LIVRE SmÈME
Prise (le Pembroke par Cromwell. — Bataille de Preston (20 août 1648). Cromwell à Edimburg. — Reddition de Golchester. — Pression de l’armée sur le parlement. — ~ Coup d’Etat de l’armée oontre les presbytériens. — Retour do Cromwell (7 décembre). Translation de Charles I" au château de Hurst, à Windsor, à Saint- James, â White-Hall (janvier 1640). — Son procès, sa mort.
Aa moment d’affronter cet orage avec une énergie surhumaine, Cromwell ne cessait pas d’être diplomate jusqu’à la fourberie la plus raffinée. Lorsqu’il partit de Londres, dit mistriss Hutchinson t. II, p. 157-161), les principaux
chefs des niveleurs l’accompagnèrent jusque hors de la ville, pour prendre congé de lui ; il leur fit une fort belle profession de foi et les assura qu’il était bien déterminé à rechercher toutes les- choses justes et honnêtes qu’ils désiraient euxmêmes si vivement, de sorte qu’ils rentrèrent fort satisfaits des bonnes paroles qu’ils venaient de recevoir. Mais bientôt ils apprirent qu’une voiture remplie de prêtres presbytériens qui les suivait, avait ramené ceux-ci non moins contents de leur entrevue ; par où il fut évident que Cromwell avait dissimulé avec les uns aussi bien qu’avec les autres, et cette conduite ébranla son crédit auprès de tous.
Quand il arriva à Nottingham, le colonel Hutchinson alla lui rendre visite. Cromwell l'accueillit en l’embrassant et en lui prodiguant tous les témoignages de tendresse d’un ami qui retrouve un ami... Le colonel lui dit que ce serait une tache éternelle à sa gloire qu’il devînt l’esclave de sa propre ambi-
HISTOIRE d’olivier CROM'^'ELL
tion, et se rendit coupable de ce que le monde n’avait que de trop justes motifs de redouter de sa part... Cromwell lui fit alors les plus solennelles protestations d’afiection et de sincérité, mais il est certain que les paroles du colonel et sa conduite toujours franche et loyale le lui avaient rendu redoutable et qu’il mit sans cesse un soin extrême à le tenir éloigné de l’armée. »*
Cromwell cependant, soupçonné des presbytériens, des républicains, des indépendants, des niveleurs, de tout le parti national, redevint devant Pembroke l’homme nécessaire de la . révolution. Il est magnifique à ce moment. L’ambition et la piété se mêlent en lui. La patrie lui parle au dedans. Il est fertile en ressources, inaccessible aux terreurs, aux présages; il se montre tour à tour patient et rapide, prudent et audacieux, plus avisé que les circonspects, plus hardi que les téméraires. Ses bulletins le racontent. Ils sont tantôt comme les pulsations héroïques et précipitées de son cœur, tantôt comme les battements réguliers et lumineux de son cerveau. Cet homme est
calme dans un tourbillon. Ecoutons ce grand politique et ce grand capitaine qui se possède si bien dans le feu de l’action.
« A r honorable William LenthalU écuyer.
< Devant Pembroke, 14 juin 1648.
•‘ ... Les assiégés commencent à être dans un besoin extrême de vivres, tellement qu’ils ne peuvent passer quinze jours sans avoir un famine complète. Nous apprenons qu’il y a environ trois jours ils se sont mutinés et qu’ils ont crié : « Faut-il que *• nous périssions pour le plaisir de quelques hommes? Il vau- « drait mieux les jeter par dessus les murailles. ** On nous donne comme certain que dans quatre ou six jours ils couperont la gorge à Poyer et passeront tous de notre côté...
* Nous nous rcyouissons beaucoup de ce que le Seigneur a fait pour vous dans la province de Kent. »* (Allusion aux succès