‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 67 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

force de génie diplomatique et militaire, il l’agrandira dans des proportions prodigieuses. Il avait prévu que Charles I®** manderait le prince Rupert à Oxford. Dès que Fairfax en fut assuré, il dépêcha Cromwell avec une division de cavalerie et les mille dragons de son corps d’armée, afin d’empêcher la jonction des troupes royales. Cromwell ne se montra pas indigne de cette mission. Il dispersa à Islipbridge les régiments de la reine, du comte de Northampton, de lord Wilmot et du colonel Palmer. Il se saisit de beaucoup d’officiers et de sept cents soldats. Il s’empara de Blechington-House. Poursuivant ses avantages, il entra à Bampton-Bush, d’où il emmena Littleton, Vaughan et leur garnison.

Cromwell était parvenu à son but, et il se hâtait de légitimer son ascendant. Il n’avait plus de concurrents sérieux. Fairfax, qui paraissait son général, n’était en réalité que son lieutenant. Il était, lui Cromwell, le seul général, TEssex transcendant de l’avenir. D allait assombrir la joie profonde du roi qui avait appris de ses négociateurs d'Uxbridge l’incompatibilité radicale des presbytériens et des indépendants, et qui en concevait de grandes illusions. Cromwell essayait de rendre féconde cette haine inconciliable; il en faisait jaillir la fière supériorité des indépendants qui aspiraient à la république, à l’extinction de la noblesse et â l’abrogation des cultes. Les presbytériens, qui acceptaient la royauté et l’aristocratie sous la réserve de leur prédominance religieuse dans l’État, ne savaient pas bien encore jusqu’où les pousserait Cromwell. Quoique à moitié dans le nuage, il était déjà cependant l’homme du destin. Tous, à bien peu d’exceptions près, subissaient la fascination de ses discours. Ils étaient étranges, ces discours, sans être affectés. Cromwell, grand capitaine, admirable diplomate, puritain convaincu, trouva une langue biblique toute faite, la langue de son siècle. Il s’en servit comme il se servit de tout le reste. Il jeta dans le moule de cet idiome populaire sa pensée semblable à un bronze, ce qui n’empêchait pas que sous cette parole monumentale il n’y eût une parole captieuse, et que, derrière ce prophète militaire, il n’y eût un Borgia, non plus italien et sceptique, mais anglo-saxon et sectaire. C’était

quelque chose de plus grand, de plus robuste, de toute la distance qui sépare le doute de la foi.

Le roi ayant dirigé vers l’Ouest le prince de Galles avec Hyde et Colepepper pour y faciliter des recrues, envahit et pilla la ville de Leicester. C'est alors qu’il fut informé de la réunion de Fairfax et de Cromwell, de leur marche sur ses traces; c’est alors qu’il résolut soudain de les prévenir, et qu’il se porta vivement à leur rencontre vers la plaine de Naseby.

On connaît l’armée parlementaire sous Fairfax et Cromwell. L’armée de Charles lui était égale en nombre, elle avait vingt et un mille hommes. Elle était plus forte seulement en cavalerie, et son généralissime , au mécontentement sourd des lords royalistes, était le prince Rupert, dont la hauteur était intolérable.

C’est ici le moment de considérer ces deux armées qui se cherchent, l’une, celle des cavaliers, dont l’idéal est le roi, l’autre, celle des puritains, dont le symbole est Dieu. L’âme des cavaliers, c’est la loyauté; l’âme des puritains, c’est la religion. Ils prouveront par leur lutte épique et par leur conduite diverse combien la piété est d’une trempe plus magnanime que l’honneur.

Les royalistes en campagne, papistes et anglicans, étaient pour la plupart des débauchés de bonnes manières. Lès jeunes gens parmi eux ne songeaient, pour ainsi dire, qu’au vin, aux femmes et au jeu. Leur excuse était dans la puérilité de leurs traditions légendaires et dans la dissolution de leurs mœurs aristocratiques. Les plus grandes dames étaient indulgentes. Leurs défenseurs pouvaient agir mal, car ils pensaient bien. Lord Clarendon, d’une si gT'ande autorité dans un pareil sujet, n’est pas si complaisant. Ses mémoires et son Histoire de la RèhelUon sont sévères. Dans ce dernier ouvrage (t. VI, p. 292), pour la vingtième fois peut-être il exprime son blâme. « Les soldats du roi, dit-il, tombaient insensiblement dans toute la licence, les désordres, l’impiété qu’ils avaient reprochés aux rebelles, et ceux-ci croissaient en discipline, en vigilance, en sobriété; de telle sorte que d’un côté on semblait combattre pour la royauté avec les armes de l’anarchie, et de l’autre tra-

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