LIVRE HlTTTIlblE
cours contre Tœuvre désorganisatrice de l’assemblée. Il déclara que cette œuvre était nuisible, qu’il ne voulait pas continuer d’y concourir, et il proposa de remettre le pouvoir souverain à celui qui le leur avait communiqué, au lord général. Cette motion fut appuyée par le major Worsley et par tous les clients de Cromwell. Ils se levèrent et se dirigèrent du côté de White-Hall. Le président, le sergent et les secrétaires prirent la même route, et Harrison demeura seul avec son troupeau de « saints «. Ils étaient à peu près cinquante. Harrison les fortifia et se fortifia lui-même par des textes biblN ques, mais, sa finesse surmontant ses rêveries, il sentit bien
• qu’il avait été joué par Cromwell. Il ne le lui pardonnera jamais. Il fut tiré de ses réflexions par le major White et le colonel Goffe, qui le chassèrent de Westminster avec ses collègues, comme il en avait chassé le long parlement. Représailles de la Providence dès ce monde, .représailles divines qui en présagent d’autres aux .coupables et qui témoignent de -la justice éternelle !
Hors de la salle des délibérations, plusieurs des saints de Harrison se ravisèrent et se rendirent à White-Hall, où ils approuvèrent l’acte de démission du parlement : tant est rapide la pente de la lâcheté humaine vers le succès, tant est rare l’héroïsme qui lui résiste! L’acte de démission, placé dans une pièce du palais, eut bientôt quatre-vingts signatures, dont Cromwell se réjouit. Lui, qui avait tout conseillé et tout préparé, — lorsque le colonel Sydenham et le président Rouse lui présentèrent en triomphe cet acte de démission de la chambre, il joua l’étonnement, la stupéfaction, et ce n’est que peu à peu qu’il se soumit au Seigneur.
Le parlement, par son suicide et son testament, avait en quelque sorte nommé Cromwell son héritier. Le lord général l’entendait bien ainsi. Dans son scrupule néanmoins, il confia à
• deux réunions successives le soin d’une constitution nouvelle, d’où, malgré quelques objections, il sortit roi tout-puissant, sous le titre de protecteur. Cette constitution, en effet, dictée par Cromwell, fit résider l’autorité législative dans le protecteur permanent et dans le parlement annuel. — Le protecteur
HISTOIRE d’olivier CR0M\VELL
(levait être assisté d’un conseil. — Il avait le veto. — Il décernait tous les emplois. — Sa liste civile avait été fixée à deux cent ftiille livres sterling de revenu. — Il était investi du pouvoir royal ; le nom seul de roi avait été retranché.
Dans l’intervalle d’un parlement à un parlement, c’était le lord protecteur qui gouvernerait avec son conseil. Ce conseil comprit d’abord tous les principaux complices du général : Lambert, Desborough, Henri Lawrence, sir Charles Worsley, le colonel Sydenham, Francis Rouse, le vicomte Lisle, le colonel Philippe Jones, le colonel Montagu, le major Richard, Walter Strickland, sir Gilbert Pickering, Skippon et Asliley. Chacun de ces quatorze conseillers eut un traitement fixe de mille livres sterling par an.
Le 16 décembre 1053, un cortège se mit en marche de White-Hall à Westminster. Les commissaires du sceau, les juges et les barons de l’échiquier formaient l’avant-garde avec le lord maire, les aldermen et les sheriffs en toges rouges. Cromwell, entouré d’officiers, venait ensuite dans un carrosse à six chevaux. Lambert portait l’épée devant lui. Le cortège prit place .solennellement dans la salle de Westminster. Le lord général se tint d’abord debout près de son siège de parade : il avait un chapeau galonné d’or, des bottes à l’écuyère, un habit et un manteau de velours noir. Après la lecture de la constitution et le serment qu’il prêta, Cromwell s’assit, et le major général Lambert, à genoux, présenta au protecteur l’épée civile revêtue du fourreau. Cromwell la reçut et déposa la sienne, l’épée militaire. Désormais il n’était plus capitaine, il était le premier magistrat des trois ro 3 -aumes britanniques.
La cérémonie terminée, Cromwell et le cortège retournèi*ent dans le même ordre à White-Hall. Seulement le lord maire, à cheval, précédait le carrosse du protecteur. C’était cette fois lui, le chef municipal de la cité de Londres, qui, tète nue, portait l’épée civile de Son Altesse et qui, en la portant, paraissait la légitimer, la rendre nationale. Cromwell avait profondément combiné cette sorte de couronnement. Le lendemain, il fut proclamé lord protecteur. Londres battit des mains,