‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 87 sur 217 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

pas le juger d’avance? Le parlement était dès lors un tribunal. Il institua un comité de sûreté publique par lequel il fut aussi gouvernement. Ce comité, qui était en quelque sorte le pouvoir exécutif du parlement, siégeait à Derby-House. Il fut composé de sept lords et de treize membres des communes. Cromwell en était. Il sonda gaiement, dans un dîner qu’il donna aux grands, soit de l’armée, soit du parlement, et aux républicains,, l’opinion de chacun sur le gouvernement le meilleur. Beaucoup ne prononcèrent, Cromwell, qui savait ce qu’il voulait : la statistique des consciences et des passions , s’avoua indécis et sortit d’embarras par un de ces tours de bouffonnerie qui lui étaient familiers. Il prit le coussin d'un canapé et le lança au colonel Ludlow', puis se déroba par l’escalier. Ludlow riposta par un autre coussin, et les convives se séparèrent. Le lendemain, Cromwell dit à Ludlow que la république, indiquée la veille, n’était peut-être pas possible, mais qu’elle était certainement très-désirable.

Cependant la captivité de Charles se resserra de plus en plus dans les mois de janvier et de février 1648. Le colonel Hammond lui signifia, de la part du comité de sûreté générale, qu’il eût à renvoyer de Carisbrook MM. Legg, Ahsburnham et tous ceux qui l’avaient servi à Oxford. Le roi ne se résigna pas sans un effort douloureux. Il lui fut permis toutefois de passer encore le seuil de Carisbrook. Mais il ne pouvait pas franchir l’enceinte fermée entre les douves. Cette enceinte assez vaste était au roi un promenoir agréable par son étendue, délicieux par ses perspectives de terre et de mer. Le gouverneur fit d’une place d’armes de Carisbrook appelée le Barbacan un jeu de boules, qui devint un grand amusement pour Charles I®^. Il marchait le matin, s’exercait aux boules dans l’après-midi, et employait le reste du temps aux prières, aux affaires, aux lectures. Ses livres favoris [Herhert Mem,) étaient les saintes Ecritures, les sermons de l’évêque Andrews, deux commentaires sur les prophéties d’Ezéchiel et sur les psaumes de David, avec les œuvres du Tasse, de l’Arioste et de Spencer. Il est un poète dont sir Thomas Herbert ne parle pas, et qui cepen dant devait faire partie de la bibliothèque de Carisbrook : c’est

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William Shakespeare, le génie de prédilection du roi et des

cavaliers.

Ce fut dans l’ile de Wight, selon le préjugé public et selon Herbert, qu^ Charles composa le livre intitulé d’abord Soupirs royaux, Suspiria regalia, puis Eikon Basilikè, Image royale, ou, pour mieux traduire, Portrait du roi. Ce livre était un manuscrit qui paraissait de l’écriture de Sa Majesté, et Herbert le trouva plus tard parmi les ouvrages que lui légua Charles !**■. Le véridique gentilhomme avoue du reste •* qu’il n’a pas vu son maître faire cet ouvrage »*. C’est que réellement Charles P*" ne le fit pas; il le copia peut-être. Ce qu'il y a de plus probable, c’est que le manuscrit d’Herbert était celui qui fut déféré au roi de la part de Gauden, évêque d’Exeter à la restauration. Gauden avait été un ministre presbytérien de l’opposition. Il était revenu au roi et à l’anglicanisme. Il avait eu une inspiration véritable. Il s’était pénétré de l’àme royale et de la physionomie de cette âme dans de nombreux entretiens avec le docteur Duppa, l’un des chapelains de Charles I®*^ et depuis évêque de Salisbury. Sous le charme pathétique des prisons du roi, Gauden composa un livre d’une étonnante originalité, d’une sensibilité profonde et pour lequel il mérite une gloire durable. Ce livre qui pouvait sauver le roi en électrisant l’opinion, Gauden voulait qu’il fût imprimé sans retard, et lord Capel le voulait aussi. Seulement il exigeait que Gauden attendit l’adhésion royale. Le marquis de Hertford alla dans l’ile de Wight tout exprès pour solliciter cette adhésion indispensable. Le roi lut Y Eikon Basilikè, l’approuva entièrement, fournit quelques notes, sentit la portée de l’ouvrage, en souhaita la publication. Mais était-il convenable de la risquer sous le nom du roi? C’est ce dont doutait Charles. Il demandait des délais. Gauden passa outre et confia Y Eikon Basilikè aux presses de Royston, par l’intermédiaire du docteur Symmonds. Malheureusement, cette première édition fut saisie dans son cours. Il fallut recommencer, et la seconde édition ne fut prête qu’au mois de février 1649.

Dès nie de Wight néanmoins, Charles I®’^ put lire :

« Je regardais milord StrafifoVd comme un homme tel, par sa

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