‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 70 sur 217 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Westminster. Cette victoire de Nasehy fut la plus éclatante victoire qui eût encore été remportée ; elle fut la plus complète aussi et la plus décisive, car le parti du roi ne s*en releva pas. Elle obscurcit de sa splendeur Edge-Hill et Newbury. Cromwell en sortit avec un éclat de foudre, et le comte d’Essex disparut à demi dans l’ombre. Le parlement vota un joyau officiel de sept cents livres sterling pour sir Thomas Fairfax. Ce joyau officiel représentait d’un côté la chambre des communes, de l’autre la bataille de Naseby ; mais tandis que Fairfax possédait cette médaille magnifique, la gloire et le pouvoir, des joyaux plus précieux, comblaient Olivier Cromwell. On parlait fort de plusieurs généraux, on ne pensait qu’à lui.

La cassette du roi fut répandue de toutes parts, feuille à feuille. On les lut ces feuilles, et on les commenta. La passion contre Charles s’accrut. On détestait tout haut ses parjures, sa déloyauté. C’était toujours le même homme, qui promettait autrefois des parlements, et qui ne les convoquait pas. Et maintenant, tandis qu’il déclamait contre le papisme, il entretenait des négociations avec les révoltés d’Irlande, soit par Ormond, soit par Digby, soit par Glamorgan; tandis qu’il abhorrait, disait-il, l’idée d’introduire en Angleterre des bataillons étrangers, il poussait la reine sa femme d’obtenir du roi de France et du duc de Lorraine des secours armés. Tout cela était accablant pour Charles, et tout cela était manifeste par ses lettres. Ce qui ne l’était pas moins, c’était sa soumission à la reine; même de loin, elle le gouvernait.

Je les ai consultés avec soin les papiers trouvés dans la cassette du roi, après la bataille de Naseby, et j’en ai extrait quelques fragments des lettres échangées entre le roi et la reine. Ces fragments, malgré leur brièveté, jetteront, ce me semble, une lueur vive sur ces physionomies, d’autant plus pathétiques dans leur affliction, dans leur détresse.

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

Lettre de Charles 7®' à la reine sa femme.

c 9 janvier 1644.

« Cher cœur,

« ... L’établissement de la religion et de la milice sont les premiers articles dont on doit traiter; sois bien persuadée que je n’abandonnerai ni l’épiscopat, ni l’épée que Dieu a mise entre mes mains. »

Du roi à la reine.

« 2 janvier 1645.

« ... Ne m’estime qu’autant que tu me verras suivre les principes où tu m’as laissé. Adieu, cher cœur. »»

Du roi à la reine.

< A Oxford, le 29 fémer 1645.

« ... Ne crains pas que je me fie assez aux rebelles pour me rendre en personne à Londres ou congédier mon armée avant que la paix soit conclue; je ne me hasarderai pas si sottement, ni à si bon marché. Je prise trop haut ce qui t’appartient en moi... pour m’aller mettre à la discrétion de ces perfides rebelles. J’attends avec impatience l’exprès que tu m’as promis et suis éternellement à toi. *»

Du roi à la reine.

• Février 1645.

«... Assure-toi que, si nous avons un traité, il sera fait en sorte de t’inviter au retour, car sans ta compagnie je ne saurais avoir en moi ni paix ni joie. »

LrniE QUATRIÈME

Bu roi a la reine,

c A Oxford, le 9 avril 1645.

« Cher cœur,

• ... Songe, je te prie, puisque je t’aime plus que toutes choses au monde et que ma satisfaction est inséparablement unie avec la tienne, si toutes mes actions ne doivent pas avoir pour but de te servir et de te plaire. Si tu savais quelle vie je mène (sans parler des troubles publics) par rapport même à la conversation, qui est, à mon avis, ce qui donne le plus de joie ou de chagrin en cette vie, j’ose dire que tu aurais pitié de moi. Car les uns sont trop sages, les autres trop fous ; les uns se mêlent trop, les autres sont trop réservés, et beaucoup sont tout à fait dans les rêveries... Le but de tout ceci est de te prier de me consoler par tes lettres le plus souvent qu’il te sera possible. Et ne crois -tu pas que les détails de ta santé et la manière dont tu passes le temps soient des sujets agréables pour moi, quand même tu n’aurais pas autre chose à m’écrire? N’en doute pas, ma chère âme, ta tendresse est aussi nécessaire à mon cœur que ton secours à mes affaires. *•

La reine au roi (Charles 1®').

« Do Parii, janvier 1644.

«4 ... Pour l’honneur de Dieu, ne vous mettez pas entre les mains de ces gens-là (du parlement); si vous allez jamais à Londres avant que le parlement soit fini ou sans une bonne armée, vous êtes perdu. La première chose que l’on doit proposer est, à ce que j’apprends, le licenciement de vos troupes; mais, si vous y donnez les mains, votre ruine est inévitable. Ayant toute la milice en leur pouvoir, ils ont fait et feront tout ce qu’il leur plaira.

« Souvenez-vous surtout de ne pas abandonner ceux qui vous

IIISTOJRE d'oLIVIICR CROMWELL

ont servi, aussi bien les évêques que les pauvres catholiques. »»

La reine est vraiment le mauvais génie de Charles P' et Tinstruinent de sa chute. Elle lui recommande avec enthousiasme, avec ferveur tout ce que les Anglais haïssent le plus.

Et comment agit-elle sur le pauvre roi consumé d’amour? Par des mots comme celui-ci, que je recueille dans une lettre du 13 mars 1G44. A cette date , la reine écrit de Paris à Charles 1®’’ :

« Cher cœur, soyez bon pour moi, ou vous me ferez mourir. *»

** Aussi, dit Henri Halîam (depuis la bataille de Naseby), le roi montra pour les maux du royaume et de ses partisans cette indifférence qu’on lui a quelquefois imputée. Après cette bataille, il ne restait plus qu'une voie sûre et honorable. Charles avait justement horreur de régner, si c’était là régner, en esclave du parlement et de sacrifier sa conscience et ses amis; mais il n’était nullement nécessaire de régner. Durant plusieurs mois, la mer lui fut ouverte. En France, ou mieux encore en Hollande, il eût trouvé du respect pour ses infortunes, et un asile dans cette vie imposante encore qui convient à un souverain exilé.

** Quelles que fussent les dispositions du roi, il n’osa pas sortir d’Angleterre. Cette funeste puissance domestique, à laquelle il avait si longtemps obéi, contrcMait toutes ses actions. Indifférente au bonheur de son mari, et déjà sans doute attachée à l’homme qu’elle lui donna* pour successeur (Jermyn), Henriette n’aspirait qu’à le voir entrer en possession d’un pouvoir qui deviendrait le sien. « {Ilist. const. d'Ânglet.y t. III, p. 48-49.)

Charles ne refusait rien, excepté de se faire catholique. Sa conscience personnelle était sa seule forteresse contre la reine. Sur tout ce qui n’était pas ce dernier retranchement, il se désavouait sans honte. Ainsi, avait-il traité la veille avec les lords et les députés de Westminster, le lendemain il sollicitait son pardon de la reine, disant •• que ce n’était pas la même chose de les appeler parlement ou de les reconnaître pour tels **. Tous ces subterfuges furent dévoilés.

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