‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 65 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

puisque le seigneur Sabaoth, par une inspiration à la fois spéciale et générale, s’était manifesté aux congrégations, — à chacune et à toutes. L’ordonnance du ^elf denying fut admise à l’unanimité. Les presbytériens, à la troisième lecture du bill, le 27 décembre, essayèrent d’obtenir une exception à 1 ordonnance en faveur du comte d’Essex. Cette exception pour le vainqueur d’Edgehill et de Newburg fut rejetée par cent députés contre quatre-vingt-treize, à une majorité seulement de sept voix.

Cette ordonnance fut le plus grand coup de génie de Cromwell ; car ce coup de génie fut le premier, et il prépara tous les autres. Aussi habile tacticien dans la chambre que dans l’armée, après avoir dispersé les ennemis sur les champs de bataille , il se servait de l’ordonnance du renoncement à soimême pour éliminer ses amis et ses maîtres, plus gênants que les ennemis. Essex, Manchester et les autres généraux presbytériens retranchés, Cromwell, chassé lui-mème par son ordonnance, était inattaquable. 11 avait même le prestige d un désintéressement religieux et antique, tandis que, par une souveraine diplomatie, il avait déjà inventé et suggéré les prétextes sous lesquels les indépendants devaient réhabiliter lui, Cromwell, Ireton et tous les leurs dans les commandements militaires reconstitués. La révolution d’Angleterre et le cours qu’elle suivit wers la prédominance de l’armée et vers la dictature est, dans l’ordonnance du self denying, comme le fleuve est dans la source. Une telle ordonnance, on le pense bien, ne passa pas facilement à la chambre des lords. Elle y fut ballottée pendant six mois.

Ce fut dans l’intervalle de ces orageux débats que fut tranché définitivement le procès de Laud. Le malheureux prélat fut décapité le 10 janvier 1645. Il avait soutenu avec l’âpreté de son caractère la hiérarchie épiscopale et la liturgie anglicane. Il était odieux au peuple dont il consternait la passion calviniste et à la noblesse de cour dont il dévoilait les exactions. Détenu plus de trois années à la Tour de Londres, du 22 février 1641 au 12 mars 1644, il fut transporté quatrevingts fois de sa prison à Westminster pour y être interrogé

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

et jugé. Souvent il attendait de longues heures, et il était reiivoyé sans avoir comparu. Il était, pendant le trajet, insulté par la plèbe , et , pendant ses séjours sous les voûtes des antichambres du parlement, outragé par les théologiens calvinistes, soit presbytériens, soit indépendants.

Les deux sectes s’entendaient dans leurs haines contre Laud. Les pasteurs, presque tous la Bible sous le bras, quelques-uns la rapière sur la cuisse, étaient vêtus de noir. Beaucoup avaient la tête rasée et les moustaches coupées. Ils cherchaient durement à convaincre l’archevêque de papisme , ou tout au moins d’arminianisme. Ces imputations étaient également fausses. Laud était anglican comme Charles.

Il fut accusé d’actes arbitraires et d’hérésies ecclésiastiques. Les communes, répétant la tactique dont elles avaient usé dans le procès de Strafford, lancèrent contre Laud un bill d’attainder. Il fut condamne pour conspiration contre les lois de l’Angleterre et contre la religion de Dieu. 11 obtint qu’on lui épargnerait le supplice de la potence. Il préféra la hache, l’instrument de mort des gentilshommes. Il dormit bien la nuit qui précéda son exécution et il marcha intrépidement jusqu’à son échafaud. Il pria pour le roi, en y montant. Son dernier discours, prononcé du haut de cette chaire tragique, fut aussi religieux qu’un sermon. L’échafaud, tendu de noir, était tellement chargé de spectateurs que Laud demanda plus de place autour du billot pour respirer du moins un peu , avant que de mourir. Il supplia aussi le lieutenant de la Tour de faire retirer les curieux qui ne se pressaient pas moins sous l’échafaud que dessus, afin que son sang de primat d’Angleten'e ne retombât pas sur le peuple. Grande douceur d’àme, à ce moment suprême, dans un caractère si violent !

L’archevêque de Cantorbery, privé de tous ses bénéfices et de tous ses revenus, ne laissa pas la plus modique somme pour son enterrement. Ce furent quelques rares amis qui firent pieusement les frais de sa sépulture.

Spectacle navrant de l’instabilité des choses humaines ! Quand Laud, le pontife superstitieux de l’anglicanisme, expira, les presbytériens, ses ennemis, ceux qui avaient ébranlé le trône.

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