LIVRE SIXIÈME
« Windsor, répondit le roi, est un château que j’ai toujours aimé et qui vaudra mieux que Hurst. ** Le 22, le roi partit sous une escorte de cavalerie parlementaire. Il traversa Ringwood, Rumsey, Winchester, où il fut très-bien accueilli. Avant d’atteindre Farnham, une autre troupe de cavalerie se joignit au cortège de Charles « L’officier qui commandait cette nouvelle troupe, dit M. Herbert {Mém,^ p. 99), était bien monté et bien armé. Il avait un bonnet de velours sur la tête, un justaucorps de buffle sur le dos, et une écharpe de soie cramoisie ornée de riches franges autour du corps. Le roi, qui était aussi à cheval, passa près de ce capitaine au petit pas ; celui-ci fit à la militaire un salut au roi, et le roi le lui rendit. C'était la première fois qu’il rencontrait cet homme. »»
Charmé de tant de bonne grâce, le roi demanda le nom de l’officier. C’est, répondit M. Herbert, le major Harrison, » Charles fut étonné. « Harrison, dit-il, a l’aspect d'un vrai et loyal soldat. Sa physionomie est excellente; mais, reprit- il mélancoliquement, quelquefois la physionomie trompe. » Le roi coucha dans une maison de gentilhomme à Farnham. Le soir, avant souper, Charles se chauffait dans le parloir rempli d’officiers et de curieux. Découvrant Harrison, il lui fit un signe, et, le major s’approchant avec déférence, le roiFentralna vers une fenêtre, où il l’entretint longtemps. Il lui avoua l’avis qu’il avait reçu à son égard. •* On m'a calomnié, repartit froidement Harrison. Je n’ai dit qu’une chose, et je puis la répéter à Votre Majesté : c'est que la loi est pour tous et l’équité sur tous, sur les grands comme sur les petits. *» Le roi quitta brusquement Harrisson. Les paroles du fanatique ne trahissaient pas la pointe du poignard, mais le tranchant de la hache. Harrison n’était pas un assassin, c’était un juge.
Le roi dîna, le 23, à Bagshot, chez lord Newbourg, et il gagna le même jour, par la forêt, le château de Windsor. Il respira un peu dans cette belle résidence. Le colonel Whitchcott eut infiniment d’égards pour son prisonnier. Le roi se préoccupa beaucoup de ce qui se passait dans l’armée et dans le parlement. Il lisait l’Evangile, et ses exercices de piété étaient plus longs que de coutume. Son plus agréable délassement,
HISTOIRE d’oLFVTER CROMWELL
malgré la saison, était la promenade sur la terrasse d’Élisabetb, terrasse magnifique et vraiment royale, qui domine le village de Windsor et le collège d’Eton.
Le 29 décembre, le roi, toujours sous la surveillance active du major général Harrison, fut transféré du château de Windsor au château de Saint-James. Le major général escorta encore son captif jusqu’au palais. Les consignes furent sévères, mais rien ne fut changé à l’étiquette.
Plusieurs écrivains ont affirmé que le major général Harrison était un instrument toujours docile dans la main de Cromwell. C’est bien peu connaître ce sectaire de la cinquième monarchie. Il aidera Cromwell dans le procès du roi et dans l’expulsion du long parlement ; mais il consultait avant tout l’esprit intérieur, et la Bible était son seul oracle. Cet oracle portatif, prêt à répondre chaque jour, chaque heure, chaque minute, ne quittait pas Harrison. Il l'avait dans sa chambre et hors de sa chambre, sous sa tente et hors de sa tente, à sa table, à son chevet, à l’arçon de sa selle. II Tinterrogeait sans cesse et partout.
Or, voici ce que cet oracle multiple que chacun possédait disait, iion-seulement au major général Harrison, mais au colonel Ludlow, au colonel Hutchinsou, à Ireton et à mille autres :
Le roi est l’auteur de la guerre civile. Ses lettres prises à la bataille de Naseby et toute sa conduite le prouvent assez. Il a versé le sang de son peuple.
Que prononcent les Nombres (ch. xxv, vers. 33)? « Il ne se fera d’expiation, pour le pays, du sang qui aura été répandu, que par le sang de celui qui l'aura répandu. *»
Que prononce Samuel (chap. vni, vers. 5, 6, 7)? Samuel était juge des enfants d’Israël. - Et ils lui dirent : « Établis sur “ nous un roi. » Et cette parole déplut à Samuel, et Samuel pria le Seigneur, et le Seigneur dit à Samuel : «* Ce n’est pas toi ' « qu’ils ont rejeté, c’est moi qu’ils rejettent afin que je ne règne « point sur eux. »
L’oracle était clair. Pour obéir aux Nombres^ il fallait tuer .le roi; pour obéir à Samuel, il fallait extirper la royauté. Toutes