‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 152 sur 217 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Le protestantisme. — Cromwell inaugure la tolérance religieuse. — Hauteur de Cromwell devant les gouvernements étrangers. — Sa politique extérieure. — Christine de Suède. — Traité de paix avec la Hollande, 5 avril 1654. — Grandeur de Cromwell. — Il convoque un parlement, 3 septembre 1654. — Son discours. — Il impose le serment. — Sa vie à White-Hall. — II dissout le parlement, 22 janvier 1655. — Conspiration républicaine. — Détention d’Overton et d’Harrisou à la Tour. — Conspiration royaliste h Salisbury, mai 1655. — Expédition en Amérique. — Prise de la Jamaïque. — Cromwell secourt les Vaudois. — Traité avec la France, 1656.

Le lord protecteur, qui applaudissait la marine, s’aidait de tous les partis et ne s’inféodait à aucun, pas même au parti militaire, qu’il contenait tout en le comblant de faveurs. Il fut doux aux cavaliers, les prévenant en même temps et prévenant Charles II d’éviter les attentats contre sa vie, car il était décidé à user de représailles contre la famille royale. Il releva un peu les presbytériens trop abattus. Les indépendants lui donnèrent de grandes tribulations. Les plus radicaux étaient les hommes de la cinquième monarchie, les saints de Harrison ; il était plus indulgent que sévère avec eux. Quand ils conspiraient, il se bornait à les incarcérer et à envoyer, de loin en loin, Harrison à la Tour. Les plus éclairés des indépendants étaient de purs théistes, comme Sidney, Haslerigh, Nevil et Challoner; il les laissait philosopher. Il réprimait plus volontiers les théologiens qui lui faisaient de l’opposition devant le peuple, par exemple les docteurs Rogers et Simpson. Il ne persécutait pas des calvinistes de la trempe de Ludlow et d’Hutchinsoh, même quand ils étaient républicains. Il était d’une bienveillance universelle

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

pour les sectes. L’anglicanisme et le papisme, qui touchaient à la faction, furent seuls traités avec quelque rigueur.

Dès lors se manifesta l’influence contraire du protestantisme et du catholicisme. Cette influence a été croissante. Le protestantisme a mené l’Angleterre, l’Amérique, les Pays-Bas, la Suisse, rAllemagne à la liberté, à la prospérité et à la philosophie. Où le catholicisme a-t-il conduit l’Italie? Où il a conduit l’Espagne, ce grand peuple, et Pascal, ce grand homme : à l’anéantissement des plus fiers et des plus forts, à la tyrannie et à la superstition, qui stérilisent tout.

Môme sous Cromwell, et par la haute tolérance de ce génie pratique, on s’affranchissait, en partie, de la prédestination. Calvin, en cela l’écho de Luther, avait admis cette doctrine. La Providence, “Soutenaient-ils, a ordonné par un décret souverain que les uns seraient infailliblement éliîs, les autres infailliblement damnés. Les œuvres sont impuissantes. Ce n’est pas Injustice qui sauve, c’est la grâce. Dogme odieux qui, en abolissant la conscience, faisait de l’homme une victime nécessaire et de Dieu un despote éternel! Il était si révoltant, ce dogme, que beaucoup cherchèrent le remède et le trouvèrent dans le libre arbitre au risque de concilier plus tard difficilement le libre ai^ bitre* avec la grâce et la prescience divine.

Toute pensée est infime si elle ne s’élève pas au-dessus de la terre; toute politique est condamnée si elle est vide de Dieu, si de sa base à son sommet elle n’est pas religieuse. Les grands législateurs antiques étaient religieux par la contrainte ; Cromwell essayait de l’être par la liberté. Plus de collèges de prêtres qui dans les arcanes du temple faisaient deux parts : l’une pour eux, la lumière; l’autre, pour la foule, les ténèbres.

Les temps paraissaient accomplis. Le moment était venu de constituer la liberté de conscience. Mais comment la fonder, cette liberté sainte , sans blesser les cultes ? Non-seulement Cromwell ne voulait éteindre aucun culte, il permettait encore d’en allumer de nouveaux. Il humiliait le nombre. Plus de majorité, plus de minorité devant, Dieu; l’égalité absolue entre les Églises nées et à naître. La religion d’un homme peut valoir mieux que la religion d’un peuple, que la religion d’un monde.

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