‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 32 sur 217 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

le court parlement dissous , d’exicrer Timpdt en vertu de sa seule prérogative et de t*éduire l’Angleterre au besoin avec l’armée d’Irlande. Voilà ce que ce grand transfuge de l’opposition avait réellement fait connne président de la Cour du nord et comme lord lieutenant. Il fut d’une habileté suprême dans sa défense. Toujours maître de lui-même, toujours prêt à la logique, à l’éloquence, au pathétique, il atténua tout ce qu’il ne put nier, s’enveloppant de subterfuges, s’attendrissant, puis reprenant la chaîne de ses déductions, ajoutant les larmes aux raisons, noble d’attitude, avec son costume noir et son Saint-George attaché à son cou par une chaîne d’or, pénétrant d’onction, étonnant de ressources, inépuisable en arguments, en adresse, en hardiesses, en émotions, presque sacré au milieu des splendeurs de son génie, dans les angoisses de son abaissement, à travers l’asp^t lugubre de ses enfants et les crêpes de leurs vêtements funèbres. Les conclusions de Strafford n’étaient pas mauvaises. “ Cent crimes de félonie, avaitil dit à plusieurs reprises, ne feront jamais un crime de haute trahison, psis plus que cent chiens blancs ne formeront jamais un cheval blanc. Ne me condamnez donc pas à la peine capitale sur des actes que vous avez besoin d’accumuler pour votre tragique dessein, car aucun de ces actes n’emporte la condamnation à mort. »» En cela il se trompait, car le projet de réduire l’Angleterre avec l’armée d’Irlande était à lui seul un forfait de haute trahison, et ce forfait ressortait d’une note transmise par Henri Vane à Pym. Selon cette note, puisée dans les papiers de son père, Henri Vane constatait qu’après la dissolution du court parlement, le comte de Strafford avait conseillé au roi de soumettre à l’aide des troupes irlandaises ses sujets rebelles. Mais ce témoignage, au fond très-véridique, était contesté et détourné de l’Angleterre sur l’Écosse; d’ailleurs plus d’un lord était attendri. Les communes doutèrent du succès de l’acceptation. Pym leur fît faire une évolution formidable. Elles quittèrent les lords et se replièrent dans leur chambre particulière, (10 avril 1041). Là, renonçant à l'accusation de tendance, à l’argumentation cumultative, Pym proposa un bill di'attainder (de proscription) contre le comte de Strafford, qui avait tenté

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

de renverser les lois fondamentales de l’Angleterre et les libertés publiques. Ce bill à'attainder S’impliquait plus la félonie simple, mais la haute trahison entière,. et la hache était au bout. Pendant que les communes discutaient sous la présidence de Lenthali, les lords, sous la présidence du grand sénéchal, le comte d’Arundel, écoutaient la défense désespérée de Strafford. Il récapitula toutes ses preuves, glissa ou appuya, selon le moment, avec un tact admirable, avec une dialectique insidieuse, adroit jusque dans ses repos, jusque dans ses gémissements, toujours noble, quelquefois sarcastique, le plus souvent modéré, indulgent pour ses ennemis, respectueux pour ses juges,''pénétrànt et déchirant dans les inflexions de sa voix et dans les soupirs de sa poitrine, éloquent et grand comme les orateurs et les caractères antiques. Avant que la fatigue eût gagné son auditoire, il se résuma en traits de feu, puis, d’un accent plus sourd, quoique distinct, il termina par ces mots entrecoupés :

« Mylords, ceci est mon malheur présent, 11 peut devenir le vôtre. Si Vos Seigneuries ne s’y opposent, mon sang sera le précurseur de votre sang. Vous et votre postérité, êtes intéressés à mon sort. Les gentilshommes qui sont ines adversaires ne vous ménageraient pas plus que moi à l’occasion. Eux si instruits, si formidables dans de telles luttes, s’ils se déchaînaient contre vous, s’ils faisaient taire vos amis et parler vos ennemis, s’ils incriminaient chaque phrase de vos lèvres, chaque intention de votre cœur, s’ils vous imputaient une trahison collective construite d’actes dont chacun serait exempt de félonie, je demande à Vos Seigneuries quelle serait pour le triomphe de si odieux sophismes l’autorité de ma condamnation et de mon supplice.

- Ces gentilshommes prétendent qu’ils parlent pour la nation contre mes lois arbitraires. Et moi, je réponds que je parle pour la nation contre leurs trahisons arbitraires. Ceci, mylords, est votre affaire et celle de vos descendants; car pour moi, si ce n’était votre intérêt, si ce n’était, ajouta- t-il en désignant ses enfants en deuil, si ce n’était l’intérêt de ces chers gages qu’une sainte (sa seconde femme, Arabella Hollis), maintenant au ciel, m’a laissés sur cette terre (ici les pleurs de Strafford

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