‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 155 sur 217 · LIVRE NEUMÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUMÈME

avait obtenu des indemnités considérables pour les héritiers des Anglais massacrés à Amboyne, pour les frais de la guerre et pour vingt-deux vaisseaux confisqués sur les Anglais par le roi de Danemark, allié des Provincés-Unies. La Hollande, qui avait perdu quinze cents navires dans ces campagnes immortelles sur rOcéan, s’engagea à baisser dans le détroit son pavillon devant le pavillon britannique, et, par un article caché, à ne rétablir jamais le jeune prince d’Orange, soit comme stat- Louder, soit comme général, soit comme amiral. Il n’y eut que la province de Hollande qui signa cet article ; les autres provinces s’y opposèrent. Elles stipulèrent toutes que chacune des deux républiques interdisait son territoire, sous peine de mort, aux exilés et aux rebelles de son alliée. C’était contre Charles II la pointe d’un poignard dont Cromwell tenait le manche : contre Charles P*", il avait tenu le manche de la hache.

La main du régicide avait toujours la même vigueur, et les Stuarts devaient s’en méfier. Ce qui ajoutait à la solennité de cet acte diplomatique, ce fut l’humilité des vaincus. Les négociateurs hollandais apportèrent les ratifications du traité dans un coffret d’argent, qu’ils offrirent à Cromwell comme à un roi.

Il était roi, en effet, roi devant l’Angleterre, l’Ecosse et l’Irlande; roi devant l’Europe, devant le monde. Il avait tout, moins un vain titre, et cependant, quoiqu’il eût tout, il lui man- <quait au fond quelque chose : il ne pouvait se le dissimuler. Il avait détruit le long parlement, qu’il n’avait pas créé ; il avait dispersé le parlement BarebonCy qu’il avait fait. Ce parlement, une assemblée des saints de Harrison et des séides de Cromwell, avait, par fraude et par violence exercées de la majorité à la minorité, remis le pouvoir souverain, qui ne lui appartenait pas, au généralissime. Le généralissime s’était efforcé de légitimer deux fois de plus ce pouvoir souverain par un conseil d’officiers et par le lord maire, qui le saluèrent presque roi sous la dénomination de lord protecteur. A défaut du droit, Cromwell avait l’apparence du droit- C’était beaucoup, et cependant ce n’était pas assez. Car le lord protecteur n’ignorait pas le respect, la superstition même de l’Angleterre pour les parlements. Le

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parlement dans cette île, c’est l’orgueil de tous; c’est la loi, c'est la tradition, c’est l’honneur, c’est le budget, c’est l’éloquence, c’est la majesté du peuple anglais. Il n’y a pas de gouvernement durable en Angleterre sans le parlement. Telle était la grande difficulté de Cromwell, et il y pensait sans cesse.

Charles I®*" avait voulu gouverner sans parlement : de là sa chute. Son blason de Stuart ne l’avait pas préservé. Cromwell, lui, pouvait oser davantage. Car Charles était la contre-révolution, et Cromwell était la révolution. Toutefois, malgré son origine, malgré sa nouveauté, et à cause de cela, Cromwell ne devait pas blesser trop longtemps le sentiment public, dans toutes les fibres duquel il y avait une piété pour le parlement. Il en convoqua donc un régulièrement, le premier de son protectorat. Ce parlement, composé de trois cent quarante Anglais, de trente Écossais et de trente Irlandais, Cromwell l’aborda le 3 septembre 1654, anniversaire de ses batailles de Dunbar et de Worcester. Il allait avoir devant lui des amis et des ennemis. Il assista avec eux à un sermon dans l’abbaye de Westminster, puis les représentants se rendirent au palais dans la salle des délibérations, puis dans la chambre 'peinte^ où Cromwell les attendait. Il leur annonça pour le lendemain, 4 septembre, un sermon, et après le sermon un discours.

Le lendemain donc, le lord protecteur partit pour l’abbaye, non plus du Cockpit, qui ne suffisait plus à sa fortune, mais des grands appartements de White-Hall, qu’il s’était assignés de lui-même, nous l’avons constaté. Il habitait ce palais avec une aisance dynastique, tout comme s’il eût été un Tudor ou un Stuart. Personnellement simple, son génie était une majesté de la nature, plus éclatante à ses yeux que la majesté de la naissance, et il se permettait dans les occasions, sans qu’il éprouvât le moindre vertige, tous les luxes de la royauté. Ce jour-là, le jour de l’ouverture du parlement, son trajet de White-Hall à Westminster fut magnifique. Les canons retentirent sur la terre et sur les eaux, dès dix heures du matin. Deux détachements de cavalerie piaffaient en avant, puis venait un cortège nombreux d’officiers en brillants uniformes, puis les pages du

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