‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 81 sur 217 · LIVRE erXQCIFME · texte numérisé non relu

LIVRE erXQCIFME

15 juillet, le roi était à Maidenhead ; puis, le 20, à Wobume, château du comte de Bedford. Charles 1®*“ logea encore à Latimers, château de lord Cavendish ; à Stoke, château du vicomte de Purbeck ; à Oatlands, magnifique château de la reine sur les rives de la Tamise, et ce ne fut que le 15 août que le roi s’installa à Hamptonr-Court.

Ce majestueux palais avait été préparé par M. Kinersly, intendant de la garde-robe, avec les mômes délicatesses et le même luxe qu’avant la révolution. Les serviteurs de Holmsby et ses chapelains lui furent rendus. Les commissaires du parlement et les généraux de Farmée l’entouraient, et montraient une émulation de courtoisie pour lui. Il eut la douceur de voir à Sion-House, chez lord Percy, comte de Northumberland, le duc de Glocester et la princesse Élisabeth, confiés aux soins du comte. Dès qu’ils aperçurent le roi leur père, ces enfants fondirent en larmes, et il leur donna sa bénédiction. Il s’oublia huit heures avec* eux, et ne revint que le soir à Harapton- Court.

Quel était cependant, après l’expédition de Joyce, le plan de Cromwell avec le roi? — Très-certainement la substitution de l’influence de Warmée à l’influence des presbytériens anglais et écossais. Par là Cromwell serait l’arbitre suprême. Il fonderait la tolérance religieuse : voilà pour Dieu ; il se ferait nommer lord-lieutenant d’Irlande à vie et chevalier de la Jarretière : voilà pour soi-même. Tel est le plan le plus vraisemblable de Cromwell à cette époque. S’il y renonça, c*est lorsqu’il soupçonna des arrière-pensées chez l’auguste captif; c’est lorsque, par ses espions et par des messages interceptés entre le roi et la reine il apprit que Charles était plus disposé à traiter avec les Écossais qu’avec l’armée ; c’est surtout lorsqu’il eut la lettre que lord Oxford avait tenue dans ses mains et dont ce seigneur offrit cinq cents livres sterling. « Cette lettre, disait lord Bolingbrocke, le 12 juin 1742, était du roi à la reine, m’affirma lord Oxford, et voici ce qu’elle contenait. Elle répondait à la reine, qui avait reproché au roi d’avoir fait de trop grandes promesses aux meneurs de l’armée , et particulièrement à Cromwell, très-indigqe de la lieutenance perpétuelle de l’Ir-

lande et de la Jarretière. Le roi priait la reine de le laisser agir et «« d’ètre entièrement tranquille relativement aux con- « cessions qu*il serait dans le cas de faire; qu’il ne serait pas « embarrassé, le temps venu, pour se conduire avec ces drôles- « là, et qu’au lieu d’une jarretière de soie il les accommoderait « d’une corde de chanvre. » (Éclaircissements et pièces justificatives, à la suite des Mémoires de John Berkley.)

Eclairé soit par cette lettre, soit par d’autres documents, soit par des mots échappés au roi et que le m’ajor général Ireton confia au colonel Hutchinson, on comprend bien comment Cromwell éconduisit sir John Berkley et M. Ashburnham, les négociateurs de Charles I", et comment il résolut avec Ireton de perdre ce prince. Cromwell n’était pas homme à permettre qu’on se jouât de lui ou qu’on le méprisât. Il feignit de ne pouvoir plus maîtriser les agitateurs militaires de Putney, et il suggéra indirectement à Charles de fuir vers l’île de Wight. C’était tout simplement, pour le lieutenant général, mettre le roi en réserve sous la garde d’un homme qui inspirait de la confiance à Charles P', parce qu’il était le neveu de l’un des chapelains de ce prince* Cet homme était le colonel Hammond, dévoué sans doute à son oncle, mais plus dévoué à Cromwell. Que le roi soit seulement sous la clef du colonel Hammond, et lorsqu’il le faudra, à l’heure de ses mystérieux desseins, Cromwell saura bien trouver Charles Stuart.

Les presbytériens avaient eu la prétention de se fonder comme Église nationale. Rien de plus tyrannique. Les ministres de ce culte fermaient le ciel par l’anathème ou l’ouvraient par l’absolution. Les consistoires réclamaient le privilège de pénétrer dans la famille et d’éloigner de la communion selon leur bon plaisir. Autant valaient Charles et Laud avec l’anglicanisme; mieux valaient les indépendants avec la tolérance absolue. Là était la supériorité de Cromwell.

Sous le nom d’indépendants se classent tous les puritains, tous les hommes du libre esprit : les brownistes, ces ennemis de la hiérarchie et ces amis de la république ; les anabaptistes, qui proscrivaient le baptême avant l’âge de raison ; les millénaires, qui attendaient mille ans de béatitude sur la terre

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