LIVRE CINQUIÈME
après le jugement dernier; les antitrinitaires, les antiscripturistes, les autinomiens, les nullifidiens {nuUius Jidei)t ces adversaires de la lettre, ces novateurs de rêves; les chercheurs, les perfectionnistes, les latitudinaires, les sociniens, les arianistes, ces adorateurs de la lumière, ces curieux d’infini, — tous sectaires qui acclamaient la liberté sans bornes de la conscience.
Les théistes purs de la révolution anglaise, Algernon Sidney tout le premier, étaient les meilleurs parmi les indépendants. Ils niaient l’Incarnation et la divinité de Jésus-Christ. Ils avaient trouvé, comme Spinosa,’ et, quoique à la même date avec originalité, leur grand argument. A leur avis, dire ;
l'Eternel s’est fait homme, l’Eternel est Dieu et homme tout ensemble, — c’était affirmer que triangle s’est fait cercle et qu’il est resté triangle : c’était affirmer une impossibilité.
Ces théistes avaient d’ailleurs la plus belle des théologies, la théologie rationnelle.
D’après cette théologie, Dieu luit dans Tàme, et, par son rayon, il éclaire et il attire. L’homme voit et sent; il retient ce principe vivant au fond de sa conscience. Il possède Dieu. Voilà cette théologie. Elle se compose de lumière, et l’amour eu naît. La grâce n’y fait pas défaut, puisqu’elle est la présence même de Dieu dans l’àme. Quand Dieu pénètre l’âme, la sollicite, réchauffe, il la justifie par la foi, il la sanctifie par la grâce. Au fond, tel est le théisme. Il croit, il aime, il espère. Il proclame la charité envers les hommes, la piété envers Dieu. C’est là le dogme essentiel imposé à tous. Pour ce qui n’est pas ce dogme, pour ce qui est seulement opinions, système, fantaisie, on peut discuter. Il n’y a d’indiscutable que le dogme unique : l’amour de Dieu et du prochain. A ce prix, le théiste nage dans les splendeurs. Il se plonge et se replonge dans les évidences intérieures et extérieures. Il confesse Dieu qui est en lui et hors de lui. Dieu son père et le Christ son frère. Le théiste est illuminé de Dieu comme du soleil, et il n’a pas moins confiance à l’immortalité après la vie qu’au réveil après la nujt.
Telle est la doctrine des théistes de tous les temps, telle
était ]a doctrine des théistes anglais. Ils y ajoutaient la variété de leurs caractères et de leurs passions. Les uns étaient stoïques, les autres tendres; ceux-ci ïi’adnaettaient que des lois générales, ceux-là priaient la Providence maternelle. Beaucoup aspiraient à la république, plusieurs avouaient la monarchie. Tous étaient indépendants par la tolérance.
Les presbytériens avaient dominé dans le parlement, les ind^endants remplissaient l’armée. Tout en caressant les presbytériens, Cromwell était indépendant, et c’est à la pointe du généreux principe de tolérance des indépendants, de ce principe manié comme un glaive par l’ignorance de Fairfax, par le fanatisme de Harrison, par l’instinct de toute l’armée, que Cromw’ell écarte les épiscopaux non moins que les presbytériens. Il marche au pouvoir pour lui et à la charte des âmes. pour l’Angleterre. Tout lui est bon à plier, tous lui sont des instruments, qu’ils soient ses supérieurs ou ses inférieurs. Après s’être servi de Fairfax, il se servira des autres, à bien peu d’exceptions près, d’exceptions héroïques telles que Hutchinson, ou Sidney, ou Ludlow, et encore il les fascinera par moments; il se servira surtout d’Ireton en haut, et en bas de Harrison.
Ire ton nous est d^à connu. Le major général Harrison est encore obscur. C’était un officier fort bizarre, brave jusqu’à la témérité, religieux jusqu’à la fièvre chaude ; en un mot, le plus sectaire des saints. Hors de ses extases bibliques, il était doux et cordial. 11 ne manquait jamais de prêcher ses meilleurs amis et ses chefs avec une certaine sévérité ; toute son onction, il la gardait de préférence pour ses ennemis.
Il avait la vanité du oostume. Quelquefois il s’habillait trèssimplement; quelquefois il se couvrait de broderies militaires. Il lui arrivait même de se vêtir en étoffe d’écarlate toute parsemée de clinquant. Il avait le mauvais goût d’un parvenu ; mais ce qui le relèvait, c’est qu’il était un parvenu toujours prêt à être un martyr. Né d’une famille très-infime, sans éducation et sans fortune, la révolution l’avait mis en lumière, et la guerre civile l’avait enrichi. Il avait un certain lux^ de laquais et de chevaux, que les émoluments de ses grades et