‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 88 sur 217 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

haute capacité, qu’un prince pouvait avoir à craindre plutôt qu’à rougir de l’employer dans les plus grandes affaires de l’Etat. Car ses talents devaient le disposer à entreprendre avec audace, ce qui était de nature, selon toute apparence, à le jeter dans de périlleuses erreurs et à lui attirer beaucoup d’ennemis...

« J’ai tellement au fond de mon âme la conscience d'avoir été coupable en signant contre lui le bill de mort, que j’ai accueilli avec plus de résignation les jugements qu’il a plu à Dieu de faire descendre sur moi , comme des moyens , je l’espère, dont a voulu se servir sa miséricorde pour me sanctifier à ce point que je pusse me repentir de cet acte injuste... et pour m’apprendre à l’avenir que la meilleure règle de politique est de préférer l’accomplissement de la justice à tous les bonheurs et la paix de ma conscience à la conservation de mes royaumes. » (P. 139 et 142.)

Le roi put lire aussi dans XEikon Basilikh :

« Je crains que cette conduite (la rébellion) qui fait si peu d’honneur à la foi protestante n’aliène encore plus l’esprit de ma femme de cette religion qui est le seul point sur lequel nous différons.

« Je suis affligé que les liens qui l’attachent à moi aient été pour une femme si méritante une occasion de dangers et de peine. Les qualités qu’elle possède l’eussent protégée parmi les sauvages indiens...

« Lajoie de la savoir en sûreté me donnera, au milieu de mes dangers personnels, cette consolation que, si elle se sauve, je ne puis périr qu’à demi. Je survivrai dans sa mémoire et dans une postérité pleine d’espérance à toute la perversité de meft ennemis, se fussent-ils rassasiés de mon sang.

•* La sympathie qu’elle me témoigne dans mes afflictions fera briller ses vertus du plus vif éclat, comme les étoiles ressortent mieux dans la nuit la plus obscure, et le monde jaloux apprendra par là que c’est moi qu’elle aime et non pas ma fortune.

4* O Seigneur... bien quelle ne soit pas d’accord avec moi sur plusieurs points de religion, ce qui est le plus grand de mes

HISTOIRE d’cLIYTER CROMWELL

chagrins ici-bas, cependant, Seigneitr, permets qoe nos deux cœurs s’unissent dans ton amour... permets que la vérité de la religion que je professe se présente à son esprit, environnée de tous les charmes de rhumanité, de la lovanté, de la charité et de la paix qui en sont les fruits précieux. Montre- Ixû cette vérité sacrée et salutaire qui vient de toi; qu’elle la croie, l’aime et la suive comme tienne , pure de la rouille et de la fange de tout mélange terrestre. (P. 180-185.)

Après ces pages sur le comte de Strafford et sur Henriette de France, Charles put lire encore sur lui-même •:

^ Je puis perdre avec plus de facilité ma couronne que ma réputation, et mes royaumes ne me sont pas si chers que ma renommée et mon honneur.

« Je dois quitter mes royaumes avec la vie, mais ma renommée peut me survivre et m’assurer, après ma mort , une glorieuse sorte d’immortalité. Un bon renom sert comme à embaumer les princes et les consacre aux yeux de la postérité durant une heureuse éternité d’amoiu* et de reconnaissance.

«Je compte, avec l’aide de Dieu, persévérer jusqn’à la fin dans le symbole de l’Eglise protestante d’Angleterre. J’aurai plus de sincérité et moins d’ostentation que mes calomniateurs dans mon dévouement à la liberté. Si la plus divine liberté consiste à vouloir ce qu’on doit et à faire ainsi ce qu’on veut conforn>éraent à la raison, aux lois et à la religion, je ne refuserai jamais üi mes sujets cette liberté qui est tout ce que je désire pour moi-même et que je suis, par conséquent, bien éloigné de prétendre opprimer en eux. *• (P, 276-288.)

Charles sentait idéalement dans son âme tout ce que Gauden avait exprimé si éloquemment dans VEihen Basilikè. Le roi eût pu être rétabli par ce livre, et ce fut une calamité incalculable pour lui que la première édition, osée par Gauden, ait été mise au pilon ; cette Imitation politique de Jésus-Christ, où la victime n’est pas l’homme-Dieu mais l’homme-roi, embarrassa tant Cromwell après, que la hache l’eùt peut-être entièrement déconcerté avant le procès de Charles Cela n’est pas certain néanmoins, car la captivité n’eût sans doute pas éveillé cette pitié poignante dont le régicide transperça les

Page 1