LIVRE CINQUIEME
du moins de MM. Maxwell et Mawd, ses plus anciens valets de chambre. Il demanda qu’on leur adjoignit MM. Harrington et Herbert, deux gentilshommes fort distingués venus avec les commissaires. Harrington se dévoua, quoique démocrate. Il esquissa plus tard, dans son Oceana^ un plan de gouvernement républicain. Cromwell et Charles II le persécutèrent successivement. Herbert devint le serviteur tendre et fidèle du malheureux Charles I®*", et l’annaliste le plus modeste, le plus ému, le plus touchant de sa captivité et de sa mort.
Les commissaires étaient tous presbytériens et surveillaient le roi pour le parlement. L’armée, ennemie du parlement, avait un conseil d’officiers; elle avait aussi un conseil de sous-officiers et de soldats choisis par les régiments, et que les presbytériens appelaient agitateurs. Ces conseils avaient une grande autorité avec un général indolent hors de la guerre comme Fairfax, et un lieutenant général habile, artificieux, fécond en ressources, en trames et en trappes comme Cromwell. C’est lui, c’est Cromwell qui dirigeait Fairfax et les conseils. Il était l’àme et le génie de l’armée, où il avait multiplié les capitaines, les majors et les colonels indépendants. Sa prévoyance était perçante et sa dextérité profonde. Aux sous-officiers et aux soldats il parlait dans une langue énigmatique et mystique au nom du dieu Sabaoth. Devant les officiers sa conversation était naturelle, nette et claire. Il disait, dans le jardin de. sir Robert Cotton, à Ludlow, d’un ton de familiarité : ** Si ton père vivait, il y en a là quelques-uns à qui il ne tairait pas leurs vérités; » puis Cromwell ajoutait : ** C’est une misère de servir un parlement. Qu’un homme soit loyal tant qu’il voudra, s’il se présente quelque brouillon qui le calomnie, il ne s’en lavera jamais, au lieu qu’en servant sous un général on est aussi utile, et on , n’a à craindre ni le blâme ni l’envie [Mém, de LvÂlow, t. I, p. 209}. Un autre jour, en pleine chambre des communes, à propos du licenciement de l’armée poursuivie par les presbytériens, Cromwell disait trè.s-bas au même Ludlow : ** Ces genslà n’auront pas de repos qu'on ne les ait mis dehors par les oreilles. >»
Olivier Cromwell jetait des mots ici et là, et ces mots
étaieut comme autant d’hameçons avec lesquels il prenait beau^ coup d’hommes. Il avait un grand coopérateur dans Ireton. Il n’aurait pu s’en passer. Il lui donna pour femme, eu 1646, Brigitte, la plus grave, la plus modeste, la plus évangélique de ses filles. Ireton, gendre de Cromwell, lui fut très-utile et devint commissaire général de l’armée. C’était un homme studieux autant que grave, et dont la plume valait l’épée. Cromwell l’employait à rédiger ses manifestes, ce qu’il savait faire à merveille, mieux que Lambert lui-mème, un autre officier de Cromwell, destiné au barreau, avant qu’il se fût voué aux armes. Ireton, préparé aussi pour la magistrature, était d’ailleurs plus sérieux que Lambert à tous les points de vue. Il était populaire dans les deux conseils de l'armée, qu’il appelait les deux chambres, et qui étaient réellement une sorte de parlement sectaire et chevaleresque. Cromwell se servait auprès de cet étrange parlement, et en toute circonstance, du stoïcien Ireton. Il l’avait toujours trouvé soit supérieur, soit égal aux plus grandes tâches.
C’est peu de temps après le mariage d’Ireton et de Brigitte que Cromwell, dans un moment de ferveur, écrivait à sa fille cette intéressante lettre :
A ma’ Jiîle bîen-aimée Bnpitt Ireton, à Üombury,
<va quartier général.
« Londres, 35 octobre 1646.
« Chère fille,
« Je n’écris pas à ton mari qui, s’il reçoit une ligne de moi, m’en renvoie mille, ce qui le fait veiller trop tard; ensuite je suis indisposé moi-même maintenant, et je ne manque pas non plus d'occupations.
« Vos amis de l’ile d’Ély se portent bien. Votre sœur Cleypole est tourmentée par quelques pensées inquiètes. Elle voit sa propre vanité et les tendances charnelles de son esprit. Elle en gémit et cherche, je l’espère au moins, cela seul qui satisfait.