‹ Histoire d'Olivier CromwellChapitre 90 sur 217 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

Peters, le prédicateur puritain, avait prédit que Pembroke se rendrait ou que les murs s’écrouleraient comme à Jéricho , au bruit des clairons sacrés. Cet oracle mentit deux fois ; car Poyer repoussa l'assaut, répara les brèches de Cromwell et le força à un siège en règle.

Pendant ce temps, le général Fairfax réprimait une émeute dans la cité et apaisaitj par sa prodigieuse audace militaire, des tumultes pareils dans plusieurs villes voisines de Londres. Il refoulait la révolte dans les comtés de Kent et d’Essex. Il s’emparait de la place de Maidstone et la conquérait au milieu de mille dangers , rue par rue, carrefour par carrefour, monument * par monument. Maître de Maidstone, Fairfax passa la Tamise à Gravesend, et courut dans le comté d’Essex contre le lord Goring auquel s’étaient réunis lord Capell et sir Charles Lucas. Fairfax les rejeta tous dans Colchester où il les serra de près.

Tandis que Fairfax, à la tête de l’armée hors de Londres, et Skippon, à la tête de la milice dans Londres, comprimaient les insurrections sur terre, il y en avait une sur mer. Six bâtiments de ligne conduisirent au rivage l’amiral Raimborough, l’y délaissèrent et firent voile vers La Haye, afin de se donner au prince Charles et au jeune duc d’York. Le parlement, très-ému de cette désertion, envoya le comte de Warw'ick pour maintenir dans la fidélité les vaisseaux qui n’avaient pas abandonné la côte d’Angleterre (27 mai).

Le frère du comte de Warwick, lord Holland, dont l’inconstance politique était proverbiale, et qui tantôt était pour le roi, tantôt pour le parlement, se signala par un nouveau scandale. Le 5 juillet, il sortit de son hôtel avec cinq cents cavaliers. Il s’établit à Kingston, sur la Tamise, à cinq lieues de Londres. C’est de ce poste qu’il adjura le parlement de rappeler le roi. Par là, disait-il, les troubles cesseraient et la prospérité refieurirait en Angleterre. Le parlement lui dépêcha pour messagers des soldats sous les ordres de sir Michel Levesey. Après deux combats , lord Holland , qui s'était enfui à Saint- Neots, se rendit à discrétion. Le duc de Buckingham et quelques autres seigneurs , échappés de cette folle expédition , se réfugièrent sur le continent. Lord Francis Villiers, frère cadet

190 HISTOIRE D’OLniER CROMT\'ELL

du duc de Buckingham , s’était fait tuer sur place à Kingston. Il avait passé la nuit qui précéda sa mort chez mistriss Kirk, à qui il avait donné, dans leur dernier souper, pour plus de mille livres sterling de vaisselle d’argent. On trouva sur la poitrine de ce beau et brave étourdi de cour une mèche de cheveux de sa maîtresse. Il l’avait lui-même cousue à un ruban fixé près de son cœur, et cette boucle tachée de sang parfuma d’amour le trépas chevaleresque du jeune lord.

Le parlement, partout vainqueur, eut encore à célébrer un avantage éclatant remporté par le colonel Rossiter sur les troupes de la garnison de Pompret. Ce fut la multiplicité de ces succès qui sauva la révolution. Mais rien n’était encore définitif, et l’orage s’amassait dans le Nord.

Page 1