‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 89 sur 217 · U'\’RE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

U'\’RE CINQUIÈME

poitrines. ’L'Eikon Basilikè eût été, quoi qu’il en soit, une arme terrible, si Charles l’eût lancée d’une main prompte à la tête de ses ennemis, ou si la police parlementaire ne Teût détournée. Ce fut, du moins, le plus palpitant des livres de l'ile de Wight sur lesquels le roi avait tracé cette devise : « I)um spi/ro spero »».

Charles avait eu à la cour de son père une éducation classique. Il comprenait le latin et le grec ; il parlait le français , l’italien et l’espagnol. Il ne perdait aucune occasion de s’entretenir dans ces langues diverses soit avec les curieux , soit avec les malades atteints des écrouelles qui le guettaient jusqu’au Barbacan pour se faire toucher. Malgré le réseau de vigilance dont il était enveloppé , le roi ne tenait pas la partie pour terminée. Il avertissait les cavaliers dans toute l’Angleterre, il suscitait les bourgeois, les apprentis, les factieux de Londres, il aiguillonnait les Écossais. Il correspondait avec les conspirateurs de l’ile, avec les conjurés de Southampton, avec les commissaires d’Edimbourg , avec la reine en France, avec le duc d’York à Saint-James, jeune prince auquel il conseillait un travestissement de femme et -dont il assurait la traversée en Hollande. Voilà ce que combinait le roi. Ce n’était rien moins qu’une seconde guerre civile. Elle devenait plus facile par le rappel (8 juin) des presbytériens expulsés. Ces presbytériens, entre autres Hollis, étaient tous opposés aux principes du roi, mais non pas à la monarchie. Ils abhorraient surtout les indépendants, Cette animosité éclatait d’elle-môme. Dans une séance du parlement, Ireton parla des onze députés d’une manière qui déplut à Hollis. Cet impétueux gentilhomme se leva , passa près d’Ireton, lui dit tout bas qu’il en avait menti et qu’il le lui prouverait hors de la chambre. Ireton le suivit, et ils se seraient battus à mort sans le sergent d’armes, qui les atteignit avec une escorte et qui les ramena à la chambre. Il exigea d’eux leur parole d’Iionneur qu’ils renonceraient à ce duel.

Il y avait beaucoup de désordres dans les trois royaumes. L’anarchie était partout. Les impôts redoublaient à tous les besoins imprévus. Les cavaliers triomphaient de ce qui leur semblait l’impuissance de la révolution. Ils excitaient les passions populaires par leurs vanteries et par leurs provocations.

HISTOIRE d’olivier CROMWELL

On les haïssait, — mais on redoutait les indépendants, les niveleurs, dont beaucoup étaient honnêtes cependant. Ces niveleurs , les plus démocrates des indépendants , méditaient de changer la monarchie en république. Les citoyens avaient peur de ce gouvernement inconnu. Les soldats le désiraient. Le conseil des officiers, qui dominait le Parlement, était recruté de plus d’un niveleur et encourageait ces sectaires. Le major général Harrison était de cœur avec eux, et le colonel Hutchinson, si noble et si consciencieux , les approuvait dans leur principe fondamental, qui était : justice égale pour tous, pour les pauvres et pour les riches. Ils réprouvaient les insensés qui, parmi eux, aspiraient au partage et, par cela même, à la ruine de la propriété.

Les indépendants et les niveleurs citaient des textes bibliques contraires à la royauté. Charles avait fait serment en montant sur le trône de protéger ses sujets. Il les avait néanmoins opprimés dans la paix, massacrés dans la guerre. Il devait cesser d’être roi et répondre devant la nation du sang versé. Il fallait le châtier et le remplacer par une république.

Au milieu de cette fermentation, les Écossais rassemblèrent une armée. Le duc de Hamilton réconcilié avec le roi, qu’il avait plus d’une fois offensé, fut le généralissime d’une grande réaction royaliste et presbytérienne. Seulement les Écossais furent trop lents, et les cavaliers qui devaient leur faciliter l’irruption en Angleterre furent trop prompts. Il n’y eut pas assez de concert entre eux, et par là il y eut faiblesse.

La première insurrection fut celle du colonel Poyer, gouverneur de Pembroke. C’était un ancien officier du parlement. Gagné par les agents du prince Charles, il déploya le drapeau des Stuarts (3 mars 1648). Le colonel Langhorn, auquel se joignit le colonel Powell, insurgea huit mille hommes dans le pays de Galles. Le colonel Horton avec trois mille braves de l’armée de Fairfax battit cette armée galloise, la dispersa, et les deux chefs Langhorn et Powell , sortes de vendéens anglais , se rallièrent à Poyer dans la place de Pembroke. Le 20 mai, Cromwell arriva devant la ville. Elle méprisa les sommations du lieutenant général , qui se décida vite à l’escalade. Hugh

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