‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 78 sur 217 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

cornette se présenta hardiment. Sans être intimidé une minute, il déclara au roi qu’il avait mission de l’emmener. « Je n’irai qu’avec les commissaires. — Je consens à les délivrer, dit Joyce, je consens même à ce qu’ils vous suivent. — Où me conduisez-vous, reprit le roi. — A l’armée, sire. — Et vos instructions? — Vous allez les voir, répliqua Joyce. » Et il fit mettre en bataille dans la cour intérieure une élite de ses hommes. Le roi les examina en souriant et dit : « Vos instructions sont en caractères très-lisibles. — Sire, affirma Joyce, il ne vous sera fait aucun mal, ne tardons pas, »» Après s’être assuré de nouveau que les commissaires ne le quitteraient pas, le roi monta dans sa voiture, où il admit les comtes de Pembroke et de Denbigh ainsi que le lord Montague. Les autres commissaires enjambèrent des chevaux de selle, et le roi, qui était entré au château de Holmsby prisonnier du parlement, c’est-à-dire des presbytériens, en sortit prisonnier de l’armée, c’est-à-dire des indépendants.

Charles à la merci du cornette, Joyce, coucha à Hinchinbrook, dans un ancien couvent de religieuses devenu le manoir du colonel Montagne. Le 4 juin, le roi chemina jusqu’à Childersly, non loin de Cambridge. Il accepta l’hospitalité de sir John Cuts, sous le toit duquel il s’établit. De toutes parts, nobles, savants, professeurs de l’université s’empressèrent autour du roi. Charles fut très-poli avec eux; il fut affectueux pour sir Thomas Fairfax, général en chef, pour le lieutenant général Cromwell, pour le commissaire général Ireton. Le major général Skippon, les colonels Rich, Lambert, Dean, le ministre Hugh Peters furent admis à baiser la main de Charles. Fairfax désavoua hautement Joyce, mais l’insolent cornette ne fut pas puni. Cromwell le couvrit de sa mansuétude comme d’un bouclier. Le lieutenant général était de bonne humeur et disait à Ireton : « A présent que j’ai le roi, je tiens le parlement dans ma poche. » {John Banks, p. 83.)

De Childersly Charles se rendit à son château de Newmarket. Le roi y avait souvent séjourné avec son père et Buckingham. Ils y avaient fait de délicieuses chasses, dont le roi retrouvait la mémoire à chaque pas. Ah! disait-il, que ne suis-je encore

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

prince de Galles et le premier sujet du roi Jacques ! » Newmar- *ket, à cause des souvenirs, était une demeure douce et mélancolique. Ce qui lui communiqua un attrait particulier au milieu de tant d’inquiétudes et de nuages noirs, c’est que, fêté par les •officiers de l’armée et par les commissaires du parlement, le roi conclut de cette émulation qu’il serait arbitre entre eux et qu’il recouvrerait ainsi son pouvoir. Il apprit avec plaisir qu’il irait à Hampton-Court. Il se flatta d’obtenir bientôt ses serviteurs de Holmsby et ses chapelains.

Cromwell, cependant, s’était prononcé contre le licenciement de l’armée, combiné par les presbytériens de la chambre des communes. Il incrimina cette prévoyance de ses ennemis et suggéra aux troupes deux résolutions capitales. Elles jurèrent, sous son influence, de ne pas se séparer avant le payement de leurs arrérages, ni avant la réforme des abiK. Elles se rapprochèrent en môme temps de Londres. A Saint-Albans (15 juin 1647), elles lancèrent une accusation contre onze membres du parlement. Ces fiers suspects étaient Mollis, Stapleton, Glynn, Waller, Massey, Maynard, Ciotworthy, Lewis, Harley, Long et Nicholas, — les plus illustres chefs des presbytériens après le comte d’Essex. Il leur était imputé des délits contre les lois de l’Angleterre et contre les droits de l’armée. Ils firent bonne •contenance; mais une autre pétition de cette armée implacable exigea du parlement que les membres inculpés fussent privés de leurs sièges jusqu’à ce qu’ils eussent réfuté le réquisitoire - dressé contre eux. Le parlement eut la faiblesse de céder en faisant offrir des passe-ports aux prévenus.

« Jamais parlement fut-il insulté de la sorte I s’écrie Mollis dans ses Mémoires indignés (p. 158-159). Il faut d’abord punir, puis fmre. le procès!... Vraie justice d’armée 1 Et ce jugement ne va pas à moins que de suspendre des membres du parlement, ce qui non-seulement les marque d’ignominie , mai» ce qui , en frappant les députés du pays, le destitue du droit de suffrage... Et ces jeunes messieurs (les officiers) viendront se railler de nous, au point de nous exi>rimer l’honnête désir qui les pousse A vouloir rendre nos privilèges plus innocents ! Ils oseront nous

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