‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 27 sur 217 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

dissipait bientôt, cette ironie frivole, sous le beau regard de Falkland. Dès que ses yeux s’ouvraient aux lueurs et aux pensées, sa bouche aux paroles, il captivait le respect toujours, quelquefois l’adoration. Il avait des éclairs d’imagination, de raison et de sficrifice qui s’éteignaient dans des prévisions lugubres. 11 pressentait l’anarchie de l’Angleterre, et des jours néfastes où l’amour et le devoir, la royauté et la patrie le solliciteraient à la fois. Comment concilierait-il tous ses sentiments au milieu des contradictions tragiques du temps? Que do douleurs intimes et de déchirements cruels il lui faudrait traverser! La seule consolation de lord Falkland, c’était de compter les périls innombrables qui l’attendaient. Lorsqu’il aurait prodigué ses conseils, son dévouement, son éloquence, il lui resterait encore son épée, et il lui serait loisible de sortir des troubles civils par un beau trépas.

Il songeait à mourir parmi cette foule de représentants qui songeaient à se venger, à s’enrichir, à s’avancer. Sous les ténèbres de cette foule sans gloire, il y avait un homme inculte de costume, d’attitude, d’éducation, un homme presque rustique, peu complaisant, brutal à l'occasion et de beaucoup d’aspérités. Et cependant ce même homme, si dur à ses adversaires, avait par moments des adresses et des courtoisies merveilleuses, s’il voulait gagner à ses opinions. Bien plus, en de cer- ■ taines circonstances, il lui échappait des saillies de caractère ou d’idées qui commandaient l’attention et qui faisaient longtemps réfléchir. Ce député obscur était néanmoins remarqué de plusieurs à cause de ses manèges avec les puritains, de sa familiarité avec les Écossais et de ses conversations avec Saint- John et Hampden, ses cousins. Hampden fut son prophète. Il dit, après une séance, à ses voisins qui se moquaient de l’accoutrement provincial de cet étrange inconnu : — •* Qui sait si ce vendeur d’orge et de houblon ne sera pas l’un des plus grands personnages de l’Angleterre? « Le député dont parlait Hampden n’était autre qu’Olivier Cromwell. Nous le connaissons déjà; mais lui, en 1640, se connaissait à peine, et les autres ne le connaissaient pas du tout. Hampden ne fut pas seul peut-être à le deviner. Car, quoique mystérieux dans la

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

religion autant que dans la politique, Cromwell avait un rayonnement profond et un génie prêt à toutes les fortunes. S’il n’était pas encore, il allait être. Le présent le portait et l’avenir l’appelait. On pourrait lui appliquer ce mot de Tacite : « Il était désigné aux. destins, monstratus faiis. •»

Tels étaient les plus éminents des députés de* la chambre des communes. La chambre des lords fut remarquable aussi par la décision. Quoique le roi eût là beaucoup de partisans, la révolution qui s’avançait sous le nom de réforme y eut encore plus d’amis. Le comte d’Essex eut d’abord une grande influence. 11 était fils du célèbre favori d’Elisabeth. Son illustre naissance, ses grandes qualités, sa grâce, ses lumières, sa modération inspiraient confiance. D’une bravoure héréditaire dans sa maison, il n’était pas chimérique et léger comme son père, ni fanatique et troublé comme son siècle. 11 avait la tète calme : mais cette froideur et la sagesse de son esprit ne le prédisposaient-elles pas assez à gouverner longtemps une révolution qui demanderait des hommes analogues à sa nature, des tempéraments volcaniques, des âmes de feu comme la sienne? Le comte d’Essex n'était pas épiscopal, mais presbytérien, un presbytérien tolérant. Les comtes de Bedford, de Warwick et de Hertford se prononcèrent dans le môme sens. Ils entraînèrent la majorité. Les lords Say, Wharton, Brook et quelques autres ne se tinrent pas dans cet équilibre. Ils rejetaient le . presbytérianisme autant que le comte d’Essex rejetait l’épiscopat, et ils allaient jusqu’à l’égalité des indépendants.

Il y eut toutefois à l’aurore de la révolution anglaise, au milieu des diversités de partis et de sectes dans le parlement, une magnifique unanimité contre les abus. Cette unanimité se brisera peu à peu au branle des événements, si bien que ces hommes , qu’une communauté de sentiment unissait si ardemment, nous les retrouverons en face les uns des autres, l’insulte à la bouche dans l’assemblée, et hors de l’assemblée l’épée au poing sur tous les champs de bataille de la révolution.

Je n’exclurai pas de ce dénombrement des hommes de 1640 en Angleterre, deux hommes vraiment grandioses. Ces hommes n’appartenaient pas au parlement , mais ils appartiennent à

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