LIVRE DEUXIÈME
pendant trois années, le peuple pouvait se passer de toute convocation et spontanément élire une représentation nationale.
Ce n’est pas tout. Le parlement s’empressa de reviser les jugements iniques, de redresser les torts individuels et de réparer les désastres privés. On se rappelle avec quelle férocité Prynne , Bastv ick et Barton avaient été marqués, mutilés et proscrits. Ils furent amenés des trois et délivrés des trois forteresses où on les détenait. Leur rentrée en Angleterre fut une ivresse publique. Les paysans et les ouvriers, en habits de fête, encombraient les routes des campagnes et les rues des villes. Les femmes avaient tressé de leurs mains des couronnes de laurier qu’elles jetaient aux héros de la presse puritaine. Les hommes portaient à leurs chapeaux des branches de romarin, la plante du souvenir. Toutes ces foules poussaient jusqu'au ciel des mvat de bon augure. Barton, Bastwick et Prynne furent acquittés solennellement par les deux chambrés. Leur sentence fut non-seulement révoquée, mais flétrie, et les juges furent contraints de payer à chacun des pamphlétaires réhabilités une amende de cinq mille livres sterling ( 7 novembre 1640).
Non content de ces satisfactions données à l’opinion, le parlement s’empressa de citer à sa barre les ministres prévaricateurs. Le secrétaire d’Etat Windebank et le lord garde des sceaux Finch, l’un le protecteur des prêtres catholiques, l’aigre l’instigateur du ship money, furent arrêtés, mais ils s’échappèrent. Straffbrd et Laud, plus odieux, furent mieux gardés. Ils furent écroués à la Tour de Londres, au mois de novembre 1640. Tous deux étaient accusés du crime de haute trahison.
Lord Strafford était un de ces hommes qu’on ne saurait ni aimer, ni haïr à demi. Il avait été l’idole de la patrie, il en était devenu l’horreur. Lui qui avait autrefois proposé la pétition des droits, la seconde grande charte; lui qui avait inscrit en tête de tous les droits le droit du parlement , et qui l’avait appelé le droit de naissance de tout Anglais; lui qui, avant Hampden , s’était voué à la prison plutôt que d’acquitter un emprunt non consenti par les communes, — il avait oublié pendant douze ans la pétition des droits; il avait, pendant douze
HISTOIRE d’OUYIER CROMWELL
ans, adhéré à rajoumement du parlement; pendant douze ans, il avait laissé ravager le pays de taxes illégales. Comment ne pas s’écrier avec Charles Fox : « C’était un grand coupable ♦*, d’autant plus grand, qu’il était un apostat, et que sa conduite était pleine de reniements?
Il pressentit l’orage qui allait fondre sur lui. Ses amis alarmés le pressèrent de rester à la tête de l’armée dans le Yorkshire, ou de passer soit en Irlande, soit sur le continent. Strafford résista. Il avait trop de vigueur d’àme et de courage, il était trop fier, trop hautain pour reculer. Le roi, d’ailleurs, l’assurait de sa protection efficace. Il vint donc à Londres, le lieu même du danger, le foyer de toutes les passions. Pym l’attendait, Pym, qui prévoyait lentement de loin, et qui de près agissait vite. Il enveloppa Strafibrd dans la promptitude de son attaque soudaine comme dans la surprise rapide d’un filet. Presque*à l’arrivée du comte, Pym fit fermer les portes des communes. C’était le 11 novembre. Il développa devant un auditoire de députés travaillés d’avance et disposés au blâme, une série de griefs contre Strafibrd. La chambre entraînée nomma un comité de sept membres : Pym lui-même, Strode, Saint- John, sir Clothworthy, sir Gautier Earl, le lord Digby et Hampden. Ce comité se retira dans son bureau, et, après une très-courte délibération, il rentra dans la chambre, et déclara qu^les plaintes contre Straflford étaient fondées. Immédiatement, les communes chargèrent Pym de se rendre à la chambre des lords et d’y accuser le comte de félonie. Les lords accueillirent la requête des communes avec faveur. Pym parlait au milieu d’une bienveillance générale, lorque Strafibrd parut. Il- se dirigeait vers son siège, mais on lui cria de sortir de l’enceinte jusqu’à la décision des lords. Le comte obéit. Quand les poursuites eurent été admises, il fut mandé avec injonction de s’agenouiller à la barre de la chambre. Ce fut dans cette posture humiliée qu’il entendit la première sentence des lords. Ils avaient statué que Strafibrd, jusqu’à sa justification, si elle était possible, serait sous la surveillance de l’huissier à la verge noire. Le comte essaya de se défendre, mais la parole lui fut refusée, et Maxwell, l’huissier, l’emmena. Peu de jours