‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 150 sur 217 · LIVRE HriTIKME · texte numérisé non relu

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et des adresses de félicitation, parties de tous les comtés d’Angleterre, de toutes les villes d’Irlande et d’Écosse, encombrèrent Wliite-Hall.

Ainsi Cromwell, le représentant de l’armée, de conseil en conseil d’officiers avait usurpé le pouvoir suprême. Son fauteuil de lord protecteur était un trône. Comment il y était parvenu, je l’ai raconté. Son chemin fut signalé par une suite mémorable de victoires, de violences et de ruses, par son coup d’État contre le long parlement et par son guet-apens contre le parlement Barebone. Ce -dernier acte fut tellement ménagé, si diplomatique et si habile, que le protecteur, né de la force et de la fourberie, sembla presque l’élu providentiel d’un suffrage légitime. Le droit était dans le long parlement: Cromwel l’avait pris à la façon des brigands, et il l’avait communiqué tout souillé au parlement Barebone, qu’il avait créé exprès pour le lui rendre purifié. Il avait essayé de le consacrer encore, ce droit, par l’intervention des autorités municipales. Ce n’était toujours pas le droit, mais c’était une comédie du droit que Cromwell, par une alchimie savante, s’efforçait de transformer de plomb en or. Son espérance était de se faire sanctionner par un vrai parlement. Toutes ses pensées se concentrèrent sur ce but.

La famille était son seul repos. Entre la guerre d’Irlande et »

la guerre d’Ecosse, il s’était installé au Cockpit; après Worcester à White-Hall; après la chute des deux parlements, il s’était familiarisé avec toutes les résidences de la couronne. Le soldat du Dieu vivant, comme il se désignait,

plus grand par le génie que les princes par la naissance,

s’établit peu à peu sans scrupule dans les châteaux d’Elisabeth et de Charles I*L où il n’avait fait jusque-là que des séjours passagers.

Au milieu de ces splendides résidences, Cromw’ell conserva une certaine bonhomie et ne perdit pas ses tendresses. Il aimait tous les siens, mais il avait trois préférences de cœur irrésistibles : sa vieille mère, une femme biblique, vénérable par son austérité mêlée d’une sensibilité inquiète; sa fille Claypole, mobile d’imagination, et d’autant plus touchante à Cromwell,

HISTOIRE d’oUAIER CROMWELL

qu’elle était comme sa néophyte et son élève en théologie. La troisième personne très-chère à Cromwell était sa petite-hlle, connue depuis sous le nom de mistriss Bridget Bendj^sh. Cette enfant d’Ireton avait un tempérament , un esprit, qui rappelaient Cromwell, comme ses traits et sa physionomie rappelaient les traits et la physionomie du protecteur. Dissimulée, sincère , diplomate , imprudente , capricieuse , éloquente , appuyant ses fantaisies sur des versets sacrés, tellement ligiiée avec Dieu, qu’ils ne faisaient plus qu’un , elle réussissait dans tout ce qu elle entreprenait. Elle était rés'olue, quelquefois intraitable, toujours respectueuse et douce pourtant avec son grand-père, qu’elle admirait passionnément. Cromwell l’adorait. Il se plaisait à la tenir sur ses genoux, et il la gardait de cette façon contre sa poitrine pendant de longues conférences. « Ne craignez rien, disait-il à ses interlocuteurs souvent indécis à cause de la présence de cet enfant, ne craignez rien. Je réponds d’elle autant que de moi. Je lui ai confié des secrets, et j’ai prié soit sa mère, soit sa grand’mère de les lui dérober par des caresses ou de les lui arracher par des châtiments. Rien n’y a fait. La petite est une Romaine, ou plutôt c’est une Judith, une fille de ma droite. Elle sera la femme forte de l’Ecriture et la bénédiction de ma vie. »» Et il n’exagérait pas. Quand il avait été enfant avec Bridget quelques minutes, il était plus homme le reste du jour avec Thurloe et il dirigeait pjus facilement les affaires du monde.

Dans le premier mois du parlement Barebone, il y avait eu un combat de mer admirable non loin du Texel. La flotte anglaise, commandée par Blake et Monk, avait bloqué le golfe de Zuyderzée. Van Tromp en sortit au bout de sept semaines employées à réparer les navires hollandais. Le 30 juillet, il attaqua les Anglais. La nuit sépara les combattants. Le lendemain, Tromp, réuni à de Witt, fit un effort suprême. Il avait pris des dispositions qu’il croyait infaillibles. Il donnait ses ordres sur le tillac, le parcourant l’épée nue à la main, en grand uniforme, animant tous les siens, soldats et officiers, bravant la mitraille, défiant Blake et Monk. C’est au milieu de cette inspiration navale et dans l’élan d’une grande àme servie par le

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