‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 191 sur 217 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

ni ce qui brille le plus dans ces trdits stoïques de la grandeur intellectuelle ou de la grandeur morale.

‘ Le colonel Hutchinson ne pouvait être épargné comme régicide. C’était l’un des hommes les plfts éminents du Nottingharashire. Sa famille, fort considérée, était originaire du comté d’York. Très-jeune encore, il avait épousé par amour miss Allen Apsley, dont le père était lieutenant de la Tour de Londres. Miss Allen était charmante à l’ombre du monument tragique, semblable à ces fleurs qui éclosent pour égayer les prisonniers entre les pierres sombres des cachots.

A l’époque de son mariage JG38), sir John Hutchinson était doué de toutes les qualités du rang, de l’éducation, de la nature et de la fortune. Sa taille était souple, sa démarche légère, son maintien noble, sa physionomie d’une fermeté imperturbable. Il avait le teint animé, les cheveux bruns, les yeux pleins d’éclairs, la bouche énergique, le menton en pointe comme sa barbe, le front harmonieux, le nez fin, mais un peu trop en l’air, ce qui était la seule dissonance de cette figure, dans tout le reste des traits, grave et réfléchie. Ce jeune homme, si bien fait pour l’amour, dépassait par le dévouement le cercle du foyer domestique. Patriote ardent, chrétien sévère, il paraissait marqué d’avance pour l’héroïsme, peut-être pour le martyre.

Pendant les deux premières années qui suivirent son mariage, il étudia profondément la théologie. La révolution le prit ensuite et la restauration le tua.

Mistriss Hutchinson, qui a retracé l’àme de son mari dans des mémoires très-saisissants, était une madame Roland puritaine. De madame Roland elle avait le talent, la verve, l’intelligence, le style, — avec une grandeur de plus : la piété.

Le colonel Hutchinson, lui, était bien au-dessus de Roland. Il était un Roland patricien, héroïque, hébraïque, et, par surcroît, beau, élégant, séduisant dans son austérité. Il ne fut jamais le second, ni même l’égal de sa femme, il en était le premier et le supérieur. Ennemi des Stuarts et de Cromwell, favorable aux niveleurs modérés, aux hommes de la cinquième

HISTOIRE d'oLFV^IER CROMWELL

monarchie dont il était un peu lui-même, il fut surtout un républicain sincère et religieirx.

- Quoique régicide, il \écut sans peur et mourut sans regret de son verdict sur Charles I**". Tous ces juges croyaient à la légitimité du long parlement qui les avait constitués et à la culpabilité du prévenu royal qu'ils décapitèrent.

Hutchinson subit onze mois de captivité, soit à la tour de Londres, soit au fort de Deal, sur la côte orientale du comté de Kent. Cette captivité, du reste fort meurtrière, fut charmée par la femme du colonel, par sa fille, par son frère et par un seul livre, la Bible, ce livre des Anglais autant que des Hébreux. Le colonel Hutchinson malade se traînait au bord de la mer, le plus souvent qu’il pouvait, accompagné d’un gardien qu’il oubliait, puis il rentrait et se recueillait sous les voûtes malsaines de la citadelle, toujours médifcint le livre sacré. Il priait plus qu’il ne dormait, doni])tait ses souffrances, son agonie même. Lorsqu’on lui demandait de ses nouvelles, quelques heures avant le dernier soupir, il répondait, la main sur sa Bible : Je suis bien, et rempli de foi. »» Sa plus grande

amertume fut de n’avoir pas au chevet de ses suprêmes douleurs sa femme et sa fille. Même de cette angoisse du cœur, il fît le sacrifice. « Qu’il en soit ainsi, s’écria-t-il, puisque Dieu ne l’a pas voulu ! " Cette âme guerrière, si tendre à tous les siens, si secourable aux malheureux, si miséricordieuse aux vaincus, fut douce envers la mort (11 septembre l(î64).

Le colonel Ludlow et les survivants des régicides erraient en exil. La proscription pour eux, lorsqu’ils trouvaient un abri, s’éclairait d’un rayon fugitif. Plus l’hospitalité de tous les pays leur était perfide, plus celle de Berne leur inspira de reconnaissance. Après les sables mouvants de la Hollande, où ils s’engouffraient, le sol granitique de la Suisse les porta comme une patrie nouvelle.

Milton avait cinquante et un ans à l’époque de la restauration. Il fut remis à la garde d’un sergent d’armes pendant deux mois. Davenant, le poète cavalier-qui avait été lieutenant général de l'artillerie dans l’armée du marquis de Newcastle durant la guerre civile, s’acquitta envers xMilton avec une géné-

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