LIVRE CINQUIÈME
cette devise : « La liberté du peuple et les droits des soldats. >» Suivi de quelques-unes de ses côtes de fer, Cromwell s’approcha, arracha les devises, puis, se précipitant parmi les révoltés avant que la présence d’esprit leur revînt, il en fit arrêter plusieurs et fusiller un. Cette intrépidité terrifia les mutins et gagna le parlement. Pour être tout à fait en règle avec l’opinion et avec ses desseins ultérieurs, Cromwell renia Charles P*“. Ireton ne le renia pas moins. « Il nous a donné des paroles, disait-il au colonel Hutchinson, son cousin (Mém. de mistress Ilutch.y p. 136, t. II), il nous a donné des paroles, et nous l’avons payé de la même monnaie, lorsque nous avons acquis la certitude qu’il n’avait pas réellement l’intention de faire le bien du peuple et qu’il ne cherchait qu’à triompher à l’aide des factions qui nous divisent, afin de reconquérir par l’artifice ce qu’il a perdu par le combat. »
Le roi, en ce temps-là, avait bien plus l’ile de Wight pour prison que le château de Carisbrook. Ses serviteurs étaient autour de lui. Il pouvait sortir du château, se promener dans nie, dont il aimait le sol fécond, les rocs escarpés et les grises falaises. Il fut même consolé quelques mois par le séjour auprès de lui de trois de ses chapelains : ^es docteurs Hammond, Sheldon et Duppa. Il lui était loisible aussi de recevoir beaucoup de visites de ses partisans au milieu de ses courses.
Cette vie dura plus d’une année. Mais le malheur du roi, c’était de mener une triple intrigue avec le parlement, avec l’armée et avec les Ecossais. Le parlement, à qui l’armée donna son assentiment, dépêcha à Charles I®** une députation qui lui soumit quatre bills. Deux de ces bills dépouillaient au profit des lords et des communes le roi et ses descendants de toute suprématie sur la milice et de tout droit d’ajournement Contre les chambres. Le troisième bill déclarait nulles toutes proclamations ou ordonnances du roi touchant le parlement durant la guerre, et le quatrième, abolissant tous les titres d’honneur accordés par Charles I®** depuis le 20 mars 1642, privait tous les lords, créés dès cette date, de leurs sièges de pairs du royaume.
HISTOIRE d’olivier CROMWELL
Les quatre bills étaient rultimatum du parlement. Le roi, qui négociait aussi avec les Écossais, lut cet ultimatum le 15 décembre. Il biaisa, réfléchit, hésita, et, le 26 décembre, il traita, avec les Écossais. Il reconnut, chose dure pour lui, la légitimité du Covenant, c’est-à-dire du presbj^térianisnie, qu’il promit d’essayer pendant trois années et de faire ratifier en plein parlement, sous Tunique réserve de ne pas employer la force afin d’obtenir des signatures. En retour de cette adhésion du roi, les Écossais s’engagèrent à lui fournir une armée, qui se tenait prête à entrer en Angleterre et dont le duc de Hamilton était le chef. Cette convention conclue, le 26 décembre, — le roi refusa, le 28 du même mois, son consentement aux bills du parlement. Il prit en môme temps ses mesures pour fuir le soir même. Son intention était de porter son quartier général à Berwick, sur la frontière écossaise, à Taide d’un vaisseau que lui avait frété la reine. Le colonel Hammond, qui se doutait des plans du roi, les déjoua en le confinant dans sa chambre de Carisbrook, dont quatre surveillants nouveaux gardèrent les issues.
Il y eut plusieurs conjurations, celle, entre autres, du capitaine Burley, qui ^t battre le tambour à Newport, afin de soulever le peuple et de délivrer le roi par une émeute. Le peuple resta froid, et le pauvre capitaine Burley, jeté dans un cachot, fut passé par les armes.
Les chambres furent très-irritées des refus du roi et en pénétrèrent les motifs. Cromwell disait à ses amis « que le roi avait conclu un traité avec les Écossais, afin de plonger encore la nation dans le sang »*. Il soutint dans la discussion du 13 janvier 1648 son gendre Ireton, qui avait conclu, puisque le roi avait repoussé les quatre bills, à ce qu’on gouvernât sans le roi. H îÿouta violemment « que Charles I®** avait en lui une telle duplicité qu’il ne pouvait inspirer à personne aucune confiance »*. Le parlement se décida sous l’émotion de la parole de Cromwell, parole plus aiguë qu’une épée, parole implacable, irréconciliable, qui étincelait déjà du régicide; car Cromwell proposa et le parlement vota cette résolution solennelle de ne plus recevoir de message du roi et de ne plus lui en adresser . N'était-ce