‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 68 sur 217 · LITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LITRE QUATRIÈME

vailler à détruire soit le roi, soit le gouvernement, avec tous les principes qui appartiennent à la monarchie. »» Le prince Rupert ne se souciait pas plus que ses soldats de légalité. Il permettait le pillage, l’incendie et les autres excès de la guerre civile, sans souci de la vierge, ni de la femme, ni de l’ouvrier, ni du laboureur. 11 n’empêchait pas les orgies des cavaliers, le cliquetis des verres, les chansons cyniques, mais personnellement il était tempérant comme Montluc, afin de rester un bon capitaine.

Le roi était très-scrupuleux aussi sur son régime. Il ne faisait que deux repas, le dîner et le souper. Il mangeait plus de fruits et de légumes que les Anglais de son temps. Il ne buvait que trois fois à son dîner et autant à son souper, — un verre de bière d’abord, puis un verre de vin clairet, puis un verre d’eau (Mém. de Warwick). Moins minutieux sur la table que son neveu Rupert, Charles était encore très-régulier. Je le dis à sa louange et à celle du prince, car la sobriété seule donne à un homme toute sa force, et il est remarquable qu’ils fussent sobres, le roi et le général des cavaliers, ces bons vivants, ces pantagruélistes anglo - saxons , ces raffinés fanfarons de la débauche et de Tivresse.

Du reste Charles I" était dans son camp le même que dans sa cour. Il avait une instruction fort étroite et superficielle, mais très-arrêtée. Son caractère était aussi obstiné que son esprit était court. Il lisait peu, et presque tout ce qu’il savait lui venait de la conversation.

Il était solide à cheval, et il y avait peu de grâce. Il avait trop de majesté et de roideur. Il était toujours roi, jamais homme. Il paraissait désobligeant, et ses paroles étaient assez souvent vulgaires. Mécontent d’un travail qu’il avait commandé au docteur Sanderson,un excellent écrivain cependant, Charles lui avait dit : - On trouverait aussi bien que cela dans la boutique d’un épicier. »» Il faisait faire ses dépêches, et il aimait mieux corriger que composer. •• Je trouve plus commode, disait-il, d’être savetier que cordonnier. " Il préférait les hommes médiocres aux hommes supérieurs. Autrefois il lui était échappé un aveu qui le peint. Plus semblable à lord Car-

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

leton qu’à lord Falkland, il l’employait plus volontiers. « Le premier, disait-il, rend toujours ma pensée dans mon vrai langage, tandis que l’autre la travestit en si beau style que je ne la reconnais plus. ** Il était demeuré en campagne aussi partial pour ses officiers qu’il l’avait été pour ses ministres et ses favoris. Ses engouements étaient périlleux. Celui qu'il éprouvait en 1645 pour son neveu Rupert fut très-funeste. Le prince n’aurait rendu que des services comme général de cavalerie; en le déclarant comme général en chef, le roi compromit son armée.

Telle n’était pas la situation de l’armée du parlement. Dans sa nouvelle organisation, cette armée ne formait plus, infanterie et cavalerie, qu’un seul corps. Tous les officiers avaient été choisis par la chambre. Un comité préparait ce travail et la chambre votait. L’armée, ainsi composée, n’agit pas comme sous le comte d’Essex, au nom du roi et du parlement, mais au nom du parlement seul.

Elle avait son prince Rupert dans Fairfax, — un héros non moins impétueux que le Palatin ; et de plus elle avait Cromwell, un génie complet, un homme qui manœuvrait pour une double omnipotence. Par l’armée, il aurait bientôt l’épée, et par le parlement, le budget de l’Angleterre. Il ne lui fallait pas moins que cela. Il ne se reposait jamais : toujours à l'œuvre, ne cessant de faire le parlement et l’armée à son image. L’armée de Fairfax était façonnée de sa main ; son empreinte était marquée sur la plupart des régiments; on y reconnaissait son austérité. Comme croyant et comme politique, il avait extirpé les vices. 11 leur avait substitué la méditation de la Bible, le chant des psaumes et la prière libre. Il s’était fait implacable contre le vol, contre les blasphèmes, contre l’ivrognerie, autant que contre la lâcheté. Convaincu en lui-môme que l’immoralité des royalistes était une faiblesse, il avait organisé comme une force la moralité des siens.

Ces armées si différentes de costume, d’esprit, d’habitudes, ne se ressemblaient que par le courage. Elles se trouvèrent face à face, près du hameau de Naseby, dans le Northamptonshire, le 14 juin 1645. Ce comté que j’ai parcouru jusqu’au

Page 1