‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 170 sur 217 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

passion. Il ne s’opposa pas à un troisième caprice, aux noces de sa fille avec Robert Rich, petit-fils du comte de Warwick. Ces noces furent célébrées avec une grande pompe à White- Hall, le 11 novembre 1657. Cromwell se livra, sans nul souci de l’étiquette, à beaucoup de jovialités. Il lança des confitures liquides sur les robes des femmes, il en aspergea les canapés et les tapis. Il arracha la perruque de son gendre. Il fit des moustaches de charbon à quelques convives. Il excita « ses quatre bouffons »* à l’amuser et ils ne s’y épargnèrent pas. Le mariage de lady Francis ne dura que trois mois, au bout desquels mourut Robert Rich. D’abord désespérée, cette jeune veuve épousa bientôt sir John Russell.

Cromwell cependant poursuivait laborieusement à l’extérieur la possession de Dunkerque. Il n’attendait pas moins du cardinal Mazarin, auquel il avait envoyé six mille volontaires qui grossirent l’armée de Turenne. Le maréchal s’était réjoui de renforts si opportuns, car il avait devant lui les Espagnols commandés par don Juan, les proscrits anglais et les proscrits français conduits par le duc d’York et par le grand Condé. Cromwell comptait absolument sur Dunkerque ; c’était le prix de son concours. Il lui fallait cette clef de la France et du continent. Son négociateur auprès de Mazarin était Lockart, un Écossais qui avait épousé une nièce de Cromwell.

Cet Écossais était un gentilhomme de vieille race. Il avait servi Charles I®’* et Charles IL Mécontent de quelques injustices de son parti, plus mécontent de son inaction, il se dévorait en silence. Il résolut de voyager et vint à Londres demander des passe-ports. Cromewll, qui par des rapports exacts de sa police connaissait tous les hommes supérieurs des Trois- Royaumes, voulut voir Lockart. Dans un entretien, il se l’attacha, puis- il en fit son neveu, puis il l’envoya comme son diplomate à Mazarin. Lockart tint tout ce qu’il avait promis. Aussi rusé que le cardinal, il ne se laissait pas égarer par lui, et aussi impérieux que le lord protecteur, il était hardi à exiger. Cromwell et Lockart regardaient Mazarin comme un faquin en robe rouge. Le mépris et la domination perçaient sous leurs respect officiels.

Lockart, l’interprète de Cromwell et le disciple de Milton, ne cessait de revendiquer auprès du cardinal sa tolérance pour les protestants de France et sa recommandation pour les protestants des Alpes. Si quelquefois, en retour de ces concessions, le cardinal réclamait avec timidité l’adoucissement du sort des catholiques, Cromwell répondait {Thurloe’s State papers) : « Je fais tout ce que la politique me permet et plus que ne faisait le gouvernement du parlement. « J’en ai retiré beaucoup (de ca- « tholiques) du feu dévorant de la persécution qui tyrannisait « leur conscience et enN*ahissait leurs biens. » Et en cela Cromwell disait vrai. Toujours cette corde de la tolérance était frémissante dans sa poitrine. La liberté religieuse fut son instinct, puis son instinct et son système, de telle sorte que sa politique fructifiait de sa théologie comme d’une sève généreuse. Car moins opprimer, n’était-ce pas rattacher plus de croyants à Dieu, et à Cromwell plus de partisans? Le lord protecteur n’était pas si absorbé dans sa conscience qu’il ne discernât ses intérêts. Il n’était pas un idéologue, il n’était pas un utopiste, et ce qui était bon, en devenant utile, lui semblait meilleur.

Quelles que fussent, au reste, leurs difficultés, les affaires étrangères tourmentaient moins Cromwell que les affaires intérieures.

Le parlement, qui s’était ajourné six mois après la cérémonie de l’inauguration de Cromwell comme lord protecteur, se réunit U 20 janvier 1658. Cromwell l’ouvrit par un discours mystique, et Fiennes, le garde du sceau, par un discours pédantesque. Le parlement n’était plus une seule. chambre- Cromwell avait créé une chambre de soixante lords, une seconde chambre. Ne pouvant y placer la haute aristocratie, il y avait introduit ses deux fils, ses plus illustres compagnons d’armes et jusqu’aux ennemis dont il redoutait le talent dans la chambre des communes. Cette chambre , la plus populaire des deux, était formidablement modifiée. Tous- les membres écartés par le conseil d’État, des républicains opiniâtres, Haslerigh et Scott en tête, qui avaient refusé le serment au protecteur, consentirent à prêter ce serment ‘pour avoir daus la chambre des communes un champ de bataille contre Cromwell. Le parlement

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