‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 166 sur 217 · I.IVRE DIXif'^lB · texte numérisé non relu

I.IVRE DIXif'^lB

cheval maigre. D'autres femmes se distinguaient dans son cortège. Elles jetaient des châles, des branches et des fleurs devant ses pas. Elles criaient : Hosanna au plus haut des deux!

Saint, saint, saint est le Seigneur Sabaoth, le Dieu d’Israël et de Jacob ! " L’une de ces femmes racontait qu’elle avait été morte et que James Neyler lui avait rendu la vie.

La municipalité de Bristol envoya ce Christ anglais à Londres. Le parlement évoqua cette affaire et consacra cent dix séances à un débat sauvage. Neyler ne fut sauvé de la corde qu’à une majorité de quatorze voix. Condamné comme blasphémateur, il fut conduit au pilori sur un âne sans selle, la tète tournée vers la queue de l’animal. Parvenu sur l’échafaud, l’exécuteur lui marqua le front de la lettre B (blasphémateur) et lui perça la langue d’un fer rouge {Journal de Burton).

Le lord protecteur éprouva le besoin de séparer sa responsabilité de celle du parlement dans ce procès barbare. Il écrivit de sa main à sir Thomas Widdrington, le président de l’assemblée :

« Très-ami et très-féal,

« Ayant remarqué un arrêt prononcé par vous contre un certain James Neyler..., nous, à qui le présent gouvernement •est confié dans l’intérêt du peuple de ces nations, ne sachant pas jusqu oh 'pourraient s'étendre les conséquences d'une procédure entreprise entièrement sans notre areu y nous désirons que la chambre nous fasse connaître d’après quels principes et quels motifs elle a sévi.

c White-Hall, le 25 déccmbro 1636. »

La chambre comprit la réprobation de Cromwell et ne tortura plus d’hérétiques. Cette réprobation du lord protecteur, quoique très -contenue, était significative. Elle réjouit sans doute Milton, et elle atteste une fois de plus l’éminertte qualité de Cromwell, sa plus grande mission, sa sollicitude constante pour la liberté des consciences.

356 HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Le parlement, afin de calmer le mécontentement du lord protecteur, résolut de lui offrir le titre de roi, et Cromwell, afin de maintenir ces excellentes dispositions de la chambre, se hâta de lui sacrifier les majors généraux. Il s’en était servi pour la compression des partis et pour les élections. Maintenant il se conciliait l’opinion publicfue et la chambre en les supprimant. Ils lui avaient donc été deux fois utiles par leur création et par leur ruine. Enchanté de cette concession du protecteur, le parlement s’empressa, sur la motion de Pack, l’un des magistrats de la Cité, de proposer au lord protecteur le titre de roi. Ce fut la plus grande tentation de Cromwell, son plus intense désir. Il n’avait qu’une minorité contre cette mesure, mais une minorité sérieuse, car elle était composée de ses anciens amis, des majors généraux destitués, de presque tous les officiers de l’armée. Son beau-frère Desborough et son gendre Fleetw-ood étaient à la tête de l’opposition. Cromwell avait étudié la carte du parlement et des partis, lorsque entouré de son conseil et des grands dignitaires de son gouvernement, il reçut la chambre entière, dont le président, sir Thomas Widdrington, lui offrit au nom de la représentation nationale le titre de roi, - ce titre le mieux assorti, disait-il, à la constitution et au caractère des Anglais. »» Le lord protecteur remercia profondément la chambre de l’honneur qu’elle lui faisait, et il répondit, qu'avant de se décider, il éprouvait le besoin de chercher le Seigneur. Tandis qu’il le cherchait, les factions, tout en conspirant, travaillaient pour lui. Une conjuration des hommes de la cinquième monarchie, dirigés par Harrison, Rich et Lawson éclata. Le but de ces étrangers séditieux était de proclamer Jésus-Christ roi, et ministres les plus accrédités des saints. Le meurtre de Cromwell eût été le premier acte de cette théocratie armée. Un attentat si odieux porta au comble l’enthousiasme de servitude qui possédait la chambre, et des instances furent renouvelées auprès de Cromwell pour le presser d’accepter enfin la royauté. Il y allait du salut de l’Angleterre. Ce fut la plus burlesque des comédies jouée dans de graves conférences entre la bassesse de presque tous et l’ambition d’un seul.

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