‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 157 sur 217 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Sous ce masque d’abandon, Cromwell était inquiet. Il n’avait pas fait à son gré les élections. Elles avaient été trop révolutionnaires. Elles ne lui avaient donné qu’une majorité incertaine. Le frontiCalme et l’àme agitée, il veillait donc avec cette prudence qui n’excluait pas l'audace , comme s’il eût .été à quelques pas d’un champ (Je bataille.

Par un comité de son conseil chargé de vérifier les scrutins, il avait élagué un certain nombre de députés violents, entre autres le major Wildman et lord Grey de Groby, mais Bradshaw, Haslerigh, Scott, des républicains du long parlement, étaient là avec une forte minorité ; et Lenthall, que les souvenirs de son ancienne présidence, malgré la faiblesse de son caractère, entouraient d'un prestige menaçant, fut nommé à l’unanimité président du parlement nouveau.

L’opposition devint formidable en quelques jours. Il fut soutenu dans un bureau (8 septembre) que le gouvernement émanait d’une autorité illégale, et la chambre, à une majorité do cinq voix, prononça que le gcruvernement ne résidait pas dans U une seule personne »» et des parlements successifs.

Cromwell était aux aguets sous la cuirasse et sous le casque. Il ne s’endormit’ pas. Il avait cinquante-cinq ans, l’expérience des assemblées ; il était très-hardi par tempérament et par réflexion. Il n’avait pas les timidités du scrupule et les respects du droit. Il comprit qu’il fallait ériger sa prérogative au-dessus de la contradiction et que pour cela l’opinion publique lui prodiguerait des forces qu’elle avait refusées à Charles I". Il déploya un grand appareil militaire, ferma les avenues de la salle des séances et manda les députés à la chambre 'peinte.

Il improvisa une seconde harangue, très-méditée, à l’adresse de tous. Il parla en maître, en apôtre. Il fut moitié fourbe, moitié grand homme. — •* Messieurs, dit-il (12 septembre), j’ai été appelé de Dieu et confirmé par le peuple. Je ne me suis pas mis à cette place. Non, ce n’est pas moi, c’est Dieu et c’est le peuple qui portent témoignage pour mon office et pour moi. Dieu et le peuple me l’ôteront cet office ou autrement je le défendrai.

« J'étais gentilhomme de naissance, aussi éloigné de la splen-

HISTOIRE d’olivier CROM^VELL

cleur que de l’obscurité. L’Angleterre me confia plusieurs fonctions, et je la servis soit dans le parlement, soit dans l’armée. Partout je m’efforçai de faire mon devoir et j’y réussis assez. Je conquis une certaine estime dans le cœur des Anglais et j’en ai quelques preuves. Après la bataille de Worcester, en vérité je vous le dis, j’espérais rentrer dans la vie privée. J’offris la démission de mes emplois, je l’offris plusieurs fois, mais en vain. Beaucoup savent que je ne mens pas matériellement; si je mens au fond de l’àme, que Dieu en soit juge. Je crus que le long parlement donnerait le repos au peuple et à l’armée; je fus déçu dans mon attente. La dissolution du long parlement et l’abdication de celui qui le suivit furent nécessaires. Après la dispersion de ces parlements, je me trouvai investi du gouvernement sur les trois nations. L’armée le voulut ainsi, et nonseulement l’armée, mais Dieu et le peuple.

*« Que maintenant on prétende avilir ce gouvernement institué par Dieu, acclamé par les hommes, avant que d’y consentir jamais, je veux à mon tour être enterré et roulé avec infamie dans mon sépulcre. »»

Le protecteur se fonda sur un pouvoir qui avait reçu l’assentiment de la cité de Londres, les félicitations des magistrats, des officiers, des cito^œns, des bourgs et des villes, de l’Ecosse, de l’Irlande et de l’Angleterre. C’était bien le moins que l’homme ainsi consacré ne fût point ébranlé comme gouvernement par les députés qu’il avait suscités avec tant d’abnégation.

« Je suis affligé, mortellement affligé, s’écria Cromwell pour achever sa pensée, qu’il existe un motif d’en user comme je vais le faire, mais ce motif n’est que trop réel. Voici, dit-il en montrant un parchemin, voici de quoi nous accorder. Quand vous aurez signé cela, cette condescendance imprimera certainement aux affaires un mouvement heureux. Du reste, si vous me refusiez satisfaction dans une démarche aussi juste, — moi, n’en doutez pas, je ne reculerai pas, j’accomplirai ce que je dois, après avoir consulté le Seigneur. »»

Quel était donc ce parchemin auquel Cromwell faisait allusion et qui fut déposé dans le vestibule de la salle des séances

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