques se renouvelèrent plus d’une fois. Le parlement n’eut pas de chapelain ; tous les représentants n’étaient-ils pas des chapelains entre eux? Ils ne perdaient pas leur temps. Westminster était une sorte de temple. Dès que les députés étaient à leurs bancs, ils se mettaient en oraison jusqu’à ce qu’ils fussent assez nombreux pour délibérer; alors ils passaient aux affaires.
Ils nommèrent Rouse leur président, et ils invitèrent le lord général, Lambert, Harrison, Desborough, Tomlinson à partager leurs travaux. Ils y prirent goût. Ils préludèrent à la réforme des lois, qu’ils résolurent de condenser en un grand code, à la manière des Romains. Ils adoucirent le régime des prisons : plusieurs les connaissaient bien pour y avoir logé durant les troubles. Ils abolirent la cour de la chancellerie, dont les prévarications étaient un scandale. Ils attaquèrent hardiment les dîmes. Ils restituèrent l’élection des pasteurs à la majorité des paroissiens. Leur plus virile tentative fut d’enlever au clergé le baptême et le mariage en substituant les juges de
paix aux ministres. Par là, ces sacrements devenaient des
actes civils, et l’Etat remplaçait l’Eglise.
Une fois lancés, les saints cessèrent d’être ridicules , car ils firent peur à beaucoup. Cromwell, profitant de cette impression, donna un mot d’ordre qui fut obéi de point en point.
Le colonel Sydenham, l’un des députés, prononça un dis-