‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 160 sur 217 · I.IVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

I.IVRE NEUVIÈME

connaître dans ses œuvres. Mais cela nous mènerait trop loin, messieurs. Pour ne pas vous fatiguer davantage, je me bornerai à vous dire que la continuation de votre présence n étant pas indispensable à ce pays, le parlement est dissous. ♦*

Ce discours de Cromwell est un attentat contre le droit de naissance de tout Anglais. Strafford et Charles avaient été décapités pour ce forfait, pour le forfait de vouloir gouverner sans parlement. Cromwell était aussi coupable qu’eux.. Bradshaw, Haslerigh, Scott, Ludlow, et Sidney, et Hutchinson,. tous les patriotes régicides, ou non régicides, furent indignés. . * Mais Cromwell était la révolution. Il était passager comme une dictature et il préservait l’Angleterre de Charles II, qui vivait à Cologne d’une pension annuelle accordée par Mazarin. Le protecteur, plus roi que les rois, honorait d’ailleurs le nom . de la Grande-Bretagne soit sur terre soit sur mer, et il pro-pageait, sauvegardait dans le monde entier la liberté des âmes. Cela faisait prendre patience, et c’est ce qui adoucissait, ce quii désarmait Milton. Il pensait que le peuple anglais, décidécomme il l’était à ne pas être gouverné sans parlements, les rétablirait plus tard, malgré la tradition de Charles et l’exemple de Cromwell. Le temps, en effet, sera pour l’Angleterre, qui a éternellement le droit, contre toutes les tyrannies,, qui n’ont que le fait.

Et puis, il faut le redire, la Libéralité religieuse de Cromwell le fortifiait infiniment. Car, dans cette sphère sublime des convictions , il devançait sa patrie et les parlements. Il le prouva toujours. En cette année 1655 , il manifesta sa mansuétude théologique envers John Biddle, le chef des unitaires. Biddle soutenait que Dieu seul est Dieu, et que ni selon les* Écritures, ni selon la raison, le Christ ne doit recevoir ce nom auguste. Le long parlement avait incarcéré trois fois le philo^ sophe. Il le tenait à Gate-House et allait le frapper à mort. Le* lord protecteur fit mettre en liberté John Biddle par la cour supérieure (1655). Il le délivra encore en 1658, et ce ne fut qu’en 1662, sous la restauration, que le pauvre Biddle, n’ayant plus Cromwell pour sauveur, mourut à Newgate où il avait été emprisonné de nouveau. Le lord protecteur était l’adversaire

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

des persécutions religieuses, et l’histoire n’a pas assez montré jusqu’ici que ce fut là sa grandeur suprême.

Il poursuivit une ombre de conspiration républicaine. Le colonel Overton fut arrêté. C’était un ami de Milton, le plus littéraire des officiers de Cromwell , un homme de la trempe de Sidne}' , une âme de héros dans une poitrine de citoyen. Il lisait Virgile et Tacite, la veille et le lendemain d’une bataille. Son courage était brillant, son esprit lumineux, sa parole incisive. On trouva dans ses papiers cette définition : « — Qu est- • ce qu’un protecteur? un singe de roi, un César de théâtre, représenté par un paysan. » Renfermé à la Tour, Overton garda toute sa fierté et protesta contre le despotisme par une contenance et des mots dignes d’un Romain. Le major Wildman, lord Grey de Groby et Harrison furent aussi détenus à la Tour, mais dans un autre pavillon que le colonel Overton, sous la même surveillance, celle de Barkstead dévoué à Cromwell.

Si la colère des républicains n’alla pas jusqu’à la conspiration, la jactance des cavaliers alla jusqu’à la révolte armée. Le lord Wilmot, qui avait été créé comte de Rochester, et le colonel Wagataff quittèrent Cologne, où Charles II résidait avec sa petite cour et abordèrent étourdiment en Angleterre. Le roi s’avança sur les côtes de Zélande pour être à portée des événements. L’entreprise de ses partisans avorta vite. Le colonel W’agstaflf, à la tête de deux cents chevaux entra dans Salisbury, et sortit le même jour, après avoir proclamé Charles IL Ce ne fut qu’une échaufifourée. Chargés par un détachement de Cromwell , sous la conduite du capitaine Crook, les royalistes se rendirent. Wagstafî* s’évada. Plusieurs de ces prisonniers furent pendus à Salisbury, déportés à la Barbade. Deux gentilshommes très-braves, Penruddock et Grove furent décapités le 16 mai 1655, à Exeter. Lord Wilmot, ne voyant aucune chance de succès dans le comté d’York où il était, dispersa, même avant de combattre, sa petite bande de cavaliers. Il s’abandonna ensuite à son étoile d’aventurier, et, à travers beaucoup de périls, d’où sa présence d’esprit le tira, il rejoignit Charles II, qui de Zélande, au bruit de la défaite de Wags-

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