‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 29 sur 217 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Il était le second fils de Robert, comte de Leicester. Sa bravoure était fabuleuse. Il la montrera comme capitaine d’une compagnie en Irlande , comme colonel sous Fairfax , comme lieutenant général et comme citoyen, en exil, en Angleterre, partout et toujours, jusqu’à l’échafaud. Son esprit était vaste, sa volonté indomptable. Il avait dans le caractère ce que Milton eut dans le génie : la fascination. Cette fascination était électrique et un peu impériéuse en Sidney. Dès sa jeunesse, il eut une dignité imposante, quoique simple. Nul n’aurait osé le regarder avec hauteur, et, s’il n’était pas toujours le premier, il ne fut jamais le second de personne. Il était naturellement l’égal des plus grands.

Du reste , une des difficultés les plus insurmontables de Sidney, comme de Milton, fut leur supériorité. Cette supériorité, qui n’était pas hypocrite, ni rusée, ni fourbe, ni ambitieuse, les isolait. Ils n’eurent qu’une élite, Milton le socinien et Sidney le théiste ; ils n’eurent pas le nombre. Le nombre allait ailleurs.

Les catholiques étaient à la reine Henriette , qui les exaltait par ses imprudences, à l’aide du nonce, du confesseur, des prêtres et, des agents de Rome dont elle était entourée. Les anglicans étaient au roi, à Laud et à Stralford. C’est de ces deux cultes que sortira le parti des cavaliers, et c’est là qu’il ne cessera de se recruter.

En face de la cour ainsi défendue et contre elle s’organisait le peuple anglais, sous les auspices du parlement. Ce peuple, terrible dans sa fierté si longtemps méconnue, se divisait en presbytériens et en puritains. Les presbytériens anglais étaient des calvinistes incompatibles avec la hiérarchie épiscopale et avec le papisme, mais nullement hostiles à l’aristocratie et au trône. Les puritains étaient, au contraire, des calvinistes irréconciliables. Ils avaient leurs radicaux, leurs indépendants, leurs niveleurs. Ils s’acheminaient à la république. Les puritains avaient un maintien, un costume, un langage étranges. Ils méprisaient les lettres et les arts. Ils se reconnaissaient à la négligence de leurs habits et à la coupe de leurs cheveux. Ils taillaient leurs cheveux très-bas, et ne laissaient en relief que

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leurs oreilles. De là leur surnom de Ute^ rondes. Voilà le petit côté ; mais ces fanatiques grandioses défient le ridicule que les cavaliers, ces gais et futiles compagnons, auraient bien voulu leur infliger. Les puritains, au lieu de séduire les filles, de vider les pots de bière et les flacons de vin, méditaient pieusement des journées entières. Ils détruisaient deux Eglises et une dynastie ; ils fondaient une nation , ils créaient une armée , une marine ; ils établissaient partout des colonies dans le monde. Ils étaient à eux-mêmes leur concile perpétuel, et chaque inspiration était une loi. Ils avaient la poitrine pleine d’oracles qui éclataient sur leurs lèvres frémissantes. Chaque maison, chaque tente était pour eux l’antre de la pjthonisse; chaque ville, chaque champ de bruyères était une Endor où ils prophétisaient. Pauvres, éloquents par le cœur, familiers avec la Bible, ivres de l’éternel, de l’infini, escortés de légions invisibles, ils s’estimaient plus que des rois. Ils tenaient leur conscience pour tout, leur vie pour peu de chose, et, comme ils ne craignaient rien, rien ne leur était impossible. S’ils combattent, ce ne sera pas seulement en frappant, mais en priant, et ils combattront d’autant mieux.

Les puritains étaient le parti de l’avenir. Cromwell les observait attentivement et les caressait comme les instruments futurs soit de sa grandeur personnelle, soit de sa politique, soit de sa théologie. Les presbytériens, qui étaient le parti du présent, avaient le haut du pavé. Ils dominaient la situation. Leurs chefs, dans la chambre des communes, étaient Pym, Hampden, Hollis ; dans la chambre des lords, le comte d’Essex et le comte de Bedford. Par ses chefs et par les masses qui l’avaient élu, la révolution, en 1640 , était dans le parlement.

Il se saisit de la toute-puissance et la consacra en l’exerçant. Il se constitua magnifiquement par une suite d’actes décisifs. Il déclara son intervention nécessaire pour légitimer l’impôt, nomma un comité des abus et prononça l’abolition soit de la cha^nbre Hoilée^ soit des autres tribunaux d’exception. Il prépara le bill triennal, qui fut adopté avec acclamation. Ce bill établissait que, selon les lois fondamentales du royaume , un parlement serait réuni tous les ans. A défaut de convocation

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