LIVRE CINQUIÈME
deux mille livres sterling de revenu territorial lui permettaient de satisfaire. Il avait été heureux et adroit au milieu de ses rêveries, mais il était resté honnête.
Les trois choses qu’il aimait le plus, c’étaient la Bible, le champ de bataille et l’échafaud. Il croyait vivre pour Dieu, et cest pour Dieu qu’il désirait mourir. Il était, comme on disait alors, un homme de la cinquième monarchie, de cette monarchie qui succédera aux quatre autres, selon la vision du prophète Daniel, de cette monarchie du bien, précédée de quatre monarchies du mal, représentées par des bêtes sorties de la mer : — un lion à l’envergure des plumes de l’aigle ; — un ours aux dents mêlées de crocs; — un léopard "aux quatre têtes avec quatre ailes d’oiseau; — une licorne aux mâchoires de fer, aux onze cornes, sur l'une desquelles il y
avait des yeux semblables à des yeux humains et une bouche sonore.
« L’ancien des jours viendra et s’asseyera (Daniel). Ses vêtements auront la blancheur de la neige et ses cheveux la souplesse moelleuse d’une laine pure. Son trône et les roues de son trône seront de feu. Un fleuve de flamme jaillira de sa face. Mille milliers le serviront et dix mille millions assisteront devant luL Le jugement prendra place et le livre sera ouvert. L’ancien des jours brisei’a et dispersera les quatre monarchies. Il tuera la licorne, et la domination sera' ôtée aux trois autres bêtes. Elle sera donnée au fils de l’homme par l’ancien des jours, et cette domination sera éternelle. » C’est la cinquième monarchie qui ne passera point, la monarchie dont le Christ sera le roi et dont le peuple se composera des saints.
Harris<Mi est le plus formidable sectaire des hommes de la cinquième monarchie. Cette monarchie était peut-être prochaine, Il l’attendait. Pour la conquérir, il ne reculera devant rien. Charles P*’ pourra bien être considéré comme l’une des quatre bêtes. Les saints sont implacables.
Et cependant Harrison était bon en de certains moments, quoique toujours redoutable : car il n’était jamais sûr. Son portrait n inspire aucune sécurité. Ce visage a deux expressions singulières. Il est très-doux et très-déterminé. Il est éga-
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lement près de la prière et du carnage. L’aspect de cette figure, quoique paisible, recèle un secret égarement que l’on devine à l’éclat sauvage des yeux noirs et vagues. Cet égarement pourrait devenir de la folie, si bien que, sous cette tranquille physionomie, on craint la fureur sacrée.
En examinant longtemps ce portrait, j’ai éprouvé une impression étrange. Sans que j’eusse lu la Bible le matin, des versets d’Ézécliiel retentirent alternativement en moi, des versets comme ceux-ci :
« Prophétisez et dites : Montagnes d’Israël , poussez vos branches et portez votre fruit pour son peuple. — Les champs seront labourés, les villes habitées et les ruines rétablies.
« C’est pourquoi vous direz à la maison d’Israël : Voici ce que dit le Seigneur : Je répandrai sur vous de l’eau, et vous serez purifié. .
« Je vous donnerai un cœur nouveau et un nouvel esprit; j’ôterai de vous le cœur de roche, et je mettrai en vous le cœur de chair.
« Vous habiterez ma terre ; vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu. *»
Et d’autres versets succédèrent aux premiers.
- Fils de l’homme, prophétise et dis : Voici le Verbe de l’Eternel. Dis , l’épée , l’épée a été aiguisée et elle est fourbie.
« Elle a été aiguisée pour un grand massacre, elle a été fourbie afin qu’elle brille. Elle a été aiguisée et fourbie pour la confier à la main de celui qui tue.
« Crie et hurle, ô fils de l’homme, car l’épée est contre mon peuple. Toi donc, fils de l’homme, prophétise et frappe d’une main contre l’autre, que l’épée double et redouble ses coups.
« J’ai mis l’épée étincelante sur toutes les portes des grands, afin que les cœurs se fondent et que les décombres se multiplient.
« Epée fourbie pour resplendir, aiguisée pour égorger, frappe à droite, frappe à gauche, frappe de tous côtés.