‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 6 sur 217 · LITRE PRECHER · texte numérisé non relu

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homme intérieur. Il lisait et chantait les psaumes, il méditait saint Paul et les sermons calvinistes. Dans sa maison, dans ses promenades, sur les bords de TOuse, au milieu des pacages, entre les haies, sous le ciel gris, dans le brouillard épais du comté de Huntingdon, partout la théologie l’obsédait. Les Bibles étaient nombreuses sous son toit. Il en porta toujours une, dès cette humble date, à l’arçon de sa selle. Il l’ouvrait en route, et, de texte en texte, il réfléchissait sur la prédestination et sur la grâce, les questions qui agitaient le plus son âme. Peut-être, entre deux découragements, avait-il parfois des pressentiments obscurs de grandeur! Peut-être le hennissement de son cheval rustique lui sonna-t-il aux oreilles, de temps en temps, comme une prophétie ! Qui sait s'il ne rêvait pas du cheval de Job, et si ce cheval bibli([ue n’était pas le symbole du cheval de guerre qu’il montera plus tard à Naseby et à ^^"orcester ?

Quoi qu’il en soit de ces conjectures, ce qui est certain, c’est qu’il était offusqué de noires mélancolies. Il avait des visions. Lui, qui était fait pour la grande action et la grande politique, il était réellement malade de tous ces problèmes métaphysiques. Il avait des vapeurs, des crises nerveuses, il en aura jusqu’au trépas cet homme robuste de la vieille Angleterre. Souvent, dit Philippe de Warvsdck, « il envoyait chercher à « minuit le docteur Simcott, médecin de la ville, se croyant « près de mourir. « Son mal, c’était la théologie. C’est le mal de tout le siècle. Cromwell n’en mourra pas; il en souffrira, et il en vivra. Le docteur Simcott, ni lui-même, ne se doutent pas que le vrai remède à toutes ces angoisses, c’est la révolution qui s’avance, quoique à pas lents. Une chose remarquable, c'est que les préoccupations de Cromwell ne l’empêchent pas plus de gérer les affaires de son ménage, qu’elles ne l’empêcheront dans l’avenir de fonder la prospérité de la république et la sienne propre. II a deux aptitudes très-distinctes, et il en dégage ce qui est saint sans oublier jamais ce qui est utile.

En attendant le destin, Cromwell, inconnu aux autres et à lui-même, était un chaos de doctrines et d’intérêts. Il abhorrait les papistes. Il flottait entre les presb}i;ériens et les puritains.

ces girondins et ces montagnards de l’Angleterre au dix-septième siècle. Cromwell penchait vers les puritains, il était un d’entre eux, mais avec cette netteté et cette liberté d’esprit qui lui permettaient toutes les manœuvres, toutes les stratégies au milieu des théories insolubles.

La réforme effleurée par Henri VIII demandait à être approfondie. Le peuple anglais se prononçait de plus en plus. Il haïssait le catholicisme, il se méfiait de la religion anglicane, la religion officielle, qui rappelait trop la hiérarchie et les cérémonies romaines. De là les ombrages contre l'épiscopat, contre les pompes et les costumes ecclésiastiques ; de là le goût pour le calvinisme et ses missionnaires, Cromwell partageait toutes les passions religieuses de son temps. Il réclamait l'égalité des pasteurs et la discussion des doctrines. Anglo- Saxon et plus bourgeois que gentilhomme, il a l’humeur sombre mêlée de badinages féroces, le caractère entier et altier, la volonté opiniâtre, persévérante, le courage électrique, la piété sincère, mystique, exaltée, et, sous tous les dehors du sectaire, un bon sens assez tin pour débrouiller tous les éche veaux de la paix et de la guerre, de la monarchie et de la république, de la diplomatie, de la religion et du pouvoir. Tant de dons sont cachés dans ce rude Anglais de Huntingdon comme les étincelles sont cachées dans le caillou. Ils jailliront au contact des hommes, des idées et des événements.

Avant de conclure tout à fait sur Cromwell, je le raconterai. Dès à présent toutefois, je puis le juger conditionnellement, en d’autres termes, le préjuger. S’il est un saint, il vivra en saint et il mourra sûr un champ de bataille^ comme le colonel Thornhay, ou comme le colonel Ilarrison sur un échafaud, ou en exil comme le colonel Ludlow dans une masure barricadée en face des Alpes de Savoie, ou dans la forteresse de Dean, comme le colonel Hutchinson, si calme au fond de lui-même entre les tumultes de la mer et les vengeances de la restauration. Mais si Cromwell ne vit ni ne meurt comme ces nobles fanatiques; s'il vit dans la toute-puissance des Tudors et des Stuarts, s'il habite en maître leurs palais: M’hitehall, M’indsor, Haniptoncourt; s’il meurt dans l’un de ces palais, plus roi que

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