‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 153 sur 217 · UVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

UVRE NEUVIÈME

Le pieux théisme de Sidney, que Cromwell appelait un paganisme sans le proscrire, n’était-il pas aussi sacré, aussi digne des respects du gouvernement que. les rêveries de Harrison et de tous les autres croyants ?

Une conséquence de ce principe, c’est de substituer au privilège la justice. Toute secte, tout culte, quel que soit le chiffre de ses fidèles, aura le droit d’une autre secte, d’un autre culte. L'État les tôlérera tous et n’en préférera aucun. Les cultes qui

vivent, l’Etat les accepte; les cultes qui végètent sourdement dans les poitrines, l’État les attend. Il est propice à tout ce qui fleurit et même à tout ce qui germe. La foi seule sera la mesure de la puissance des cultes. Toute tyrannie cessera, toute liberté sera encouragée. Les traditions seront vénérées, les innovations seront bénies. Dieu choisira et donnera la durée à ce (^ui viendra de lui, à ce qui reflétera le mieux son image. Est-ce à dire que l’on demeurera éternellement dans la liberté? Sans doute, puisque même si l’unité était de ce monde et qu’on y •entrât, on pourrait toujours en sortir. La grandeur de la liberté, c’est de n’ôtre pas enchaînée dans un système. Tandis que les uns descendront des grandeurs immatérielles de la substance aux incarnations et aux symboles, les autres auront le droit de remonter par les belles lignes ascensionnelles de la liberté, de rayon en rayon, de prière en prière, jusqu’à l’àme éternellement providentielle et fortifiante du Dieu des astres et des hommes.

C’est cette liberté intérieure, invoquée par le protestantisme, qui a enfanté tant de sectes. Elles ont dans leur ensemble et dans leur individualité la beauté de l’intelligence, de la sincérité et de la vie. Ce n’est certes pas un médiocre honneur pour Cromwell, ce grand capitaine théologien, d’avoir compris cette liberté de conscience au moment où il accomplissait son avènement de dictateur. Il pouvait tout. L’Angleterre, qui avait abandonné Charles P** par horreur du despotishie, se ralliait de toutes parts au lord protecteur par effroi de l’anarchie. La gloire immense de Cromwell brillait autour de sa tête comme* l’auréole même de l’ordre. Cette gloire attirait tout, absorbait tout, et Cromwell eut le génie d’en profiter, soit pour inaugu-

HISTOIRE D^OUVIER CROMWELL

rer la tolérance, soit pour développer la marine, soit pour régulariser l’administration, soit pour relever la diplomatie. Il parlait aux puissances étrangères, tantôt avec fermeté, tantôt avec dignité, tantôt avec hauteur, selon les conjonctures, attentif à ce que la Grande-Bretagne, défendue au dedans, se sentît encore par la vertu généreuse du gouvernement nouveau respectée au dehors.

Une circonstance montrera bien l’attitude de ce gouvernement de Cromwell devant les gouvernements européens.

Don Pantaléon Sa, frère de l’ambassadeur de Portugal, se prit de querelle à la Bourse avec un jeune Anglais du nom de Gérard, lequel était fort attaché aux Stuarts, pour qui il conspirait. Le lendemain de cette dispute, don Pantaléon revint avec ses gens, sous prétexte d’être secouru au besoin, mais en réalité pour se venger de son adversaire. Gérard se retrouva au môme lieu. Il avait des amis; une rixe s'engagea. Dans la mêlée, un compagnon de Gérard tomba mortellement frappé. Ce fut un cri public. Les traîtres méridionaux s’étaient servis du poignard. Cet assassinat sur un Anglais ne pouvait rester impuni. Le meurtrier s’était retiré avec don Pantaléon à l’hôtel de la légation portugaise. L’ambassadeur fit tout pour sauver son frère. Il allégua que ce frère avait été insulté, que d’ailleurs il était inviolable et ne ressortait, comme diplomate accrédité, que de la juridiction du roi de Portugal. Cromwell répondit, à l’applaudissement du peuple, qu’il y avait eu meurtre sur un Anglais, et que ce meurtre devait être puni en terre anglaise. Il fit enlever par une compagnie de sa gardé don Pantaléon et quatre de ses complices. On les jugea. L’assassin présumé et don Pantaléon Sa* furent exécutés. Cromwell gracia les trois autres Portugais. Gérard paya sur l’échafaud son crime de sicaire des Stuarts et de conspirateur; mais lui et les siens avaient d’abord été couverts du bouclier de la justice comme Anglais. L’opinion publique approuva vivement la conduite de Cromwell, qui dans toute cette affaire n’avait pas moins satisfait à l’équité qu’à l’orgueil national.

Les puissances étrangères reconnurent le protecteur unanimement. Lui, le régicide, les rois s’inclinèrent devant son

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