LIVRE CINQUIÈME
Chercher ainsi, c’est posséder la première place après ceux qui' trouvent. Qui cherchera fidèlement et humblement sera sûr de* trouver. Heureux chercUur, heureux trouveurl Qui a jamais goûté combien le Seigneur est doux sans éprouver quelque retour de faiblesse et d’égoYsrae? Qui a jamais goûté la grâce de Dieu et n’en a pas désiré, sollicité la pleine jouissance? Chèrefille, sollicite bien, poursuis le Seigneur, et que ni ton mari, ni aucune chose au monde ne refroidisse ton affection pour le Christ! Ce qu’il y a de plus digne d’amour dans ton mari,*c’est l’image du Christ qu’il réfléchit en lui. Fixe là tes yeux; voilà ce qu’il faut aimer avant tout, et tout le reste pour cela. Je prie pour toi et pour lui, priez pour moi.
« Mes tendres respects au général (Fairfax) et à sa femme; je sais qu’elle est très-bienveillante pour toi, ce qui ajoute à toutes mes autres reconnaissances. Mon amour à tous.
« Ton bon père,
« OuvisR Cromwell. »
Cette lettre est fort compliquée. Elle n’a été qu’effleurée, et cependant elle mériterait d’ètre approfondie. D’abord elle exprime les élans paternels et religieux de Cromwell. De plus, Ireton la lira, et il sera persuadé que celui dont il est le gendre le chérit comme un fils. Et non-seulement Ireton la lira, cette lettre, mais Brigitte la fera lire à lady Fairfax. Le général en sera instruit, et il saura quel ami il a dans Cromwell. Il est nécessaire que Fairfax croie à la piété et au dévouement de son lieutenant général, et Cromwell ricoche sur lui à propos, selon les instincts d’une dextérité incomparable.
Tout en ne négligeant pas les petits moyens, il usait des grands sans hésitation et sans scrupule. Il en avait fini avec les troupes ro^'alistes à Naseby, mais il n’en avait pas fini avec les presbytériens. Il leur avait porté un coup terrible par l’ordonnance du renoMezueTU à soi-même. Il les avait par là chassés des commandements de l’armée, ce qui était beaucoup; il lui restait à les chasser du parlement, ce qui politiquement le rendrait
maître comme il Tétait militairement. L’entreprise était formidable. Cromwell ne recula pas.
Il fallait d’abord tirer le roi des mains du parlement, qui le gardait par ses commissaires au château de Holmsby.
Or, voici ce qui arriva. Le 2 juin 1647, Charles I®*", dans Taprès-midi, s’était avancé à cheval jusqu’au château de lord Spencer, à Altorpe. Il jouait aux boules dans le parc de cette belle résidence, lorsqu’on vint lui dire qu’ime troupe de cavalerie ^sous les ordres d’un inconnu marchait sur Holmsby. Le roi y retourna aussitôt. Tout le monde était inquiet; car ni lès commissaires ni le colonel Graves, chef de la garde du roi, n’avaient été avertis.
Le colonel, secondé par le major général Brown, s’adressa aux soldats cantonnés â Holmsby, et les adjura de n’abandonner ni les commissaires du parlement ni le roi. Les soldats promirent. Vers minuit, la cavalerie que Ton redoutait s’arrêta devant le château. Tandis que l’officier qui Ta commandait entrait en conversation sous le vestibule avec le colonel Graves et le major général Brown, les soldats des deux camps s’étaient rapprochés et se reconnaissaient entre eux. Le colonel demanda à l’officier comment il s’appelait et ce qu’il voulait. «* Je m’appelle Joyce, répondit-il, je suis cornette dans le régiment du colonel Whalley, et je veux parler au roi. »* Graves et Brown le sommèrent alors de se retirer, et annoncèrent à la garde d’Holmsby que c’était le moment de défendre le château. Mais les soldats n’avaient pas fraternisé eu vain. Il y avait dans la garde du roi des indépendants, des affiliés aux agitateurs. En un instant Joyce se fut emparé de Holmsby, aux applaudissements de la garde chargée de le protéger. Le colonel Graves s’échappa, et Joyce alla frapper à la porte du roi. Il était fort animé et tenait un pistolet. MM. Maxwell, Mawl, Harrington et Herbert ne lui permirent pas de pénétrer. Le roi, qui était couché, lui fit dire qu’il ne le recevrait pas avant le matin. Joyce, ulcéré de ce retard, éclata en outrages et en imprécations, mais il n’osa pas employer la force. Il se retira trèsirrité.
, Le lendemain, 3 juin, le roi manda Joyce au petit jour. Le