‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 69 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Nen, à travers des prairies d’une verdure tendre, des bois frémissants et des collines riantes, ce comté qui a des pacages plantureux où trente villages mènent ensemble leurs troupeaux, paraît oublieux de ses annales. Agricole et commerçant aujourd’hui, il était tout guerrier au temps de Fairfax.

Le 13 juin, veille de la bataille de Naseby, Cromwell arriva soudain, avec ses côtes de y<?r,.au quartier de ses dragons. Ce fut une fête dans tout le camp. La présence de cet homme extraordinaire imprima un coup électrique à tous, et par cette commotion les troupes furent échauffées et comme multipliées. Chaque soldat en valut trois. Inégalité entièrement morale, car Whitelocke pense que l’inégalité numérique n’était pas de plus de cinq cents hommes entre les deux armées lorsque, le 14, elles se mirent en ligne.

Le centre des royalistes était formé par leur infanterie, précédée d’escadrons éprouvés. L’aile gauche était sous les ordres de sir Marmaduke Langdale, et l’aile droite sous la conduite des princes Rupert et Maurice. Le centre des parlementaires, composé aussi par l’infanterie, était confié au major Skippon. Ireton menait l’aile gauche et Cromwell l’aile droite. Le colonel Rossiter apparut un peu avant l’action, et se posta non loin de Cromwell, dont l'étoile l’attirait. Sir Thomas Fairfax s’était réservé l’ubiquité du général en chef. Le cri de ralliement des patriotes était : Dieu avec nous; celui des royalistes était : Dieu et la reine Marie. La reine Marie! Invocation tragique, si c’était Marie Stuart! Invocation sauvage, si c’était Marie Tudor! Dans l’une ou l’autre supposition, invocation de mauvais augure !

Ce fut le prince Rupert, lui général en chef pourtant, qui chargea le premier. Ludlow raconte que le major Skippon, blessé grièvement au début, refusa de se retirer. Il avait reçu une balle un peu au-dessus de l’aîne. A ceux qui le conjuraient pour le transporter, il répondit en officier de l’ancienne armée qui devait l’exemple à la nouvelle : « Non, je ne bougerai pas tant qu’un Anglais tiendra ferme. » Cependant le prince Rupert, qui avait fondu sur l’aile gauche des parlementaires, la dispersa, prit Ireton, dont le sang s’écoulait par deux ouvertures,

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et s’obstina aux fuyards. Tout était à craindre, et c’en était fait peut-être de la bataille, si Cromwell n’avait, de son côté, culbuté l’aile gauche des royalistes; mais il ne s’annula pas, lui, dans une folle poursuite. 11 songeait au cœur de la bataille, et il revint par une évolution savante tomber sur l’infanterie du roi, qu’il contraignit à mettre bas les armes. Elle avait résisté jnsque-là. Fairfax exécuta partout dans cette journée les prouesses d’un compagnon d’Artus. Il avait perdu son casque dans la mêlée, et il ne s’en apercevait pas. Le colonel Charles d’Oyley l’en avertit, et lui ofirit son propre casque. - Non, Charles, répondit Fairfax, en lui désignant un groupe encore intact de fantassins royalistes. Prends-Les en tête, moi je les vais attaquer en queue, et je te dojine rendez-vous au milieu du bataillon. »* Cette double charge fut poussée triomphalement. Fairfax, toujours sans casque, tua le porte-étendard ennemi, exploit qu’osa s’attribuer un des hommes du colonel d’Oyley. Le colonel, le réprimandant vivement : « Laisse-le, Charles, s’écria Fairfax enivré par la poudre, j’ai de l’honneur assez; qu’il se pare de celui-là, je lui en fais largesse. »•

Pendant toutes ces aventures du champ de bataille, Cromwell assurait la victoire et inquiétait, précipitait la retraite. Cinq mille royalistes demandèrent merci. Tout le reste de l’armée et Charles lui-même se sauvèrent dans la direction de Leicester. Cromwell harcela, le sabre dans les reins, ces escadrons en déroute et fit une multitude de nouveaux prisonnier*. Le roi abandonna son étendard, cent drapeaux, neuf mille fusils, tous ses canons, toute sa vaisselle, avec ses valets de pieds, tout son trésor et une cassette qui contenait sa correspondance. Selon Whitelocke, il y eut parmi les parlementaires mille tués et blessés ; parmi les royalistes, la perte fut plus que double en morts. Si l’on en croit Clarendon, plus de cent cinquante lords et officiers supérieurs, plus de cent femmes, quelques-unes du plus haut rang, succombèrent. Les prisonniers furent dirigés sur Londres, où ils défilèrent dans la Cité, avant d’être envo^'és, les uns chez eux, les autres sur le continent. L’étendard du roi et les cent drapeaux arrachés aux cavaliers furent suspendus avec pompe dans la grande salle de

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