‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 75 sur 217 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

regretté l’obscurité profonde de la chambre. A quoi le comte repartit que s’il n’avait pas appelé, c’est qu’il avait craint d’interrompre le sommeil de Sa Majesté. — Vous avez bien fait, reprit le roi. Sans cette attention de votre part, je ne constaterais pas un bon présage. Ma dynastie subit maintenant une éclipse comme l’a eue cette lampe : à son tour, comme cette lampe, elle brillera d’un plus vif éclat que jamais. (Sir Thomas Herbert, Mém., p. 89-90.)

C’est sous l’influence de cet oracle intérieur que le roi s’éloigna d’Oxford. Il avait revêtu un humble déguisement. Deux serviteurs seulement l’escortaient : le docteur Hudson, ministre anglican, et sir John Ashburnham, l’un des gentilshommes de la chambre, dont Charles passait 'pour le valet. Ils gagnèrent d’abord Harborought dans le comté de Leicester, puis Downholm dans le comté de Norfolk, puis Southwell, à trois lieues de Nottingham. Là M. de Montreuil reçut le roi et le conduisit au camp des Ecossais devant Newark (5 mai). Charles, qui avait quitté son costume servile pour un costume de lord, se présenta en roi au comte de Leven et à l’état-major de ce général. Le comte et ses officiers l’accueillirent avec une surprise feinte et de grandes déférences. Charles put se croire un instant leur souverain, mais il fut désabusé lorsque voulant donner le mot d’ordre aux troupes, le comte de Leven lui dit : — Sire, ce mot d’ordre est mon privilège, et vous daignerez me le laisser, car c’est moi qui suis ici le plus vieux soldat. Charles se sentit captif.

Dès que le parlement connut la présence de Sa Majesté au milieu des Écossais, il réclama du comte de Leven la personne du roi. Le comte répondit par des paroles évasives et par des actes conciliants. Il remit aux Anglais la place de Newark qu’il avait occupée sur un ordre de Charles, et il défendit par une proclamation à ses officiers toute communication avec le parti des Stuarts. Cela fait, il se retira précipitamment à Newcastle à la tète de son armée et en compagnie du roi. Ce prince, s’unissant aux desseins pacifiques du comte de Leven, envoya une circulaire à tous ses partisans, afin de leur enjoindre la cessation complète des hostilités. Ce fut le marquis

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de Worcester, un indomptable yieillard de quatre-vingts ans, qui abaissa le dernier la bannière royale. Le général Fairfax fut généreux envers le parti vaincu et facilita soit les accommodements des cavaliers, soit la restitution des biens confisqués ou détenus, soit les exils volontaires. Le prince Rupert et le prince Maurice, munis de leurs passe-ports, s’embarquèrent à Douvres pour le continent au mois de juin 1646.

Pendant que son parti disparaissait, le roi, prisonnier à Newcastle, était comme une proie vivante que se disputaient l’Angleterre et l’Écosse. La théologie ne s’acharnait pas moins sur lui que la politique. Tout en négociant, il avait consenti à des discussions dogmatiques avec le pasteur presbytérien Henderson. Il en fut distrait par des propositions que lui expédia le parlement de Westminster •* dans le but d’arriver à une paix sûre et solidement établie, »* Les porteurs de ces propositions étaient deux lords, les comtes de Pembroke et de Suffolk, puis quatre membres des communes : sir Walter Earle, sir John Hipperly, chevaliers, et les écuyers Robert Godwin et Luke Robinson. Le roi repoussa leurs propositions, parce qu’elles stipulaient entre autres exigences deux principes qui lui étaiejit antipathiques : l’abolition de l’épiscopat et le sacrifice des droits de la maison des Stuarts sur la milice. Tout en n’accordant pas les articles, le roi eut beaucoup de courtoisie pour les commissaires auxquels il donna sa main à baiser.

Les deux parlements de Londres et d’Edimbourg négocièrent entre eux le sort de Charles sous forme d’arithmétique et sous prétexte d’arrérages. Il fut convenu que , le

15 novembre 1646, les Ecossais se retireraient chez eux, à la condition d’un payement de deux cent mille livres sterling. Un autre payement égal devait être effectué plus tard. Or, la première condition remplie, le roi, qui était à Newcastle, se trouva livré, le 16 janvier 1647, par les commissaires écossais aux commissaires anglais dont les noms suivent : le comte de Pembroke, le comte de Denbigh, lord Montagne de Broughton, tous trois de la chambre haute ; — et de la chambre des communes : sir James Harrington, baronnet; sir John Holland, sir

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John Cooke, sir Walter Earle, Crow, écuyer, et le major général Brown. MM. Harrington, Herbert, Kinersly, Babington et quelques autres étaient attachés aux commissaires afin de les aider au besoin soit littérairement, soit diplomatiquement. Chose singulière! les commissaires anglais, presque tous particulièrement connus du roi , étaient au fond des geôliers, et cependant Sa Majesté parut fort aise de leur mission. Elle donna ses ordres avec gaieté pour son voj^age en leur compagnie, de la ville de Newcastle au château de Holrasby. Le roi était vraiment charmé de se séparer des Écossais dont il se sentait la victime dans un marché infâme. 11 avait hâte de ne plus voir leurs visages de Judas. La justification qu’ont essayée leurs amis n’est assurément pas admissible. Elle consiste à dire que les Écossais fi\cilitaient le désir qu’avait le roi d’aller à Londres pour s’entendre de près avec le parlement. Dérision odieuse I 11 ne souhaitait pas apparemment d’y aller captif.

Hülmsby, dans le comté de Northampton, était un magnifique édifice bâti et décoré par le lord chancelier Hatton, l'un des favoris de la reine Élisabeth. Ce manoir, après la mort du chancelier, avait passé à la couronne. Le parlement assigna cette demeure au roi, et le roi s’v installa avec les commissaires au mois de février 1647. Depuis Newcastle, le long de la route, principalement à Durham, à Rippon, à Nottingham, à Leicester, Charles fut salué et même acclamé par les populations. Les témoignages soit de respect, soit de dévouement redoublèrent aux environs de Northampton.

Le roi décela ses sentiments intérieurs par son enjouement, lorsqu’il prit possession du château de Holmsby, où tout avait été disposé par M. Kinersly, un intendant de sa garde-robe. Cette joie de Charles !**■ à sa première halte est navrante. Moi, qui ai raconté les prisons de Marie Stuart, je ne puis partager le plaisir mêlé d'espérance qu’éprouve son petit-fils, alors qu’il s’assit sur son dais, comme au temps de ses prospérités, à la table de Holmsby. Ce château m’est sinistre et m’offusque, malgré sa beauté. N’est-il pas le commencement d’une série de cachots plus ou moins splendides? Holmsby, pour Charles I"*,

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n’est-c0 pas Carlisle pour Marie Stuart? Rien n’est émouvant, rien n’est pathétique, même à distance, au témoin qui écoute les palpitations sourdes des cœurs et qui compte les larmes secrètes des yeux, comme de retracer le cercle infernal des châteaux dont les uns rapprochaient peu à peu la reine d’Écosse de Fotherihgay, et dont les autres, par des courbes non moins fatales, attiraient le roi d’Angleterre à White-Hall. Toute la différence, c’est que le juge régicide de Marie Stuart était une reine, et que le juge régicide de Charles I" sera un peuple. Quoique moins féroce, le peuple anglais sera aussi déterminé qu’Elisabeth.

La plus grande privation du roi à Holmsby était l’absence de ses chapelains. Il écrivit au parlement dans le mois de mars pour qu’on les lui accordât, mais ils furent écartés comme anglicans. Les pasteurs presbytériens, MM. Marshall et Caryll, n’étaient pas agréés du roi. Ils officiaient pour les commissaires et pour le reste du château, mais Charles ne leur permettait sous aucun prétexte de dire les grâces pour lui. Ces grâces d’avant et d’après les repas, le roi les récitait lui-même debout et avec piété. Sa sobriété était toujours la même, dans la captivité comme dans la guerre, comme aux années de sa puissance. Il mangeait et buvait peu, soit à son dîner, soit à son souper, ainsi que nous l’avons remarqué. Chaque jour il consacrait à Dieu quelques heures de méditation et de prière. Il se promenait ensuite à pied dans le parc de Holmsby, tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre de ses serviteurs ou des commissaires, assez souvent avec le major général BroWn, qu’il avait pris en affection. Quand le temps était beau, le roi montait à cheval et il allait à Altorpe, château de lord Spencer, ou Harrowden, château de lord Vaux, dont les jardins et les bois étaient les plus renommés de la Grande-Bretagne. Dans l'une de ces courses, un paysan lui remit des lettres de la reine. Ce paysan, qui fut arrêté sur-le-champ, n’était autre que le major Bosvile.

Les commissaires, mécontents de cette intrigue, imposèrent, selon la prescription du parlement, un sacrifice douloureux au roi en éloignant de lui MM. Henri Murray, James Levington, Leg et Ashburnham. Charles conjura qu’on ne le séparât pas

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