LIVRE CINQUIÈME
Massey, le brave défenseur de Glocester, brisa son épée. Les onze députés se dispersèrent. Stapleton, atteint sur son vaisseau d’une maladie contagieuse , mourut entre les bras de Hollis à Calais. Denzil Hollis, lui, réfugié en Normandie , lança pardessus la mer ses éloquents Mémoires comme une malédiction à Cromwell. Et certes, il ne se trompait pas. Il outrageait Saint-John pour se mettre en veine, mais c’est sur CromWell qu’il s’acharnait. Et certes, il ne s’abusait pas. Denzil Hollis était alors le représentant le plus illustre du parti presbytérien, et il comprenait la portée de sa chute. Le parti presbytérien avait brisé le parti de la cour, de l’ancien régime, le parti anglican, gouverné par Straflford et Laud. Or, leur domination établie, les presbytériens, qui étaient monarchiques, se seraient contentés d’obtenir la liturgie de leur Église et des généraux de leur opinion. Ils auraient reconnu et servi à ces conditions Charles !•'. Lui ne comprit rien à la situation. Il ne comprenait pas mieux que Fairfax, qui, presbytérien, • abattait les presbytériens et associait à sa popularité les indépendants. Cromwell le menait à ses fins propres par des fils mystérieux. Il comprenait, Cromwell, non moins que Hollis, quoique dans un sens opposé , et il allait fonder la liberté de conscience, la grandeur de Dieu et la sienne, ' — en un mot, la dictature religieuse. Les presbytériens l’avaient délivré des épiscopaux; il avait balayé les presbytériens. Il ne lui restait plus qu’à faire de l’anarchie militaire et sectaire des indépendants un gouvernement fort. La tâche était difficile ; mais elle n’était pas inégale au génie de Cromwell.
Par une coïncidence pathétique, mourut le comte d’Essex, le 14 septembre 1647, quelques semaines après la défaite de son parti et l’exil de ses amis, dont les meilleurs étaient Stapleton et Hollis. Essex avait l’âme navrée. Il chassait, afin de s’arracher par l’action à ses pensées noires. Il s’échauffa à la poursuite d’un cerf dans la forêt de Windsor, et se refroidit au retour. Une fluxion de poitrine l’emporta. « Il désirait la paix, dit Whitelocke; il aimait la monarchie, la haute et moyenne noblesse, le clergé et la magistrature. Il était déterminé à les soutenir et ne manquait pas de conseils qui le poussaient en ce
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sens ; mais honnête et galant homme, et serviteur du public, il avait l’esprit grandement troublé des méfiances qu’il inspirait. *» Mollis surtout pleura Essex. Ce noble Bssex était encore une belle popularité dans la chambre des lords, dans la cité de Londres et dans les comtés de la vieille Angleterre. Même dans l’abaissement et dans la proscription des siens, ses funérailles furent un deuil national. L’humeur farouche de Mollis s’aigrit encore par le trépas de l’homme qu’il considérait et qu’il chérissait le plus. M redoubla ses anathèmes à Cromwell et à Saint-John, ses ennemis et les ennemis d’Essex. « Oh! les hypocrites! s’écriait-il, la bouche pleine de miel et la guerre dans le cœur ! » Mais le dédain de Mollis, un dédain vénéneux avec les indécis, qui n’étaient rien, féroce avec les indépendants, qui étaient tout, ce dédain n’aboutissait qu’à l’impuissance. Le puritanisme fut la réaction terrible du peuple contre le trône. Menri VIII avait fait une révolution royale dans la religion et l’avait empreinte d’un caractère de tyrannie. L’Angleterre, par les sectes, faisait une révolution nationale dans la religion aussi et lui rendait une spontanéité complète. Elle ne voulait plus le Dieu du roi, elle voulait le Dieu de la conscience. Sous les exagérations bibliques, là est le secret de l’omnipotence des indépendants et de la politique de Cromwell. L’avenir leur appartenait légitimement. M y eut seulement bien des gradations dans cette politique de Cromwell. Il parcourut plusieurs horizons ; il eut môme une phase d’hésitation anxieuse à ce moment des prisons de Charles I®**.
Le roi, que nous avons laissé à Newmarket et à qui Hampton-Court avait été désigné pour résidence, se mit en route d’après un itinéraire calculé sur les divers cantonnements de l’armée. Il logeait d’ordinaire dans les châteaux des seigneurs, où il était toujours le bienvenu. M passa deux journées à Royston, dans une de ses maisons de chasse, très-agréable autrefois à son père le roi Jacques. De Royston, Charles I®*" gagna Matfield, château de lord Cecil, comte de Salisbury. Il s’y délassa du 26 juin au l®^ juillet. De là, il s’en alla à Windsor, puis à Caversham, château de lord Craven, où il fut bien aise de rencontrer un visage de connaissance, Philippe de Warwick. Le