LIVRE CrXQllKME
quences. Sir John Berkley fut atterré d’abord, puis refoulant son émotion, il dit tout bas à M. Ashburnham qu’accepter la proposition du gouverneur, c’était engager le roi, le surprendre, lui ôter le temps de la réflexion, le priver de toutes ses chances d’évasion au delà des mers, ce qui était plus que jamais l’unique sûreté de Sa Majesté. M. Ashburnham, qui rejetait absolument toute retraite au delà* du royaume, répondit qu’il acceptait la responsabilité- de cette mesure, et il emmena avec eux le colonel Hammond au roi. Charles fut trèsirrité contre M. Ashburnham, qui lui créait ainsi l’inextricable nécessité de s’abandonner à un destin peut-être tragique, et lui dit anxieusement : « Oh ! vous m’avez perdu. »» [Mèm. de sir John Berkley y p. 28.) Le gouverneur, travaillé d’avance par Cromwell, fut beaucoup plus flexible avec le roi qu’avec Berkley ou Ashburnham, et le roi céda. Il suivit le colonel Hammond, un nouveau geôlier, qu’il avait cherché par une inspiration bien étrange, et vers lequel l’avait conduit obstinément Ashburnham. Lord Clarendon, et il n’est pas le seul, accuse ce serviteur du roi de perfidie. Je ne puis rien affirmer. Ashburnham avait eu bien des entrevues avec Cromwell. Fut-il suborné par le lieutenant général, ou ne fut-il que fasciné? Il est difficile de se prononcer. Quoi qu’il en soit, si M. Ahsbumham ne fut pas le plus traître des amis, il en fut le plus stupide. Et le roi, le roi lui-même, qui devait tenter une vraie délivrance, comment préféra-t-il les lourdes pierres d’un donjon aux ailes déployées d’un vaisseau sur l’Océan? Par un éblouissement inexprimable, il n’avait pas cessé de croire que l’armée avait
autant besoin de lui que le parlement et que les Écossais. Il
finirait, pensait-il, par être leur arbitre, et il remonterait sur son trône. H aurait craint, en s’expatriant, de donner à ses ennemis un prétexte de déclarer qu’il avait volontairement abdiqué.
C’était aussi Tappréhension d’ Ahsbumham qui, en y réfléchissant bien, fut auprès du roi plutôt le diplomate de la reine que celui de Cromwell.
•* La répugnance qu’avait la reine pour la fuite du roi se manifesta, dit Hallam (ffist. const. d'Angl., t. III, p. 57), selon
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
Clarendon, VI, 192, même lorsque cette fuite parut le seul moyen d'assurer la vie de Charles, prisonnier dans l’ile de Wight. On pourrait soupçonner, ajoute-t-il, que Henriette s’était trop bien consolée avec lord Jermyn pour désirer le retour de son mari. «
Ce fut le 13 novembre 1647, que Charles quitta Tichfield, château de milord Southampton, où M. Ahsburnham avait introduit le colonel Hammond. Le roi, sous les auspices de ce gouverneur, débarqua le soir du même jour à Cowes, dans l’île de Wight. Le lendemain, le colonel Hammond lui fit traverser Newport, capitale de l’île, et après un court trajet l’enferma respectueusement dans le château de Carisbrook, au bord de la mer.
Le vieux donjon, bâti par un compagnon de Guillaume le
Conquérant, puis rebâti par Henri VIII et réparé par Elisabeth, ne fut point d’abord sinistre à Charles I®^ Il regarda les murs lézardés, les tours couleur du rouille, la grève retentissante, et il entra de bonne humeur à Carisbrook. Une femme de qualité lui avait offert, au nom des dames de l’île, une belle rose rouge d’automne de son jardin. Depuis Cowes, Charles avait rencontré un grand nombre de gentilshommes parmi lesquels il avait deviné des amis. Cette petite île, qui forme un carré régulier que domine une chaîne de montagnes de l’orient à l’occident, et que baigne la rivière de la Médina, cette petite île, dont les habitantes lui présentaient des fleurs et dont les habitants ne lui refuseraient pas leurs épées, parut riante au roi, malgré la saison, malgré l’exil et malgré la captivité. Sous cette première impression, le noir château de Carisbrook même ne l’attrista pas de ses ombres,’ de ses grilles et de ses canons {Mém. de Berkley, — Mém, de Herbert).
Cromwell, cependant, était en danger à cause de ses intrigues avec Charles. Il était suspect aux agitateurs. Les niveleurs de l’armée avaient décrété le parlement biennal, flétri le roi comme un roi sanguinaire, et désigné Cromwell , sans le nommer, comme un fauteur de tyrannie. A une revue, les séditieux des régiments de Harrison et de Lilburne regardèrent avec insolence le lieutenant général. Ils portaient autour de leurs chapeaux