‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 55 sur 217 · UVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

UVRE QUATRIÈME

nèrent qu’il la trouva parce qu’il la cherchait. Ses amis furent inconsolables. La feiunie que Falkland portait dans son cœur expira le même jour que lui, soit angoisse soudaine à la nouvelle tragique, soit magnétisme mystérieux entre ces grandes âmes prédestinées à ne pas habiter deux mondes différents!

Le comte d’Essex, cependant, reparut à Londres en triomphateur. Le parlement et la ville étaient dans l’ivresse. La gloire des miliciens ajoutait à la popularité de la victoire. Le lord maire et les aldermen se portèrent au-devant d’eux à Temple- Bar, en robes rouges, puis, sous le même costume de cérémonie, ils allèrent à Essex-House féliciter le lord général, « le sauveur de leur vie, de leur fortune, de leurs femmes et de leurs enfants. *» La chambre des communes se présenta aussi avec son président à l’hotel du comte d’Essex, et le complimenta chaudement.

Le parlement fit exposer en grande pompe tous les drapeaux pris à la bataille de Newbury, même celui qui représentait Westminster avec deux tètes de criminels sur deux potences. Ces têtes et ces potences dominaient l’édifice, et cette devise se lisait au-dessous : üt extra, sic infra.

Essex profita des conjonctures pour se subordonner Waller qu’on lui avait d’abord opposé. 11 fut arrêté par un vote des communes que le général puritain ne serait que le lieutenant du comte d’Essex. Le vainqueur de Newbury devint alors le premier homme de l'Angleterre. Je me rappelle un .portrait de lui, à cette date, d’une noblesse singulière. Les cheveux d’Essex tombent en boucles. La physionomie est majestueuse, le visage long, les yeux indécis, la bouche silencieuse. C’est un beau sphinx aristocratique en pleine guerre civile. Cette figure honnête est énigmatique et semble se dire à elle-même : « Que faut-il faire? » Le lord général aura nécessairement dans l’action, après Newbury, une lenteur analogue k l’inquiétude de sa pensée.

Comment ne serait-il pas troublé? Il était presbytérien comme les réformateurs primitifs de la révolution. Pym, Harapden, Hollis furent d’accord avec les Écossais et se ligué* rent.pour l’église de Knox contre l’église des prélats. Les réfor-

HISTOIRE d’olivier cromweij.

mateurs et les Écossais s’entendaient au fond pour établir dans toute nie une conformité de doctrine, de discipline et de gouvernement sans hiérarchie du sacerdoce.

Voilà une première phase de la question. Le comte d’Essex en redoutait une seconde. Les indépendants tenaient toute autorité ecclésiastique pour un attentat contre la conscience. Or, les indépendants de plus en plus nombreux n’étaient pas moins prononcés contre les presbytériens que contre les anglicans et les papistes. Dans cette sphère d’idées, une majorité au sein de la chambre des communes pouvait substituer à l’influence d’Essex dans l’armée une autre influence prépondérante. Ce n’était pas le comte de Manchester plus orateur que général, ce n’était pas Waller trop enfant perdu. Il n’était pas probable non plus que ce fût parmi les hardis officiers de l’armée Olivier Cromwell. Cromwell n’était encore qu’un colonel de partisans. Cependant il n’était pas à dédaigner. Toutes ses tendances étaient ultra-calvinistes autant que démocratiques, et l’on commençait à parler de lui. Il suffirait peut-être d’un gouvernement radical pour faire de lui un grand chef militaire, un Essex puritain.

Les presbytériens descendaient la pente de leur domination. Ils avaient voulu abattre le pouvoir absolu et l’épiscopat, afin de fonder le pouvoir constitutionnel et l’Église évangélique. Eux, des gentilshommes et des seigneurs, iis n’avaient pas eu l’intention de supprimer le roi, mais de le limiter, ni d’extirper la noblesse, mais au contraire de la rehausser en l’opposant à la cour.

Denzil Hollis, sir Philippe Stapleton, le comte d’Essex et les autres patriciens révolutionnaires ne comprirent bien qu’après Newbury, quelle suite hostile et redoutable ils avaient dans les puritains. Les puritains, les indépendants, comme on les appela, ne haïssaient pas moins les presbytériens, que les presbytériens n’avaient haï les épiscopaux. Ils ne reconnaissaient d’autre autorité que la Bible. Ils n’admettaient ni évêques, ni pasteurs, ni théologiens officiels. Chacun était prêtre, et chacun invoquait l’inspiration avec une passion intérieure qui éclatait par le choix des versets correspondants à cette passion. Le

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