LIVRE NEUVIÈME
garda pas, elle le surprit étrangement, et elle eut son jour. Comment ne Taurait-elle pas eu? Cromwell, sans cesse plongé dans la guerre, dans le gouvernement ou dans la Bible , n’avait jamais vu une telle femme. C’était un esprit étincelant. Sa conversation était un miracle et un mirage. Cromwell eut un éblouissement. Cette femme très-décevante, versée dans les mathématiques, la théologie et la poésie autant que dans la coquetterie la plus raffinée, attira le vainqueur de Worcester par des gerbes de lumière comme un feu d’artifice (Burnet, ^ist. de mon temps, passim). Cependant la politique ne cessait pas de dominer l’homme en Cromwell, et une ivresse chez lui n’était pas longue. Dès qu’il s’aperçut que lady Dysert le compromettait, il la congédia sans hésitation.
Il en fut quitte pour redoubler ses distractions, soit avec les siens, soit avec de bons compagnons comme lord Broghill, Pierrepoint, Worsley, Thurloe et Whitelocke lui-même. Alors, dans les salons du lord protecteur, les rangs disparaissaient. Le lord protecteur n’était plus qu’Olivier Cromwell. Il disait des histoires de sa jeunesse, riait, et par manière d’amusement provoquait chacun à faire des vers; il en faisait lui-même. Ces vers devaient être bien mauvais, et Milton s’en fût moqué. Mais les heures coulaient au milieu de propos interrompus, à la lueur des chandelles, à travers les tourbillons de fumée des pipes, que Cromwell ordonnait de placer toujours sur une table, près d’un immense pot de tabac où il était le premier à puiser. Il avait des gaietés d’enfant; il inventait des niches de soldat, et il déposait le fardeau du pouvoir à son grand divertissement. Ces détentes le délassaient singulièrement, et il retournait ensuite tout rajeuni aux affaires.
C’est ainsi qu’il revint au parlement. Modifié par l’engagement que le protecteur lui avait infligé, le parlement avait tenté beaucoup de petites oppositions sans se permettre un acte décisif. Il avait même reconnu et consacré l’autorité et le titre de Cromwell. Il lui avait accordé une listp civile de deux cent mille livres sterling. C’était quelque chose, mais le dictateur y était moins sensible qu’il n’était irrité des hostilités secrètes de l’assemblée. Le refus qu’elle fit de limiter l’emploi de protec-
IIISTOIRI? d’oLIVIER' CROMWELL
teur à la fille. de Cromwell et son obstination à: écarter l’hérédité proposée par Lambert avaient surtoat blessé le dictateur-:- II rendit an parlement oolèret pour, malveillance. !!■ L’appelai dans la cJiambm- peinte^ et il se* complut à- le dissoudre douze^ jours avant l’expiration du mandat des députés. C’était une insulte, et il. l’accomplit dîun- air iraéprochable, en* supputant dérisoirement la durée; législative par les. mois lunaires et non par les- mois du- calendrier;.
« Messieurs, dit-il aux représentants dans \b. cluimire peinte^.
‘ le 22 janvier 1655, voilà, presque la. moitié, d’une année que^ vous siégez comme parlement.. Or,, qu’avez-rvous fait?- Vous n’nvez rien fait. du. tout,, ni bill,.ni adresse?; vous n’aA’ez rien fait pour le peuple, rien pour l’armée-, rien, pour Dieu. Je: me trompe, vous avez? fait quelque chose. Vous avez- encouragédeux conspirations. L’une de nivoleurs, l’autre de .cavaliers. J’ai les yeux sur eux. tous.
« Vous: avez cru* peut-être que je^désirais- l’hérédité du prOftectorat dans ma. famille. C’est une erreur;. Si; vous eussiez inséré cela dâns lai constitution, je-n’aurais pas accepté. Quand! le gouvernement m’a*, été proposé, ce. fut tbujours mon prinvcipe d’en exclure l’hérédité; Je dis; qnhl faut des hommes-, choisis par leur amour, du Seigneur, de lajusticaetf de la. vérité;, et, non par succession;; car;, ainsi que le déclare l’Ecclésiasto r M Quel homme sait. s’il engendrmatuniinsensë ou. un s!^?
« Je vous parle- dans, la craintet de; celui* qui donne læ puissance. Vous avez pensé que le; parlement mlétait nécessaire? pour avoir de; l’argent.. Il n’y/ a: que* Dieu qui soit, nécessaire.. J’ai' été endurci aux: difficultés, et je; n’ai jamais éjprouvé que? Dieu m’ait manqué, lorsque je me suis fié à lin. Je puis au* fonddu cœur rire ou chanter,, quand je vous. entretiens de mesembarras, et quoiqu’il ne; soit.pas facile de.-Le ver de Taisent sur la nation saus le parlement,.j’ai.enjréserve un argument pour le-bon peuple: d’Angleterre : c’est de savoir; S'il aime mieux se perdre en; commandant pour son malique dé se sauver en obéissant pour son bien.. Ce serait faire tort.à ma patrie que de douter - d’elle.
« Oui, Dieu seul est nécessaire, et o’ est un .crime de de: mét