‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 79 sur 217 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

proposer un changement de cette importance dans la constitution de la chambre des communes! Tandis qu'il est de règle que la minorité se fond dans la majorité, de manière à ne former avec elle qu’un seul être; tandis qu’il n’est pas permis dans la chambre de particulariser les personnes , pas môme de nommer un membre par son nom, que tout doit s'y faire comme par un même homme et que les lois auxquelles le royaume est tenu de se soumettre doivent être regardées comme l'acte d’un consentement unanime, on voudra rompre cette unité, et nous obliger à constater nos dissentiments par des protestations, propres uniquement à fomenter les factions et les partis! On troublera la source pour corrompre ensuite tout ce qui en découle! C’est bien assurément la plus insolente présomption dont on ait jamais ouï parler. »

n y eut contre une telle tyrannie des troupes une réaction des citoyens et des apprentis de Londres. Dominé par la terreur prétorienne, le parlement arrêta, le 22 juillet 1647, que la milice turbulente de la Cité serait remplacée par une autre milice. Il s’efforcait ainsi de plaire à l'armée. Le 26 juillet, une émeute s’organisa contre cette mesure du parlement, qui, sous une autre terreur, vota le rétablissement de la milice presbytérienne. L’émeute ne s’apaisa que lorsqu’elle eut violenté le président et les députés des communes, jusqu’à leur arracher un nouvel ordre, l’ordre d’installer le roi à Londres dans un de ses palais.

Après cette profanation du parlement, les chambres s’ajournèrent jusqu’au vendredi suivant 3 août. Mais à cette date le comte de Manchester, président de la chambre des lords, et M. Lenthall, président de la chambre des communes, s’étaient réunis à l’armée avec la majorité des membres du parlement.* Les députés et les pairs presbytériens, fidèles à leur poste, nommèrent deux présidents presbytériens comme eux : — à la chambre des seigneurs, lord Willoughby; à la chambre des communes, M. Henri Pelham. Il fut décidé par leur organe que le roi reviendrait à Londres, que la milice de la Cité était légale, qu’elle serait accrue, qu’elle élirait un général pour

chef, et que les onze membres proscrits seraient réintégrés sur leurs sièges. Denzil Hollis et ses collègues rentrèrent donc en triomphe, et Massey fut investi du commandement de la milice de Londres.

M. Lenthall et le comte de Manchester, les deux présidents anciens, et leurs collègues des deux chambres, déserteurs avec eux au quartier général de l’armée, s’entendirent avec Fairfax, et ils décrétèrent la nullité de tout ce qui s’était passé depuis le 26 juillet. Ils décrétèrent aussi que le général marcherait sur Londres, afin de vaincre l’anarchie.

Les onze, Hollis surtout et Stapleton et Massey, soutenus de toute l’élite presbytérienne , échaufiaient la Cité de leurs discours, l’exhortant à combattre, prêts pour leur compte à mourir, plutôt qu’à subir le joug de la soldatesque. Ils créèrent, à force de passion, de vigilance et de zèle, un mouvement qui, malgré leurs brigues ardentes, se calma peu à peu à l’approche de l’armée. Les bourgeois eurent peur des troupes, et ils envoyèrent une députation à Fairfax pour lui demander la paix. Le général, de concert avec le comte de Manchester, M. Lenthall et leurs collègues, maintint l’élimination des onze députés, imposa la dissolution des milices de la Cité, le licenciement de tous les bataillons de Massey et la reddition de la Tour, cette citadelle féodale, gage redoutable de la puissance, symbole sinistre de la souveraineté. Ces conditions furent acceptées sans résistance, et le 6 août 1647, Fairfax s’avança jusqu’à Westminster, rétablit à l’aide de son armée Manchester et Lenthall sur leurs fauteuils de présidents, les autres membres du parlement sur leurs sièges de députés et de lords. Fairfax, remercié par les deux présidents, fut nommé commandant en chef de toutes les troupes de l’Angleterre, et constable de la Tour de Londres. L’armée eut une gratification d’un mois de solde. Fairfax et Cromwell, précédant avec leurs états-majors les régiments en grand uniforme, traversèrent la ville, de Westminster à la Tour, dont ils prirent possession militairement.

C’en était fait, le parti presbytérien était abattu dans le ruisseau. Les chefs étaient désespérés de l’abandon des leurs.

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