‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 66 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

décapité Strafford et lui-même, ces presbytériens superbes allaient tomber à leur tour. Hollis, le plus provoquant et le plus indigné d’entre eux, groupe en vain ses amis autour du comte d’Essex, l’heure des presbytériens ne tardera pas.

Hollis a les plus belles ardeurs. Il est éloquent, il est brave, il est implacable au vice, à la ruse, à l’iniquité. Sa plume est de fer rouge, elle écrit en lettres de feu pour ses contemporains et pour la postérité la condamnation de Cromwell et de Saint- John, de Cromwell le dictateur, de Saint-John le légiste de la tyrannie. Pourquoi donc Denzil Hollis lui-même est-il parfois si odieux? C’est que son orgueil est plus monstrueux encore que ses raisons ne sont bonnes et ses opinions sages. Je l’aimerais mieux homme que gentilhomme. L’homme, s’il est peuple, n’a pas d’envie; s’il est noble, il n’a pas d’insolence; il s’élèîe à l’égalité avec aisance ou il y descend avec grâce. Tel n’était pas Denzil Hollis, aristocrate jusque dans son sommeil. Sa faiblesse et son ridicule, c’est d’être trop âprement et trop étroitement d’une caste, comme Laud était d’une Église.

Donc Hollis n’emprêchait rien avec ses cris d’aigle. Il eût tout empêché par ses intelligences auprès de la chambre des pairs, que l’ordonnance du renoncement à soi-mème exaspérait. Mais Topinion publique, les communes et l’armée, agissant de concert en cette conjoncture, Essex, Hollis, Stapleton et les autres furent annulés. Les lords subjugués adoptèrent l’ordonnance du self denying, le 3 avril 1645.

Le 7 du même mois, sir Thomas Fairfax, un brillaqt marteau de guerre dont Olivier Cromwell tenait le manche, un officier supérieur vaillant et docile, fut nommé général en chef. Il prit à Windsor le commandement de l'armée parlementaire. Skippon, un vieux routier des camps, lui fut adjoint comme major général de l’infanterie. Il avait, ce bon compagnon de Skippon, une verve familière d’éloquence, d’intrépidité et de plaisanterie qui enlevait les troupes, — surtout les fantassins et les miliciens, des hommes du peuple. De plus, nul ne lui contestait une expérience consommée de l’art militaire.

Le roi, ne voulant livrer absolument ni la hiérarchie épiscopale qui, selon lui, n’appartient qu’à Dieu, ni le commande-

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

ment des armées qui appartenait à sa dynastie, les conférences d’Uxbridge (13 janvier-22 février 1645) n’avaient pas abouti. Puisque la paix était impossible, c’était à la guerre de décider tout.

Le parlement, qui venait d’écarter tous ses anciens généraux, députés ou lords, depuis Essex jusqu’à Cromwell, fut heureux de trouver, à défaut des anciens chefs, sir Thomas Fairfax. — C’était un héros, mais rien de plus. Il n’était que soldat. Sa physionomie le révèle. Simple, grave, chevaleresque, elle manque de pénétration. Le front est peu vaste ; les yeux au repos sont sans flamme, sans regard; la bouche néanmoins est sérieuse et marque une grande résolution. On sent que cet homme a le culte de l'honneur. Son portrait ne le flatte pas et le raconte comme l’histoire. On conclut involontairement de cette belle estampe que sir Thomas Fairfax était plus fait pour exécuter que pour concevoir, et pour obéir que pour commander.

Cela est vrai aussi, et il le montrera bien. C’est à Windsor (7 avril) qu’il se mit à la tète de la nouvelle armée du parlement. Elle avait perdu ses anciens officiers, et de presbytérienne elle était devenue indépendante. Moins monarchique et plus révolutionnaire, elle répondra aux dédains par des victoires. A l’arrivée de Fairfax, elle s’élevait à 21,000 hommes, dont 14,000 hommes d’infanterie et 7,000 chevaux. Sur les sollicitations du général, le parlement dispensa Cromwell du renoncement à soi-même, et il eut le commandement de la cavalerie comme Skippon avait le commandement de l’infantesie sous les ordres de Fairfax. Seulement Cromwell était le maître des deux autres; il était le maître des soldats, en attendant qu'il fût le maître des peuples, depuis qu’il avait désarçonné tous les généraux presbytériens par l’ordonnance du self denying, et le comte d’Essex, et le comte de Manchester, et les comtes de Warwick et de Denbigh, et sir William Waller. Lui seul, Cromwell, n’avait pas touché le sol; il était resté ferme sur les étriers et sur la selle de son cheval de guerre.

Il s'était fait cette place unique à force de génie politique ; à

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