‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 168 sur 217 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

ment. Toutes ses paroles, tous ses actes démontrèrent qu’il eut la plus grande ouverture de cœur et d'esprit, le souhait continu, persévérant de la tolérance religieuse. S’il ne l’étendit pas aux juifs et aux épiscopaux, c’est qu’il en fut détourné par les préjugés et par les passions de son époque; s’il ne la décréta pas pour les catholiques, cette tolérance, c’est qu’il ne voulait pas leur livrer le protestantisme, que son premier devoir était de préserver. Il prépara néanmoins le règne futur d’une tolérance complète pour le temps où le catholicisme, désespérant de perpétuer l’ancienne oppression, ne demanderait plus que l'égalité. Cette influence de Cromwell dépassera même Guillaume III et se prolongera jusqu’au dix-neuvième siècle. Elle ira au delà, cette influence, et la raison humaine s’en mêlant à la fin donnera droit de culte aux théistes aussi bien qu'aux papistes, et à toutes les variétés' du sentiment religieux. Ce qui fut beau chez Cromwell, c’est que cette tolérance qui était son principe n’était pas de l’indifférence. Il avait des chapelains de plusieurs communions, et il les comprenait tous; il les dominait, il les ralliait à l’essence de tous les cultes, à l’adoration d’un Dieu, père des âmes immortelles et de la morale immuable. Cromwell s’écarta souvent de cette morale, mais i^ eut deux magnifiques dons : une foi vaste et une fibre religieuse toujours vibrante. Par ces qualités merveilleuses qu’avait aussi Milton et qui sont ordinairement incompatibles, il attira son siècle et il disposa les siècles qui suivirent à une civilisation plus haute, — à la grande charte libre des consciences.

Voilà, on ne saurait trop le répéter, quel était Cromwell en religion.

Il avait renoncé péniblement à la royauté. Sa bonne grâce, du reste, fut parfaite, et il ne céda point à ses concurrents. D éloigna, en lui assignant une pension de deux mille livres sterling, le général Lambert, qui était son ennemi intime. Il ne disgracia ni FleeHood, ni Desborough; car s’ils lui avaient déplu, ils ne l’avaient pas trahi. Il sanctionna la constitution nouvelle et il soumit sa dignité de lord protecteur à une seconde inauguration. H se rendit dans sa barge au parlement. Il était accompagné de son fils Richard, qu’il avait mandé du

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Hamdshire, où il vivait avec sa femme chez son beau-père Mayor, à Hursley. Le lord protecteur n’était pas bien certain de l’avoir pour héritier de son pouvoir, mais en homme sage il prenait ses précautions. Un fauteuil, sorte de trône, avait été dressé, sous un dais, au-dessous d’une estrade, dans la grande salle de Westminster. Tout le parlement y était. Cromwell gravit l’estrade et se tint debout près du fauteuil. Le comte de Warwick portait l’épée de l’État, le lord maire. l’épée de la cité de Londres; Lisle, Montagne et Whitelocke, les assesseurs du président Widdrington, avaient tous l’épée nue à la main. Le président, aidé de Whitelocke, passa au protecteur le manteau de pourpre bordé d’hermine, puis il lui présenta la Bible, le sceptre d’or, et il lui ceignit l’épée. Man ton, l’un des chapelains de Cromwell, pria pour Son Altesse, pour le parlement et pour l’Angleterre, après quoi le protecteur s’assit dans son fauteuil, entre les ambassadeurs de France et de Hollande. Il prêta serment sur la Bible. Alors un signal fut donné. Les clairons sonnèrent, les héraults proclamèrent Son Altesse, et les députés crièrent : “ Dieu bénisse le lord protecteur! »» Cromwell se leva, salua l’assemblée, et, suivi de Richard, son fils aîné, de Fleetwood, de Claypole, ses gendres, et d’un nombreux cortège, il gagna sa voiture. Parti de White-Hall dans sa barge, il y retourna dans un carrosse attelé de six chevaux, à la manière d’un roi, lui qui était moins et plus qu’un roi.

Ce qui avait ajouté un prestige à Cromwell et l’avait entouré d’un intérêt plus pathétique fut le complot de Syndercomb. C’était un très-brave soldat, un cavalier qui devint l’instrument du major niveleur Sexb3^ Charles II et Edward Hyde (lord Clarendon) n’ignoraient pas ce plan. Sexby lança à Londres Syndercomb. Ce hardi compagnon s’adjoignit Cecil, un bandit, et Took, un des gardes du corps du protecteur. Il disposa une douzaine de fusils dans différents logements sur la route que choisissait habituellement le protecteur pour aller de White-Hall à Hampton-Court. Il résolut soudain d’immoler le protecteur à White-Hall. Le 9 janvier 1657, il entra au palais avec une mèche et des matières inflammables. C’est au milieu de l’incendie et du désordre inséparable d’une telle catastrophe

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