‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 156 sur 217 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

lord protecteur en livrées étincelantes précédaient immédiatement la voiture à six chevaux où il n’y avait que Cromwell , son fils Henri , nommé représentant , et le général Lambert. La marche était fermée par l’un des gendres du protecteur, par Claypole, grand écuyer du palais, et qui conduisait avec pompe le cheval de bataille que le généralissime montait à Worcester. Au milieu de tant de broderies et de splendeurs dont s’était paré l’état-major de l'armée, qui était là tout entier, Cromwell seul avait dans ses vêtements la modestie d’un gentilhomme campagnard. Un portrait que j’ai bien étudié m’a donné exactement son costume. Il portait un habit gris de fer avec des revers et des parements noirs. 11 avait l’épée au odté et le chapeau sur la tête. 11 réunit autour de lui comme la veille les députés dans la chamhrt peinte du palais de Westminster. Ils s’assirent sur des banquettes, tous découverts, tandis que lui s’assit, couvert, sur un fauteuil à piédestal qui aurait mérité le nom de trône. Cromwell se recueillit quelques minutes, se leva, ôta* son chapeau, salua l’assemblée, et debout, solide d’attitude, ferme d’accent, de geste, de regard , il parla pendant trois heures. Il improvisa selon son habitude.

« Messieurs, dit-il, vous êtes ici pour régler les intérêts de trois nations et pour aider le règne du christianisme parmi ces nations ou plutôt parmi tous les peuples du monde. »»

Il retraça la détresse de l’Angleterre dans les derniers temps, — ^ l’égalité des niveleurs qui menaçaient la propriété ; le fanatisme des hommes de la cinquième monarchie qui maudissaient le gouvernement civil ; la violence des sectaires qui se réservaient la prédication et qui excluaient de la chaire tout clergé établi; la perfidie des jésuites qui, par la résurrection de l’épiscopat, tendaient à ramener les anciennes erreurs. Il déroula les désastres du crédit, l’épuisement du trésor, les dépenses de la guerre de Hollande, les troubles intérieurs, les difficultés avec les puissances étrangères; la ruine enfin au dedans et au dehors. Voilà, s’écria-t-il, où nous en étions il y a moins d’un an. Aujourd’hui tout est bien changé. Les impôts sont réduits et facilement perçus, les flottes et l’armée

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ont touché leur solde un mois d’avance, les caisses de l’État sont abondantes, les juges renouvelés, les intolérants réprimés, les prêtres respectés. La guerre avec la Hollande a été terminée glorieusement. Des traités avantageux ont été signés avec le Danemark et la Suède, tandis qu’il s’en négociait d’autres non moins favorables avec le Portugal et la France. « A tant de maux qui nous accablaient, continua-t-il, on a opposé un remède : c’est le gouvernement actuel. Permettez-moi de le dire, car je parle avec confiance devant un plus grand que vous, devant Dieu, — ce gouvernement a été calculé pour le bien seul du peuple et sans aucun égoïsme. » Ce gouvernement a, dans ses stipulations avec le Portugal, placé les négociants anglais hors des atteintes de l’inquisition. Il poursuivra de plus en plus une ligue protestante à la tête de laquelle sera l’Angleterre, et qui mettra la réforme à l’abri soit des persécutions, soit des massacres. Il souhaite que les sectaires ne répandent pas leurs théories subversives, ou ces théories ne nuiront qu’à ceux qu’elles aveuglent. « Si l’on vient à la pratique et que l’on nous dise : La liberté et la propriété sont incompatibles avec le règne du Christ, il faut abolir la loi; — je le déclare, cela n’est point supportable, et il sera temps que le magistrat s’en mêle. Si, de plus, on met tout en œuvre pour bouleverser les choses, famille contre famille, mari contre femme, parents contre enfants, si l’on va ne proférant que ces mots : — Révolutionnez, révolutionnez, révolutionnez, — oh 1 alors, je dis que l’ennemi public s’arme et que le magistrat doit s’en mêler. ♦»

Cromwell conclut en assurant que le gouvernement avait guidé les trois nations sur les frontières de la terre promise, que c’était au parlement à les y introduire. « Je serai avec vous, messieurs, ajouta Cromwell, et je prierai pour vous. Je ne vous parle point en homme qui affecte l’autorité, mais en ouvrier de la môme œuvre et en collègue de travail dans le service du peuple de ces trois nations. C’est pourquoi je ne veux pas retarder vos délibérations : je vous invite, au contraire, à passer dans la salle de vos séances et à choisir librement votre président. »»

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